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Poulet : comment le Brésil réorganise ses envois pénalisés par la guerre au Moyen-Orient

Les exportations de poulet du Brésil ont battu des records en février. Mais la fermeture du détroit d’Ormuz a perturbé les envois destinés au Moyen-Orient depuis plusieurs semaines. Le pays compte adapter sa stratégie logistique pour continuer à livrer sa clientèle dans le Golfe du persique. Une partie des volumes pourrait toutefois être redirigée vers l’Europe, à des prix plus bas.

Un conteneur chargé de marchandises
Le Brésil risque de perdre des marchés dans le Golfe du persique à cause des dégâts du conflit Iran États-Unis
© Virginie Pinson

Le Brésil, premier exportateur mondial de volailles, a expédié 493 200 tonnes de viande de poulet en février selon l’Association brésilienne des protéines animales (ABPA). C’est un niveau record pour le mois de février, en hausse 5,3 % sur un an. 

Les exportations brésiliennes de poulet progressent 

Parmi ses destinations phare on trouve la Chine, qui reprend la tête des acheteurs de viande de poulet avec 49 400 tonnes en février, un volume quasiment stable ( -0,4 %) comparé à février 2025. Viennent ensuite les Émirats arabes unis, avec 44 000 tonnes, en progression de 13,4 % en un an.  L’Arabie saoudite, avec 33 8 00 tonnes (+7,3 %), l’Union européenne est la sixième destination des envois du pays, avec 38 200 tonnes de poulet ce février, en progression de 38 %.

« En février, nous avons assisté à la consolidation de la reprise des expéditions vers la Chine ainsi que vers l’Union européenne »

« En février, nous avons assisté à la consolidation de la reprise des expéditions vers la Chine ainsi que vers l’Union européenne », souligne Ricardo Santin, président de l’ABPA dans un communiqué de l’association. Il ajoute que les effets de l’épisode de grippe aviaire de 2025 sont désormais dissipés.

Lire aussi : Rabobank prévoit une hausse de 2 % des échanges mondiaux de volailles en 2026 

Le conflit au Moyen-Orient pénalise les exportations du Brésil 

Depuis un mois, les conflits dans le Golfe persique perturbent les flux commerciaux. Les exportations de poulet brésilien sont déstabilisées par la fermeture récente du détroit d’Ormuz, où transitaient quotidiennement près de 300 conteneurs de poulets provenant du Brésil. Certes, l'accord annoncé par Donald Trump implique sa réouverture, mais ce n'est que temporaire, or les départs du jour des ports brésiliens n'arriveront que dans 3 semaines dans la zone, donc les opérateurs ne sont pas forcément prêts à prendre le risque. D'autant plus que les surprimes d'assurances pourraient rester dissuasives. Ce sont plus les volailles turques et indiennes qui devraient profiter de la trêve.

Des flux maintenus mais désorganisés

À court terme, les livraisons ne sont pas totalement interrompues, mais fortement désorganisées. « L’Arabie saoudite pourra continuer à s’approvisionner autrement, via des ports situés sur la mer Rouge », explique Mohammed Bouzidi, chargé d’étude à l’Itavi. « Les flux vers l’Irak, le Koweït ou le Qatar sont quant à eux redirigés vers des ports situés en dehors du Golfe, notamment en mer d’Arabie, avant d’être acheminés par voie terrestre. » ajoute-t-il.

«Il n’y aura pas un arrêt total des envois de poulet brésilien dans la zone, mais une forte baisse est attendue au moins pour les prochaines semaines »

En conséquence, il est attendu des retards, des surcoûts et une baisse temporaire des volumes expédiés. « Il n’y aura pas un arrêt total des envois de poulet brésilien dans la zone, mais une forte baisse est attendue au moins pour les prochaines semaines », précise l’analyste.

Néanmoins, le Brésil œuvre pour maintenir ses flux vers le Moyen orient. « De grands efforts sont déployés pour construire des alternatives logistiques qui maintiennent le flux vers les destinations touchées par le conflit dans le golfe du Moyen-Orient » annonce Ricardo Santin dans une note de l’ABPA.

Un report de volumes sur l’UE et une pression sur les prix

Cette désorganisation pourrait entraîner des répercussions au-delà du Moyen-Orient. Selon Mohammed Bouzidi, une partie des volumes non écoulés pourrait être redirigée vers d’autres marchés, notamment européens.

Un tel report exercerait une pression baissière sur les prix. « Les exportateurs ne pourront pas valoriser tous les volumes sur leurs marchés historiques, ce qui entraînera des ajustements à la baisse. » indique l’analyste.

Toutefois, ces redéploiements restent limités par les spécificités des marchés. « Le Moyen-Orient privilégie des importations de petits poulets entiers de 1 à 1,2 kg, tandis que le marché européen est davantage orienté vers les découpes, notamment les filets de poulet » déclare le chargé d’étude de l’Itavi.

Lire aussi : Agroalimentaire : États-Unis, Chine, Moyen-Orient, les exportations françaises à la merci de la géopolitique 

Une demande de poulet amené à se fragiliser au Moyen Orient

À moyen terme, la demande au Moyen-Orient pourrait également s’affaiblir. La baisse attendue de la fréquentation touristique, estimée à jusqu’à 38 millions de visiteurs en moins en 2026, risque de peser sur la consommation de viande de volaille dans plusieurs pays du Golfe. Ainsi le recours aux importations de poulet pourrait chuter dans la zone. 

Lire aussi : Poulet : l’Ukraine renforce ses accords et compte intensifier ses exportations en 2026 

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