Lait de chèvre : un potentiel en France et à l’export, mais l’amont peine à suivre
La filière caprine fait feu de tout bois pour obtenir une revalorisation du prix du lait auprès de l’aval. C’est une question de survie, disent ses représentants. Car les éleveurs sont peu nombreux pour répondre à une demande bien présente sur le segment des fromages.
La filière caprine fait feu de tout bois pour obtenir une revalorisation du prix du lait auprès de l’aval. C’est une question de survie, disent ses représentants. Car les éleveurs sont peu nombreux pour répondre à une demande bien présente sur le segment des fromages.
Les producteurs de lait de chèvres réclament des « opérateurs aval, transformateurs et distributeurs (…) une augmentation du prix du lait », disait fin novembre la FNEC, Fédération nationale des éleveurs de chèvres, branche spécialisée de la FNSEA. Dans un autre communiqué publié le 10 décembre, l’association nationale interprofessionnelle caprine (ANICAP) appelait à « une mobilisation nécessaire pour la souveraineté des produits laitiers caprins ». Cette communication intervenait au démarrage des négociations commerciales annuelles entre les transformateurs et les distributeurs.
« Seule la France réussit à maintenir son niveau de production en Europe »
Les éleveurs caprins sont de moins en moins nombreux
Ces signaux d’alerte traduisent la profonde inquiétude d’une filière dont les effectifs et la production ne cessent de reculer. Avec sa collecte annuelle de 690 millions de litres issus de 6 000 fermes (moitié en circuit court avec fabrication de fromages à la ferme, moitié en circuit long avec un acteur dominant, Agrial et sa marque Sopignon), la filière a subi ces dernières années une forte augmentation de ses charges. La construction d’une place de chèvre coûte aujourd’hui 1 800 euros plus 400 euros de salle de traite par tête, soit « une inflation de plus de 35 % en cinq ans », indique l’ANICAP.
Lire aussi : Lait de chèvre : « pas de pénurie mais on est tout juste à l’équilibre »
Le prix du lait stagne, les coûts de production progressent
Si le prix du lait a été revalorisé en 2021, 2022 et 2023 pour atteindre 978 euros les 1 000 litres, « il stagne depuis », souligne Sylvain Boiron, secrétaire général de la FNEC. En 2023, le coût de production a augmenté de 50 euros pour 1 000 litres, entrainant l’année suivante une baisse de la collecte de 14 millions de litres. Les charges n’ont pas diminué en 2025 et la mauvaise qualité des fourrages en début d’année a une nouvelle fois pesé sur le niveau de collecte. Résultat, « le prix du lait de chèvre ne permet toujours pas de rémunérer correctement le métier d’éleveur », souligne la FNEC.
Lire aussi : "La filière caprine s'est la plus rajeunie"
Une filière lait de chèvre qui doit rester attractive
L’interprofession ANICAP veut croire à l’attractivité de la filière. « Il y a toujours des candidats dans les centres de formation », dit Mickaël Lamy, président de l’ANICAP et de la section caprine de la coopérative Agrial. Il faut absolument redonner à la filière caprine la capacité d’investir pour éviter sa décroissance. C’est un enjeu de souveraineté alimentaire sur un marché où la demande en produits à base de lait de chèvre affiche une croissance de 2 à 3 % par an en France, selon Agrial qui s’appuie sur les données Nielsen. Les principaux pays producteurs européens (Espagne, Bénélux…) rencontrent des difficultés dans le maintien de leur production.
Lire aussi : Quels sont les fromages les plus achetés par les Français ?
Du potentiel en lait de chèvre
« Seule la France réussit à maintenir son niveau de production en Europe », souligne Mickaël Lamy. Il y a dans le futur des potentialités supplémentaires à l’exportation pour une France qui fabrique en gros 100 000 tonnes de fromages de chèvre dont le quart est actuellement vendu hors de France. Premier collecteur de lait de chèvre en France (160 millions de litres de lait de chèvre collectés auprès de 600 éleveurs), Agrial ambitionne d’augmenter sa collecte de 35 millions de litres d’ici dix ans en installant de nouveaux producteurs (une quarantaine par an) et en renforçant les élevages existants.