Malgré une demande mondiale plutôt atone et un contexte géopolitique qui complique les flux commerciaux, les céréales françaises tirent leur épingle du jeu grâce à une récolte de blé tendre de très bonne qualité et à une logistique performante, explique Philippe Heusèle, président du comité des relations internationales chez Intercéréales.
Quelle est la situation de la demande mondiale en céréales aujourd’hui ?
Dans sa présentation macroéconomique, lors de la Bourse exceptionnelle du 18 septembre, le Crédit Agricole rapporte que la demande de grains est plutôt en berne en France et dans l’Union européenne et elle apparaît calme en Chine. Dans le même temps, la filière céréalière mondiale se trouve prise entre une crise géopolitique durable, qui perturbe la logistique et les transports, et une offre globale très importante. Les céréales sont disponibles dans les bilans mondiaux mais peinent à circuler, notamment depuis la mer Noire.
Dans ce contexte, quels sont les atouts de la France pour exporter ses céréales ?
La filière grains française a une capacité logistique et une diversité de ports de chargement qui lui permettent d’être réactive. Si vous prenez l’exemple de l’Australie, un gros acteur exportateur sur la zone Asie du Sud-Est, la qualité des récoltes est là mais leur capacité de chargement se trouve actuellement saturée, ce qui allonge les délais de livraison. Cette situation crée des opportunités pour l’orge fourragère d’origine française.
"Les céréales sont disponibles dans les bilans mondiaux mais pas dans les ports"
La qualité du blé tendre français constitue-t-elle également un avantage cette année ?
En plus de nos capacités logistiques, nous disposons cette année d’une récolte de très bonne qualité. Près des deux tiers des blés collectés affichent un taux de protéines supérieur à 11,8 %. Cela nous permet d’accéder à des marchés qui habituellement ne comptent pas parmi nos débouchés, comme le Soudan, la Libye, la Colombie ou encore la Gambie, où les cahiers des charges exigent généralement des blés à forte teneur en protéines. L’enjeu consiste à démontrer qu’un blé français compris entre 11,5 % et 11,8 % de protéines peut offrir d’excellentes performances en panification, comparables à celles de blés à 12 %. Si ces acheteurs sont satisfaits cette année, cela peut contribuer à modifier durablement leur perception de l’origine France et ouvrir de nouvelles perspectives commerciales. C’est un travail que nous menons activement.
Comment se déroule le début de campagne à l’export pour les céréales françaises ?
La première partie de campagne semble plutôt bien partie. Les chargements s’enchaînent régulièrement, même si les destinations ne sont pas forcément les mêmes que l’an dernier. C’est notamment le cas du Maroc, assez peu présent jusqu’ici, mais qui devrait prochainement revenir aux achats.
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Un intervenant pendant la journée de Bourse a indiqué qu’il n’existait plus de « clients prédestinés ». Les comportements des acheteurs ont-ils évolué ces dernières années ?
Effectivement, les achats de céréales ne se raisonnent plus de la même façon. On ne peut plus raisonner avec des plans d’achat annuels ou pluriannuels comme auparavant. Les clients interviennent davantage au fil de leurs besoins et les origines sont mises en concurrence en permanence.
La plupart de nos acheteurs sont désormais des opérateurs privés avec des exigences sur la qualité et sur la segmentation qui sont différentes de celles d’autres clients, notamment des structures publiques. Ils acceptent aussi de compléter les origines France avec d’autres qualités si besoin.
Quelles sont les perspectives à l’export pour les céréales françaises sur la deuxième partie de campagne ?
La deuxième partie de campagne sera très dépendante de l’évolution de la situation en mer Noire. Les difficultés logistiques qui affectent les origines ukrainienne et russe pourraient se prolonger. Certains observateurs estiment entre un et quatre mois les travaux nécessaires pour restaurer les infrastructures endommagées ou détruites. Dans ce contexte, les disponibilités de certaines origines pourraient rester difficiles à mobiliser. Les acheteurs internationaux ont donc intérêt à saisir les opportunités au fur et à mesure qu’elles se présentent.
Concernant les céréales françaises, nous continuerons à répondre aux appels d’offres de nos clients traditionnels, notamment au Maroc et en Afrique subsaharienne. Nous poursuivrons également notre prospection sur des marchés moins habituels pour le blé français, comme ceux déjà cités mais aussi le Pakistan. Si ces débouchés se confirment, on pourrait viser les 7 millions de tonnes d’exportations en blé tendre sur pays tiers pour l’ensemble de la campagne 2026-2027.