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Restriction en douceur de substances aromatiques

Un règlement européen bride l’usage de substances aromatisantes. Une restriction à laquelle les industriels de l’aromatique disent s’être préparés. Mais qui pointe des molécules plutôt discrètes.

La Commission européenne impose un usage restreint de vingt substances aromatisantes par un règlement publié le 4 mars 2017, directement applicable à tous les États membres depuis le 24 mars. Ce règlement européen modifie la liste des substances autorisées dans les aliments, en annexe du règlement (n° 1331/2008) du 16 décembre 2008 régissant l’usage alimentaire des arômes et ingrédients aromatisants. Les substances concernées sont apparentées à deux formules chimiques (exa-2 (trans), 4 (trans)-diénal et déca-2 (trans), 4 (trans)-diénal) en cours d’évaluation par l’Efsa (Autorité sanitaire européenne). Elles sont employées dans tous types d’aliments et soupçonnées d’être cancérigènes.

Dans un précédent avis de mars 2014, l’Efsa estimait qu’on « ne saurait exclure un risque lié à la génotoxicité » lié à ce groupe. L’Efsa doit donner un autre avis sur la base d’autres expertises communiquées l’an dernier. Celles-ci prouvent leur innocuité, selon l’Association européenne des arômes alimentaires (Effa). Mais la Commission n’a pas attendu ce nouvel avis de l’Efsa pour proposer des limitations par catégories de produits alimentaires (liste dans le règlement d’exécution n° 872/2012). Ces limitations ont été soumises à la consultation publique en octobre 2016 puis votées en comité des experts des États membres en novembre. Ces limitations sont censées figer les usages actuels.

Pas d'impact sur les formules actuels

« Ce règlement ne devrait pas avoir d’impact sur les formules actuelles, étant donné que les limites indiquées en annexe du Règlement reflètent les niveaux d’utilisation moyens maximum qu’indiquent les entreprises de l’aromatique », formule Cécile Pinel, chargée de mission de la réglementation du Syndicat national des industries aromatiques alimentaires. Ce dernier, du reste, avait informé en amont ses adhérents de la potentielle adoption de ces restrictions. Quant aux industriels et distributeurs de produits alimentaires, le règlement autorise la commercialisation de toutes les denrées déjà mises sur le marché européen, même si elles contiennent les substances concernées au-delà des limites indiquées.

En renfort dans les arômes naturels

Bien qu’a priori peu contraignantes, ces nouvelles restrictions servent d’argument à certains fabricants de solutions aromatiques naturelles. En effet, les substances en question, même si elles ne sont pas naturelles, sont tolérées en fraction marginale dans les arômes naturels, même biologiques, dont elles viennent renforcer le pouvoir aromatique. Rouages, à Agen, a mis au point un procédé d’infusion concentrée de plantes et se refuse à doper ainsi ses formules. Son fondateur, Pierre Jannot, estime que la concurrence serait plus loyale si la composition des arômes naturels était transparente.

Le champ vaste des arômes

Le règlement européen sur les arômes, n° 1334/2008, est entré en vigueur en janvier 2009. La France y a adapté sa réglementation en janvier 2011. Il crée la « liste de l’union des arômes et matériaux de base » (l’annexe I), qui a été publiée le 2 octobre 2012 et est en application depuis le 22 avril 2013. Cette liste reprend notamment toutes les substances aromatisantes, naturelles ou non, utilisées par l’industrie. Elle en compte actuellement plus de 2 500. On y distingue les substances aromatisantes, préparations aromatiques, arômes obtenus par traitement thermique, « autres arômes », « précurseurs d’arômes » et « arômes de fumée ». Des formations proposent de mieux comprendre : Adria le 18 mai à Paris et Novalim (abordant aussi les procédés et mises en œuvre) le 3 octobre à la technopole Alimentec, à Bourg-en-Bresse (Ain).

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