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Viande
Le cheval en décalage avec ses débouchés

Si la filière hippophagique française souffre d’une chute structurelle de la demande, c’est aussi surtout l’inadéquation de la production face aux débouchés nationaux qui fragilise le secteur.

La France consomme des chevaux qu’elle produit peu, mais produit davantage d’animaux destinés à l’exportation.  © Reussir
© Reussir

« La production française de viande chevaline baisse beaucoup plus que la consommation », analyse Marianne Orlianges, chef de mission à Interbev équin. Les abattages ont chuté de 55 % et la consommation a plongé de 41 %, au cours des cinq dernières années, selon Agreste. Pour Pascale Heydemann, ingénieure d’étude statistique à l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE), le renforcement réglementaire et sanitaire intervenu depuis 2014, a compliqué l’évolution des abattages. Et ce, d’autant plus que les propriétaires de chevaux de réforme redirigent désormais davantage leurs animaux vers d’autres circuits de loisirs. « C’est un problème d’idéologie », poursuit Marianne Orlianges. Aujourd’hui, l’image et la place du cheval ont considérablement évolué, passant d’un animal de travail à un animal domestique de sport et loisir.

La France dépendante des importations

Malgré un recul structurel de la consommation de viande de cheval, l’offre française ne suffit pas à répondre à la demande. Ainsi, en 2019, la France a importé 9 020 tonnes de viande chevaline, soit quatre fois les volumes abattus ! La viande chevaline rouge, la plus consommée en France, est issue majoritairement des importations. Deux tiers des chevaux abattus sont français, un tiers est importé ; le reste consiste d’importations de viande en provenance principalement d’Amérique. À l’inverse, près de 90 % de la production de viande rosée issue de jeunes chevaux de trait sont vendus à l’exportation.

En bref, la France consomme des chevaux qu’elle produit peu, mais produit davantage d’animaux destinés à l’exportation. En cause, la filière hippophagique occupe une place infime au sein du secteur équestre, à tel point que la viande chevaline est désormais considérée comme un coproduit du secteur. Elle dépend des autres sous-filières, organisées de façon plutôt complexe et aux activités et intérêts très diversifiés, voire antagoniques. Pour autant, le marché de la viande a des effets non négligeables sur la vie et la santé financière du secteur, car le prix d’achat d’un cheval âgé est indexé sur sa valeur bouchère.

Développer le local et les circuits courts

Avec une offre majoritairement issue des importations, la filière mise sur les circuits courts et les produits locaux afin de dynamiser la consommation. « En Région, il y a toujours quelques actions pour essayer de relancer, ou du moins, de maintenir la consommation de viande chevaline et faire redécouvrir la viande rosée de poulain », explique Mélanie Conraud, ingénieur de projet et développement à l’IFCE. « On se focalise principalement sur des actions auprès de la clientèle potentielle (restauration collective, ndlr) ; on accompagne des dégustations et présentations de produit notamment sur le salon Planète Appro organisé par les chambres d’agriculture et dédié aux circuits courts. La filiale de la SFET (Société française des équidés de travail, ndlr), Equid’Export, intervient sur le sujet de food truck dédié à la dégustation et à la vente des produits chevalins dans le cadre du projet Hippolyte afin que le marché se diversifie et ne se repose pas uniquement sur l’export », conclut-elle.

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