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Bien-être animal : la filière porcine, entre expérimentation et réalité économique

Les alertes d’Inaporc sur les coûts pharaoniques qu’entraînerait un changement des conditions d’élevage n’empêchent pas certaines marques de tester de nouvelles promesses, contrebalançant un prix plus élevé par une meilleure image.

La filière porcine française est en avance sur ses voisins européens sur le bien-être animal (à l’exception de l’Allemagne qui est au même stade), avec notamment l’arrêt de la castration à vif. Mais elle ne cesse de mettre en garde les pouvoirs publics quant à une surréglementation franco-française sans clause miroir, qui ne ferait qu’augmenter les prix de la viande porcine et avec le risque que le consommateur se tourne vers des produits importés plus accessibles.

« Les évolutions structurelles ne peuvent se faire que si tous les pays européens sont sur un pied d’égalité », précise Anne Richard, directrice d’Inaporc. Le passage des élevages porcins aux maternités liberté et l’agrandissement de l’espace à l’engraissement font partie des points discutés dans le cadre de la future réglementation européenne. « Si on veut maintenir le nombre de porcs, il faudra agrandir les bâtiments. Le passage en maternité liberté coûtera 2 milliards d’euros à l’ensemble de la filière », souligne Anne Richard.

Inaporc appelle à un soutien financier si de telles mesures sont prises à l’avenir. « Les éleveurs ne sont pas contre dans l’idée, mais il faut tenir compte de la réalité économique », ajoute-t-elle.

L’interprofession rappelle qu’un outil de diagnostic bien-être animal est à disposition des éleveurs afin qu’ils puissent détecter des points d’amélioration. « Cet outil sera très bientôt une application smartphone », indique Anne Richard.

L’interprofession estime que les consommateurs n’ont pas tant de préjugé sur la filière porcine et qu’il est important de maintenir un lien avec eux pour expliquer comment sont élevés les animaux. Elle considère que les réclamations d’une évolution des normes de bien-être viennent surtout des ONG. Certains acteurs de la filière ont néanmoins lancé des démarches aboutissant à la commercialisation de produits avec la promesse d’une meilleure bientraitance animale.

Des investissements à soutenir

« Un consommateur sur deux n’achète pas de référence similaire sous une autre marque lorsqu’il ne trouve pas de produit Brocéliande dans le rayon », se réjouit Thierry Du Teilleul, directeur marketing de Cooperl. Depuis son lancement, la marque gérée par la coopérative se veut avant-gardiste et met en avant de nouvelles méthodes d’élevage. Mais afin de soutenir les investissements des éleveurs dans cette démarche, les prix sont plus élevés. « On se situe autour de 23 euros le kilo au rayon charcuterie, soit à peu près comme le label Rouge, contre 16 euros pour les premiers prix », note Thierry Du Teilleul. Brocéliande mène actuellement des tests pour arrêter la caudectomie des porcs.

La blockchain au service d’une meilleure image

Le constat est similaire du côté du groupe Aoste. En pleine expérimentation avec treize éleveurs porcins sous contrat, la société a monté en gamme sa saucisse traditionnelle, vendue sous la marque Cochonou, avec la promesse d’une meilleure rémunération et d’une meilleure bientraitance. Le groupe veut compenser une légère augmentation des prix pour le consommateur en jouant sur une meilleure image grâce à la technologie de la blockchain. « Nous avons affiché un QR code sur l’emballage pour que le consommateur puisse avoir accès à toutes les informations sur les conditions d’élevage et de fabrication du produit », détaille Vincent Rocher, responsable du développement durable et RSE du groupe Aoste.

Si les investissements financiers ont été raisonnables, la traçabilité étant déjà bien en place dans le groupe, Aoste a déployé des moyens humains importants. « Il a fallu déterminer où capter la donnée et comment la transmettre. Mais le plus gros du travail a été la recherche de partenaires prêts à acheter à un prix plus élevé les pièces dont Aoste ne s’occupe pas afin de retrouver un équilibre carcasse », raconte Vincent Rocher.

Selon une étude annuelle menée par Cochonou, son image aurait déjà commencé à s’améliorer. Si le consommateur est sensible à cette thématique, « on observe toutefois une schizophrénie, car dans la réalité du linéaire, l’arbitrage se fait différemment », regrette Thierry Du Teilleul.

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