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Europe
Les huiles d’insectes à la conquête de l’alimentation animale

Autorisées réglementairement en nutrition des volailles et des porcs, les huiles d’insectes tentent de s’y forger un réel marché.

© Y. B.

La réglementation européenne autorise les huiles d’insectes dans les aliments pour les monogastriques, comme elle y autorise les graisses animales issues des sous-produits animaux classés en catégorie C3. Mais les réticences perdurent. Les formulateurs des entreprises de nutrition animale françaises restent clairement réticents à les utiliser, le poids de l’ESB restant vif dans les mémoires quasiment un quart de siècle après la première crise, et les cahiers des charges verrouillent l’affichage d’une alimentation « 100 % végétale et minérale ».

Nos tests sont très positifs

L’huile d’insectes tente toutefois de trouver sa place en valorisant ses avantages tant en matière d’économie circulaire qu’en alternative aux huiles importées. C’est en tout cas le message véhiculé par Innovafeed qui espère le lancement de la première filière de volailles nourries à l’insecte au cours du 1er semestre 2020. « Nos tests sur l’incorporation d’huile d’insectes sont très positifs, tant sur l’aspect des performances zootechniques que sur les qualités organoleptiques des produits finis de volailles », explique Chloé Phan Van Phi d’Innovafeed.

En septembre, l’entreprise a confié à Kantar la réalisation d’une étude quantitative sur la perception actuelle de l’utilisation d’huile d’insectes dans l’alimentation des volailles de chair, des porcs et des poules pondeuses.

Premières volailles nourries à l'insecte en 2020

Elle en tire cinq éléments majeurs. Tout d’abord, les Français prennent très au sérieux l’impact de leur alimentation sur l’environnement (87 %), et ne considèrent notamment pas le prix comme le premier critère lorsqu’ils choisissent leurs viandes et leurs œufs (78 %). Deuxième point, quasiment un tiers des sondés a déjà entendu parler de l’insecte comme d’un aliment pour les animaux (30 %) avant que l’enquêteur n’aborde même le concept de remplacer des huiles végétales par des huiles d’insectes.

Troisième élément, une fois que les consommateurs s’informent (en lisant un paragraphe décrivant le projet), ils sont convaincus par l’intérêt de cette démarche, notamment sur la déforestation. Ils ont certes toujours besoin d’être rassurés sur les questions sanitaires et gustatives, mais pas par des éléments généraux du type « c’est bon pour la planète », seulement par des faits simples et chiffrés. Quatrième point, l’utilisation d’huiles d’insectes leur semble tout à fait compatible avec des modes de productions biologiques (71 %) ou label Rouge (63 %).

Enfin, 55 % des sondés se disent prêts à acheter de la volaille nourrie à l’insecte et 48 % pour le porc. « Les résultats de l’enquête sont rassurants », conclut Chloé Phan Van Phi.

L'importance de donner des faits chiffrés

L’utilisation des protéines d’insectes est autorisée dans l’UE, depuis l’été 2017, en aquaculture. Auchan a lancé le 10 décembre 2018 sa filière « truite nourrie à l’insecte », en partenariat avec Innovafeed, le fabricant d’aliments Skretting et le pisciculteur Truite Service. Avant ce lancement, le producteur d’insectes avait réalisé une enquête sur l’acceptabilité par le consommateur. Elle a montré l’importance de donner des faits chiffrés tant sur les conditions de la production des truites que sur l’économie circulaire, l’implication du distributeur dans le commerce responsable, le rôle des insectes dans la préservation des ressources naturelles et le comportement des truites à l’état sauvage qui « mangent des insectes dans les cours d’eau et en raffolent ». Le site www.nourrialinsecte.com fournit tous ces éléments plus des témoignages de chefs validant la démarche.

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