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Poulet ECC : « c’est un moment intéressant pour se démarquer, aller chercher des marchés, y compris en restauration »

La transition vers le poulet certifié ECC, European Chicken Commitment, s’accélère. Certes, tous les besoins ne seront pas couverts en 2026, mais les associations animalistes se montrent compréhensives si des efforts sont faits. Et cette nouvelle offre standard pourrait permettre au poulet français de gagner des parts de marché sur les importations issues des pays tiers. 

élevage de poulet avec élevurse en arrière plan
La disponibilité en souches de poulet compatible ECC ne semble plus être limitante, selon Aviagen
© Courtoisie d'Aviagen

LDC et Galliance, les deux géants du poulet français, ont annoncé, cet été, s’engager sur l’« European Chicken Commitment » ou ECC. « La démarche ECC était jusque-là surtout tirée par l’aval, avec des engagements de la distribution ou des chaînes de restauration hors domicile, là, c’est un signal fort de l’amont », se réjouit Lucille Bellegarde, responsable des affaires agroalimentaires au CIWF, une ONG qui promeut les pratiques d'élevage respectueuses du bien-être animal. 

Lire aussi : European Chicken Commitment  : combien coûte l’amélioration du bien-être des poulets 

Le poulet ECC s’installe dans l’UE

« Aujourd’hui, dans l’UE, 1,3 milliard de poulets sont couverts par le référentiel ECC, soit la production de la Pologne, c’est près d’un poulet sur sept » complète Lucille Bellegarde. « Plusieurs entreprises européennes sont passées à l’ECC et se portent très bien, comme Fineli en Italie, Norsk Kylling en Norvège », abonde Leo Le Ster, responsable de la stratégie d’Open Wing Alliance, une coalition mondiale de plus de 90 ONG qui œuvre à améliorer les normes de bien-être animal en volaille. 

En France, qui est concerné par les engagements ECC ?

Tous les distributeurs généralistes français se sont massivement engagés à passer à du poulet ECC pour leurs produits sous marque distributeur à horizon 2026. Les spécialistes du surgelé ne sont pas en reste. 

Lire aussi : Le poulet lourd, une production stratégique pour lutter contre l'importation de volaille

Les MDD premiers prix vont passer à l’ECC

Les produits concernés sont ceux contenant au moins 50 % de viande de poulet. Il faut relever que ces engagements concernent aussi les marques distributeurs premiers prix, de manière explicite chez Intermarché, implicite chez d’autres. « L’engagement sur le premier prix est un sujet très important » affirme Lucille Bellegarde, « puisqu’il va changer la physionomie du rayon ». « Il n’y a aucune ambiguïté sur l’engagement de la grande distribution sur leurs marques premiers prix, la seule ambiguïté qui reste c’est sur les produits ‘no-name’ –sans marque » complète Léo Le Ster. Ce-dernier avoue rester méfiant sur ces produits sans marque, comme sur les rayons boucheries. 

Des dérogations pour les enseignes engagées vers l’ECC

Pour autant « nous ne sommes pas déraisonnables, les engagements sont à 2026 mais nous pouvons concevoir qu’ils soient reportés, à condition que les enseignes affichent leurs efforts, rapportent leurs progressions » précise celui qui a travaillé plusieurs années pour L214. Une flexibilité que prône aussi Lucille Bellegarde, « oui, il y aura des reports à 2028, des dérogations, l’important est de montrer qu’il y a un vrai travail, et de publier ses feuilles de route ». 

Lire aussi :  Le Sud-Ouest se tourne vers le poulet standard pour concurrencer les importations

Y aura-t-il assez d’offre de poulet ECC ? 

Les annonces de LDC et Galliance de passer sous le référentiel ECC vont accélérer le développement de l’offre de poulet ECC. Les bâtiments récents des éleveurs concernés sont conformes au référentiel, expliquait récemment Simon Fourdin, directeur du pôle Économie de l’Itavi. C’est la disponibilité en poussins qui pose davantage question. 

10 ans de travail pour une souche compatible ECC

Le référentiel ECC exclut en effet les souches de poulet à croissance rapide. Le sélectionneur Aviagen, qui dispose de trois souches compatibles ECC (Rustic Gold, Ranger Classic et Ranger Gold), explique continuer de travailler à des nouvelles souches sur ce marché. Il faut 8 à 10 ans de travail sur les lignées avant qu’une nouvelle souche soit commercialisée. Une fois la souche développée, il faut compter 2 à 3 ans pour augmenter l’échelle et produire les grands-parentaux et les parentaux. Le sélectionneur se montre confiant sur sa capacité à fournir des poulets compatibles ECC pour alimenter ses clients français et européens demandeurs d’ici 2028. 

Lire aussi : Les standards de poulets ECC et BCC tissent leur toile

Un surcoût plus modéré que prévu

C’est bien sûr du surcoût lié à l’ECC que dépendra en grande partie la réponse du consommateur. Lucille Bellegarde se montre positive « on estimait il y a quelques années à 50 % de surcoût, finalement les derniers résultats de l’étude de Wageningen, il devrait être à 18,5 %, c’est jouable, d’autant que pour l’amont il n’y aura pas de difficultés techniques ». Reste la question de l’équilibre carcasse, qui va être un des points clés des opérateurs engagés dans la démarche. Ce surcoût sera d’autant mieux accepté par le consommateur qu’il pourra visualiser ce que la démarche apporte au bien-être animal. « La démarche de l’étiquette bien-être animal est complémentaire. Il y a même des réflexions en cours dans certaines enseignes pour étiqueter tout le rayon », anticipe la spécialiste du bien-être animal. 

Y-aura-t-il une concurrence des importations sur le poulet ECC ? 

« La Thaïlande et le Brésil ne sont pas prêts, c’est un moment intéressant pour se démarquer, aller chercher des marchés y compris en restauration » insiste Lucille Bellegarde. Il n’y a pas de volumes ECC en provenance des pays tiers qui arrive dans l’UE actuellement, « mais les opérateurs sont conscients du marché, il y a d’ailleurs un opérateur Thaïlandais qui s’est engagé pour fournir du poulet pour des plats préparés au Royaume-Uni » rapporte-t-elle. Hors Europe, la certification « European Chicken Commitment » est déclinée en « Better Chicken Commitment », BCC. Mais la question des souches est problématique pour des pays comme le Brésil.  De nombreuses chaînes de restaurations se sont engagées à passer au poulet ECC, notamment dans des secteurs comme la boulangerie, où le poulet importé est très présent (pomme de pain, la mie câline, le pain quotidien, patapain, Marie Blachère, Boulangerie Louise, Feuillette, ange, selon la liste établie par L214). De quoi donner au poulet français des arguments pour reconquérir des parts de marchés en France, mais aussi à l’export. « La production de poulet ECC peut aussi trouver des débouchés importants au Royaume-Uni », précise la spécialiste du bien-être animal.

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