Asie du Sud-Est : des marchés prometteurs mais l’agroalimentaire français y a un accès limité
L’Asie du Sud-Est connait une forte croissance actuellement et ses pays multiplient les signatures d’accord de libre-échange avec l’Europe. Si certaines frontières comme le Vietnam s’ouvrent davantage aux exportations de produits français, d’autres restent plus difficiles d’accès, comme l’Indonésie ou la Thaïlande.
L’Asie du Sud-Est connait une forte croissance actuellement et ses pays multiplient les signatures d’accord de libre-échange avec l’Europe. Si certaines frontières comme le Vietnam s’ouvrent davantage aux exportations de produits français, d’autres restent plus difficiles d’accès, comme l’Indonésie ou la Thaïlande.
« Aujourd’hui, les pays d'Asie du Sud-Est ne représentent que 2,5 % des exportations agroalimentaires françaises sur la période 2023-2025 » informe Martin Gutton, directeur général de FranceAgriMer, lors d’une conférence au Salon de l’agriculture.
Pourtant, cette région constitue un relais de croissance stratégique pour les entreprises françaises qui veulent diversifier leurs débouchés au-delà de la Chine. Pour l’instant, Singapour y est la principale porte d’entrée pour les produits agroalimentaires français, devant le Vietnam, la Thaïlande, la Malaisie, l’Indonésie et les Philippines.
Le marché vietnamien en forte croissance, s’ouvre à la France
« Les produits français bénéficient d’une forte visibilité dans les supermarchés, où ils sont souvent positionnés comme des références premium. »
Le Vietnam apparaît comme l’un des marchés à plus fort potentiel de la région pour l’export agroalimentaire français. Près de 209 millions d’euros de produits agroalimentaires français y ont été exportés en 2024, en hausse de 12 % comparé à 2019. « Les produits français bénéficient d’une forte visibilité dans les supermarchés, où ils sont souvent positionnés comme des références premium. » explique Louis De Redon, conseiller aux affaires agricoles pour la zone Vietnam, Birmanie, Cambodge, Laos et Thaïlande. Toutefois, la France n’est que le 22 -ème fournisseur agricole et agroalimentaire du pays, avec une part de marché de 1% seulement.
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L’accord de libre-échange facilite les exportations françaises au Vietnam
« Le pays redoute de dépendre excessivement de la Chine et des États-Unis et considère les partenaires européens comme une alternative stratégique »
L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Vietnam, entré en vigueur en 2020, facilite progressivement l’accès au marché. « Déjà 21 demandes d’exportation ont été approuvées récemment et 19 autres sont en cours de finalisation » se réjouit Louis De Redon. Sur le plan géopolitique, le Vietnam cherche également à diversifier ses partenariats commerciaux. « Le pays redoute de dépendre excessivement de la Chine et des États-Unis et considère les partenaires européens comme une alternative stratégique » relate le conseiller aux affaires agricoles.
Vin, pommes et charcuteries, des opportunités d’export au Vietnam
Le Vietnam affichait une croissance économique de 8,5 % l’an dernier et pourrait monter à 9,5 % en 2026, selon les autorités du pays. Cette croissance s’accompagne de l’émergence d’une classe moyenne urbaine plus attentive à la qualité de son alimentation et de ses boissons, ce qui profite aux produits européens.
Les vins et spiritueux français, premiers produits exportés au Vietnam (22 millions d’euros en 2024), bénéficient déjà d’une forte reconnaissance par les Vietnamiens. Les produits laitiers français occupent la deuxième position des expéditions, avec un chiffre d’affaires de 18 millions d’euros.
« La pomme jaune ça n'existe pas sur le marché, mais les pommes rouges ça marche très bien »
Les pommes françaises, notamment les variétés rouges, rencontrent également un franc succès auprès des consommateurs. « La pomme jaune ça n'existe pas sur le marché, mais les pommes rouges ça marche très bien » déclare le conseiller aux affaires agricoles.
D’autres produits pourraient suivre. L’ouverture prochaine du marché aux prunes françaises est attendue pour l’automne. Selon le conseiller aux affaires agricoles, « ce fruit pourraient séduire les consommateurs vietnamiens, habitués à consommer des prunes chinoises moins savoureuses. »
Dans le secteur des produits carnés, la concurrence européenne est déjà bien installée. Les exportateurs espagnols et italiens ont pris de l’avance sur la charcuterie, notamment le jambon. Pour les acteurs français, l’enjeu consiste désormais à faire reconnaître la qualité des produits de l’Hexagone.
Des procédures parfois strictes
Malgré cette dynamique, l’accès au marché reste difficile à cause de la réglementation assez carrée qui l’encadre. Ce qui complique les démarches d’exportation vers le pays c’est le fait que « c’est un régime assez communiste et assez procédurier, avec peu d'initiatives sur le terrain en termes d'interprétation. » explique Flavio Coturni, chef d’unité en charge de l’agriculture, de l’alimentation et des questions SPS de la Commission européenne.
« Des cargaisons ont déjà été bloquées pour des questions de nomenclature scientifique, notamment sur les produits de la mer »
Pour exporter au Vietnam, les produits agricoles doivent obtenir des certificats sanitaires, un agrément spécifique et ils passent par un importateur vietnamien pour l’acheminement. Les contrôles sont également très rigoureux. « Des cargaisons ont déjà été bloquées pour des questions de nomenclature scientifique, notamment sur les produits de la mer » déplore ce dernier.
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Concernant la grippe aviaire ou la peste porcine africaine, le principe du zonage a été accepté : seules les zones affectées sont restreintes à l’exportation, limitant l’impact sur l’ensemble des échanges. Le Vietnam est la sixième destination des exportations européennes de porc, avec 180 275 tonnes expédiées en 2025, dont seulement 372 tonnes en provenance de France. Pour les volailles, l’UE a exporté 56 572 tonnes en 2025, dont 4 901 tonnes françaises selon Eurostat.
La Thaïlande, un marché mature mais protecteur
La Thaïlande considéré comme un marché mature par les experts, a récemment entamé des négociations pour un accord de libre-échange avec l’Union européenne. Dans le cadre de sa stratégie de relance touristique, le pays a récemment supprimé les droits de douane sur le vin, qui atteignaient auparavant 54 %, afin de stimuler la présence des vins européens apprécié par les touristes. Toutefois, le pays reste très protecteur sur certaines règles commerciales et les exportations y sont encore difficile.
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L’Indonésie, un marché encore difficile à intégrer pour la France
L’Indonésie, avec plus de 270 millions d’habitants, est un autre marché prometteur de la région. La croissance du tourisme et la présence d’une importante communauté chinoise consommatrice de produits premium pourraient soutenir la demande en produits français dans le pays. Pourtant, les entreprises françaises peinent encore à s’y implanter. Les procédures d’accès au marché restent complexes et les exportations sont limitées. Un accord de libre-échange récemment conclu entre l’Union européenne et l’Indonésie pourrait toutefois améliorer la situation, une fois les modalités d’application finalisées.
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Des marchés encore limités de l’Asie du Sud-Est
Dans d’autres pays d’Asie du Sud-Est, les opportunités existent mais restent plus limitées. Le Cambodge ou le Laos constituent surtout des terrains de coopération au développement, avec des marchés encore peu matures pour les produits premiums européens. La Birmanie, de son côté, est un marché à l’arrêt en raison du contexte politique lié au coup d’État militaire, qui a entraîné une rupture des relations diplomatiques.