Première moisson en autonomie à 54 ans, cet été dans la Meuse : « J’ai beaucoup douté mais les agriculteurs autour de moi étaient aussi perdus »

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Angélique Colin sur son exploitation céréalière à Juvigny-sur-Loison dans la Meuse Crédits : © Angélique Colin

Angélique Colin a pris la gérance de la ferme familiale en grandes cultures à Juvigny-sur-Loison dans la Meuse, au départ de son père en retraite en 2019. Mais ce n’est que cette année que la quinquagénaire a décidé de reprendre pleinement les activités de l’exploitation et d’apprendre toute la partie terrain du métier d’agricultrice. Un lancement à 100% dans la vie d’exploitante agricole compliqué par la sécheresse et les canicules.

Sur les terres argilo-calcaire de la Meuse, les moissons d’Angélique Colin se sont clôturées le 22 septembre avec la récolte du tournesol. Elles ont un goût particulier puisqu’il s’agit des premières moissons en autonomie de l’agricultrice de 54 ans. « Je suis une jeune exploitante agricole d’âge mûr », plaisante-t-elle.

La Meusienne a pris la gérance de la ferme familiale en 2019, lors du départ de son père à la retraite. Alors employée dans les assurances dans le secteur agricole, elle s’occupe de la comptabilité, mais délègue les décisions et le travail des 245 ha de l’exploitation au salarié, sous la houlette de son père. C’est au départ de son employé, en mars 2026, qu’Angélique Colin décide de prendre pleinement ses fonctions sur la ferme, « avec zéro expérience de terrain et sans plan B » en quittant son poste de référente métier agricole chez Groupama. Un retour à une vocation adolescente pour celle qui a grandi au milieu des charolaises que détenaient ses grands-parents sur la ferme familiale.

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Un apprentissage dans un bon environnement de travail

L’agricultrice a donc dû réapprendre tout ce qui concerne les travaux extérieurs. « Quand je suis montée dans le tracteur en mars pour préparer mes terres et semer mon tournesol, je ne savais pas comment fonctionnait le GPS, ni comment régler l'outil », confie-t-elle. « Il a fallu mettre sa fierté de côté, et oser dire que je ne savais pas faire, mais j’avais l’envie et la capacité d’apprendre. »

Il a fallu mettre sa fierté de côté, et oser dire que je ne savais pas faire, mais j’avais l’envie et la capacité d’apprendre

La céréalière a pu compter sur le dirigeant et les salariés de l’entreprise de travaux agricoles à qui elle fait appel pour une partie des opérations et sur les employés de la coopérative. « J'ai eu la chance d'avoir trouvé un bon environnement de travail au niveau agricole et des personnes qui ont accepté de me mettre le pied à l’étrier », détaille-t-elle. 

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Une première année à 100% chef d’exploitation sur fond de sévère sécheresse

Après ce premier été à 100% agricultrice, le bilan de l’année est mitigé. D’un côté, Angélique Colin a réussi à préparer ses sols seule et à manœuvrer ses remorques pendant les récoltes, objectifs qu’elle s’était fixés. Néanmoins, il a fallu composer avec les arrêtés préfectoraux, les risques incendies, le manque d'eau et les canicules, décrit-elle. « J’ai beaucoup douté mais les agriculteurs autour de moi m’ont dit qu’eux aussi étaient perdus sur ce qu’il fallait faire ou ne pas faire, tant l’année est difficile.» Les récoltes sont en deçà de ce qu’elle avait imaginé, avec environ 31 qx/ha pour le colza, 22 qx/ha pour le tournesol, 45 qx/ha pour l’orge de printemps, 70 qx/ha pour le blé et 69 qx/ha pour l’orge d’hiver. Le maïs ensilage n’est « pas terrible » non plus tandis que le « pois est réussi » [35 qx/ha], témoigne-t-elle.

 « Ce que je regrette c’est que ce sont les trois cultures de printemps [orge, tournesol et maïs] que j’ai gérées toute seule qui ont fait les moins bons résultats. Même si je n’y suis pas pour grand-chose à cause des conditions climatiques, c’est quand même frustrant. »

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Des projets dans les cartons

Malgré tout, Angélique Colin se projette. Après avoir rénové et installé des panneaux photovoltaïques en 2024, elle prévoit d’agrandir le bâti de l’exploitation avec l’ajout d’un lieu de stockage et d’une zone tampon pour les céréales « pour obtenir la prime de stockage ». Mais aussi de se lancer dans le commerce de paille ou encore de revoir la toiture pour utiliser l’eau de pluie pour ses traitements. A long terme, elle ambitionne de réfléchir à la diminution des traitements phytos et à la diversification de ses rotations. En attendant, son assolement pour la campagne 2027 est presque prêt.

Le tout sous l’œil « observateur mais discret » de son père pour qui la transmission n’a pas toujours été facile. « C’est difficile pour lui, comme pour beaucoup d’agriculteurs, de lâcher les rênes », reconnait sa fille. A elle donc de trouver sa légitimité, « en tant que femme et en tant que nouvelle dans le milieu », avec comme cap de « respecter les années de travail et d’investissement » des deux générations qui la précèdent. 

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