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Ressources énergétiques : le cercle vertueux se met en place



L'agroalimentaire a un rôle à jouer dans la transition énergétique. Si l'alimentation animale a pris une avance sur le dossier, la question de la gestion énergétique est devenue une préoccupation pour l'ensemble du secteur. Les projets se multiplient, stimulés par des salariés motivés. La diversité du mix énergétique devient essentielle. La traque au gaspillage alimentaire prend de l'ampleur sous la pression du gouvernement.

Les industries agroalimentaires seront actrices de la transition énergétique si elles peuvent investir et réaliser des projets. Un colloque de l'Ania et de la société de conseil spécialisée Enea a permis de recueillir les ressentis de différents acteurs.

Les économies de ressource ne rebutent plus personne dans l'entreprise. « C'est un sujet qui parle à tout le monde ; il est assez facile d'impliquer le personnel », a témoigné Gaëlle Baron, coordinatrice énergie du groupe Sill lors d'une table ronde organisée le 10 avril par l'Ania et la société de conseil Enea sur l'enjeu énergétique. « C'est une demande des jeunes collaborateurs », a appuyé Thierry Gaillard, passé en mars dernier de la présidence de Mars Chocolat France à celle d'Orangina-Schweppes pour la France et la Belgique, et vice-président de l'Ania en charge du développement durable. Ces bonnes dispositions des salariés chez Sill ont permis de désigner deux relais « énergie » dans les équipes de maintenance, qui « font remonter les suggestions ». Des fascicules sont distribués dans les ateliers, qui « chiffrent » par exemple les fuites d'air comprimé ou sensibilisent sur le fait de laisser des” convoyeurs tourner à vide.

Le choix de ressources locales implique les salariés

Les formations comme « pilote énergie » valorisent les responsables qui vont par exemple définir les indicateurs pertinents. Les mêmes dispositions humaines profitent à la Biscuiterie de l'Abbaye, engagée depuis dix ans dans le défi écologique, dont le patron Gérard Lebaudy était présent. Cette entreprise a mis en place « des cellules d'amélioration continue dans les différents services » et nommé des délégués sécurité et environnement. Dans le groupe Avril (Lesieur) l'aspect humain a été fondamental, selon Kristell Guizouarn, directrice du développement durable. Il s'y est constitué des groupes de travail « performance » et tissé des liens avec un réseau d'experts à travers le monde.

Biogaz et cogénération

L'engouement du personnel peut être favorisé par des préoccupations locales ou régionales. « Le choix de ressources locales implique les salariés », a souligné Thierry Gaillard (Orangina-Schweppes) à propos du branchement de l'usine Mars de Haguenau à une usine d'incinération distante de 1,5 km, idée en l'occurrence défendue par un opérateur de ce site.

L'enjeu énergétique local prend tout son sens avec l'impératif de diversifier les sources énergétiques et de développer les énergies renouvelables. « La diversité du mix énergétique, c'est se garantir sur les risques géopolitiques », a argumenté à une précédente table ronde sur les évolutions du paysage énergétique, Damien Siess, directeur adjoint production et énergies durables de l'Ademe. À cette réunion, le scientifique Denis Clodic, coprix Nobel du Giec, a mentionné l'importance d'être flexible à l'égard des énergies, en stockant ce qui peut l'être, en ajustant la production. Il a considéré que la production de biogaz était stratégique pour les IAA. L'Ania et Enea pro->> gramment d'ailleurs une formation sur cet enjeu le 8 juin. Gianfranco Patrucco, directeur Europe de Roquette, a déclaré que toutes les usines du groupe font de la cogénération (production de chaleur et d'électricité), trois sites sur quatre ayant un méthaniseur.

Projet de géothermie chez Roquette

En outre, a-t-il complété, les moteurs à puissance variable se multiplient, ainsi que les échangeurs de chaleur. « Nous comptons intensifier la performance énergétique grâce aux technologies d'aujourd'hui », a-t-il annoncé, en mentionnant le projet de géothermie (ressource peu utilisée jusqu'alors en industrie) qui doit aboutir en fin d'année chez Roquette en France. Grâce aux investissements réalisés, la part de l'énergie dans les coûts de production est la même qu'il y a trente ans chez Roquette. « La facture aurait dû doubler », a fait remarquer le directeur Europe.

Olivier Lacroix, directeur d'Enea, a illustré à quel point l'énergie est cruciale pour les IAA. C'est pour elles la deuxième poche de coûts. Si ces dernières vingt-cinq années, le poids du gaz et de l'électricité a augmenté aux dépens du fioul, il y a encore un potentiel de hausse de la facture énergétique de 40 % à l'horizon 2030. C'est en moyenne 12 % du résultat d'exploitation et ” 30 % dans l'industrie de première transformation. L'expert, qui aide les entreprises à établir leur stratégie énergétique, a indiqué plusieurs leviers : consommer moins (réaliser des audits, viser une certification Iso 50001), produire son énergie et envisager la cogénération, exporter de l'énergie, acheter mieux et stocker une ressource énergétique.

Étude du cas de l'usine Ingredia à Saint-Pol-sur-Ternoise

L'énergie est la deuxième poche de coûts pour les IAA

Richard Lavergne, conseiller du directeur général de l'énergie et climat au ministère de l'Écologie, s'est félicité que 11 sur 34 programmes d'investissement d'avenir concernent l'énergie. C'est un des nombreux signes que la performance énergétique est entrée dans un cercle vertueux. Un cercle dans lequel il est assez facile d'entrer avant d'envisager des investissements lourds, comme les représentants du groupe Sill et de la Biscuiterie de l'Abbaye en ont témoigné.

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