Après une sécheresse qui a fortement pénalisé les récoltes de fourrages, les éleveurs se creusent la tête pour remplir assurer les stocks qui vont alimenter les chèvres cet hiver. Témoignages de trois éleveurs plus ou moins rassurés.
Natacha Lefebvre, éleveuse de 380 chèvres dans le Cher : « Ça va être compliqué ! »
« Pour nourrir nos chèvres, nos chevaux et nos brebis, nous achetons entre 100 et 120 tonnes de foin de luzerne par an en plus de ce que nous produisons sur 40 de nos 85 hectares. Mais impossible d'en trouver cette année qui vienne de la zone de l’AOP Valençay. L’organisme de gestion de l’appellation a d’ailleurs demandé des dérogations à l’INAO pour desserrer le cahier des charges mais sans réponse pour l’instant. Nous sommes début septembre et nous n'avons plus que neuf bottes de foin de luzerne soit environs trois semaines de stock. Sans foin de luzerne de qualité, nous avons dû augmenter la part de concentré azoté dont le prix a déjà beaucoup augmenté depuis fin juillet. Là, nous croisons les doigts pour que les pluies nous apportent de quoi faire une petite coupe avant fin octobre. Nous sommes aussi prêts à acheter n'importe quel foin de pas trop mauvaise appétence que l’on complémentera avec davantage de tourteaux de soja. La dernière solution sera de réformer davantage mais c’est compliqué car on s’est installé il y a deux ans, on a besoin de produire et le troupeau est encore jeune et en croissance. »
Étienne Espinasse, éleveur de 330 chèvres dans l’Aveyron : « J'ai augmenté mes achats de luzerne déshydratée »
« Je vais bientôt faire un bilan fourrager avec la technicienne de la chambre d’agriculture. Avec le report de stocks des années précédentes, de 2023 et 2024 surtout, je pense que j’aurai suffisamment de fourrage pour passer l’hiver. Mon système repose sur le foin séché en grange. Les première et deuxième coupes de luzerne ont été assez moyennes. Ensuite, ça s’est dégradé avec la chaleur qui dure depuis fin mai. On a eu un peu de pluie en août, mais les prairies ont surtout produit des mauvaises herbes que j’ai dû broyer. Je pourrais éventuellement faire du sursemis, mais j’en ai déjà fait par le passé et les résultats n’ont jamais été très concluants. Pour l’instant, je préfère être patient et voir si les prairies repartent. Je vais sans doute augmenter mes achats de luzerne déshydratée même si on ne sait pas trop à quoi s’attendre sur les prix. Entre ces achats, le prix de l’énergie qui augmente et les chèvres qui ont baissé en lait, il faudrait une revalorisation du prix du lait. »
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Laurent Poulet, éleveur de 180 chèvres en Ardèche : « On a limité les effets de la sécheresse »
« J’ai eu de la chance cette année et j’ai pu faire un peu de foin de bonne qualité. Quelques belles pluies de 40 à 50 mm sont arrivées au bon moment quand la terre était chaude. Mais à 20 kilomètres de chez nous, des collègues n’ont fait qu’une ou deux coupes contre quatre habituellement. Cela fait longtemps qu’on travaille sur l’adaptation : on fauche tôt, on met les chèvres au pâturage dès que possible et on essaie d’être réactifs. Ici, on a l’habitude des étés chauds et nos chèvres sont bien installées à l’ombre et dans un bâtiment grand ouvert. Nous ne sommes pas autonomes à 100 % et, chaque année, nous achetons du fourrage, mais très tôt au printemps, quand les prix sont encore acceptables. J’ai assez de hangars pour avoir 18 mois de stock de fourrage d’avance. On a aussi fait pâturer 15 hectares de landes et les buissons apportent encore un peu de ressource même quand il fait sec. Pour l’automne, on va préserver les prairies et ne pas faire pâturer. On distribuera un peu plus de fourrage que prévu, mais je pense qu’on sera bons pour passer l’hiver. »