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« Dans le porc, l’intérêt pour une couverture du marché est particulièrement fort » pour Mikaël Delmas, fondateur de Quideos

Face à des marchés agricoles de plus en plus volatils, Quideos développe des solutions de couverture inédites pour les filières non cotées sur les marchés à terme, comme le porc. L’objectif :  sécuriser les prix de vente et d’achat des matières premières grâce à des produits financiers dont le risque est porté par l’entreprise.

Les deux dirigeants de l’entreprise Quideos
Mikaël Delmas à gauche et Gaël Pagès à droite, ont inventé le concept de Quideos en 2024
© Quideos

« Quand on regarde les marchés depuis 2018, on voit que la volatilité est de plus en plus forte », explique Mikaël Delmas, fondateur de Quideos lors d’un échange avec Les Marchés. « Les crises sanitaires, géopolitiques ou environnementales provoquent des variations importantes sur l’énergie, les engrais ou encore les productions animales. » Il évoque également une demande croissante de visibilité de la part des opérateurs agricoles. « Nos clients avaient besoin de mieux anticiper l’évolution des prix, mais surtout de trouver des outils pour s’en protéger », explique le dirigeant. 

Lire aussi : Porc : pourquoi l’Europe est mal placée sur le marché mondial en 2026 

Quideos, un outil pour mieux anticiper les prix agricoles

Créée par Mikaël Delmas et Gaël Pagès, la société Quideos a été lancée en janvier 2026. Elle est née du constat que de nombreuses filières agricoles restent sans outils de protection face aux fluctuations brutales des prix. Là où des marchés à terme existent pour le blé, le maïs ou le soja, la majorité des productions agricoles sont exposées à une forte instabilité économique. 

Quideos s’inspire du système des assurances

Le principe repose sur des produits de couverture financière de gré à gré (OTC). « Nous ne sommes pas un marché à terme. Il n’y a pas de chambre de compensation. C’est nous qui portons le risque comme un assureur », précise Mikaël Delmas. 

« Nous ne sommes pas un marché à terme »

Concrètement, un éleveur porcin peut sécuriser un niveau de prix compris, par exemple, entre 1,50 € et 1,70 €/kg. Si le marché chute sous ce seuil, Quideos verse une compensation financière. À l’inverse, un industriel peut se protéger contre une hausse trop forte des cours.

La société s’appuie pour cela sur des modèles mathématiques et l’analyse des marchés européens. « On étudie les historiques de prix et les évolutions observées en Allemagne, en Espagne ou en Italie afin d’identifier les scénarios les plus probables », explique le dirigeant.

« Quand un producteur s’engage sur un prêt bancaire, il a besoin de visibilité à long terme »

Les contrats peuvent couvrir quelques mois, une année entière, voire plusieurs années. « Cette approche est particulièrement intéressante pour les éleveurs engagés dans des investissements lourds. Quand un producteur s’engage sur un prêt bancaire, il a besoin de visibilité à long terme », souligne le co-dirigeant de l’entreprise.

Quideos compte couvrir les filières oubliées des marchés à terme

L’entreprise compte se positionner sur les productions absentes des marchés financiers traditionnels. « Une fois passé le cacao, le café, le blé, le maïs ou le soja, on a déjà traité l’essentiel des produits listés sur le Matif », explique Mikaël Delmas. Ce dernier renchérit sur le fait que la vocation de Quideos est de couvrir tout le reste des produits agricoles non cotés comme la viande, les fruits, les légumes, le poissons, certains produits laitiers ou encore les engrais. 

« Notre objectif n’est absolument pas de créer davantage de volatilité. Nous voulons servir l’économie réelle »

L’entreprise insiste toutefois sur sa volonté de limiter toute logique spéculative. Les produits de couverture sont réservés aux acteurs justifiant d’une activité économique réelle d’achat ou de vente. « Notre objectif n’est absolument pas de créer davantage de volatilité. Nous voulons servir l’économie réelle », insiste le dirigeant. Avant chaque contrat, Quideos réalise ainsi un processus de vérification (“Know Your Customer”) afin de s’assurer du profil et de l’activité des contreparties.

La société affirme déjà travailler avec plusieurs coopératives, des industriels et des groupements d’éleveurs dans les filières porcines, huiles, engrais, beurre, œufs et lait.

Un intérêt marqué dans la filière porcine

« Dans le porc, l’intérêt pour une couverture du marché est particulièrement fort » Indique Mikael Delmas. Le contexte de marché explique cet engouement. « Le porc est très volatil. On est passé de 1,90 €/kg à 1,40 €/kg en quelques semaines. Certains opérateurs perdent aujourd’hui de l’argent sur chaque porc vendu », rappelle-t-il.

« Il y a eu une volonté de créer un marché à terme sur le porc via Euronext, mais cela n’a pas abouti »

Cet intérêt s’explique également par les tentatives infructueuses des opérateurs, pour structurer un marché à terme du porc. « Il y a eu une volonté de créer un marché à terme sur le porc via Euronext, mais cela n’a pas abouti, notamment en raison d’un manque de liquidité, c’est à dire qu’il n’avait pas assez d’acheteurs et de vendeurs au même moment », explique-t-il.

L’entreprise est déjà en train d’implémenter des produits de couverture basés sur les cotations du MPF pour plusieurs éleveurs bretons appartenant à une coopérative. Ils prévoient de poursuivre le déploiement de Quideos auprès des principales coopératives porcines bretonnes au cours des mois de mai et juin. 

Une ambition de retour à la souveraineté alimentaire française

Aujourd’hui, le marché cible de Quideos reste prioritairement la France, où l’entreprise est déjà agréée par l’AMF et l’ACPR. La société compte également dans le futur travailler avec coopératives, éleveurs laitiers, financeurs bancaires et industriels, afin de mettre en place des dispositifs de couverture capables de garantir un niveau de rémunération minimum sur des horizons de trois à cinq ans. « L’objectif est de permettre aux éleveurs de se projeter dans la durée, de moderniser leurs exploitations et de sécuriser leurs investissements », explique Mikaël Delmas. 

« L’objectif est de permettre aux éleveurs de se projeter dans la durée »

Des perspectives d’expansion à l’échelle européenne

Au-delà du marché français, Quideos prépare son expansion européenne. L’entreprise travaille à l’activation du passeport européen, un dispositif réglementaire permettant, après validation des autorités de supervision des différents pays, de proposer ses solutions, uniques en Europe, dans l’ensemble de l’UE.

Lire aussi : Antibiotiques : Le Brésil pourra-t-il continuer d’exporter sa viande et volaille vers l’UE ? 

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