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L'alternatif plébiscité mais mal valorisé

Près d'un tiers des poules pondeuses françaises sont élevées dans des modes de production alternatifs. La demande continue de grimper, mais les prix s'affichent à la baisse.

Les ventes d'œufs alternatifs ne cessent d'augmenter aux dépens des œufs de cage. Le baromètre Iri indique qu'en cumul sur les dix premiers mois de l'année, les volumes vendus d'œufs de poules en cage et au sol ont reculé de 5,6 % par rapport à l'an dernier, tandis que les volumes de plein air et d'œufs biologiques grimpaient respectivement de 7,3 % et 8,9 %. Le consommateur se sent davantage concerné par le bien-être animal et, comme la grande distribution met davantage en avant dans les linéaires les œufs alternatifs, il est plus enclin à en acheter.

Nouveauté cette année, de grosses opérations promotionnelles ont été faites sur les œufs alternatifs, avec notamment des plateaux de trente œufs plein air. Dans ce contexte, selon l'Itavi, en bio et dans une moindre mesure en plein air « l'offre est inférieure à la demande ». Pourtant, les prix sont malmenés dans toute la gamme. Selon FranceAgriMer-Kantar Worldpanel, le prix moyen d'achat des œufs de cage sur les dix premiers mois de l'année atteint 14,4 euros/kg (en baisse de 3,5 %), celui des œufs au sol 14,9 euros/kg (-4,9 %), celui des œufs bios 31 euros/kg (-4,9 %) et celui des plein air hors label 21,6 euros/kg (-4,9 %). Seuls les œufs label Rouge résistent avec un prix d'achat à 31,3 euros/kg en hausse de 0,2 %, grâce à des marques plus fortes. Si les prix des œufs alternatifs baissent alors que les besoins augmentent, c'est que les négociations tarifaires avec la grande distribution se font sur toute la gamme. Ainsi les groupements de producteurs expliquent que pour placer leurs œufs de cage dans un marché plus tendu, ils font des concessions sur les œufs alternatifs.

Selon Cécile Riffard, du Comité national pour la promotion de l'œuf (CNPO), « le différentiel de prix entre les œufs alternatifs et le plein air se réduit, or la filière a besoin que tous les œufs soient revalorisés ».

À l'industrie, la demande grimpe aussi

Un cinquième des œufs destinés à l'industrie sont issus de modes de production alternatifs, selon les estimations de l'Itavi. Le bio est minoritaire et le plein air (code 1) et le sol (code 2) sont au même niveau. Il y a quinze ans, la part des œufs alternatifs dans les ovoproduits était de 5 %. Un industriel explique que les besoins augmentent rapidement : les utilisateurs d'ovoproduits cherchent à communiquer positivement sur le bien-être des poules. Dans les produits à forte valeur ajoutée où l'œuf est très présent, comme la mayonnaise, les acheteurs choisissent le plein air. Dans d'autres cas, le fabricant souhaite communiquer sur « l'absence d'œufs de poules élevées en cage », mais cherche des prix compétitifs et s'oriente alors sur le code 2.

C'est par exemple le cas de Monoprix depuis deux ans, ou plus récemment de McDonald's aux États-Unis. Le marché des œufs alternatifs pour la fabrication des ovoproduits est entièrement contractualisé, et il faut parfois du temps pour satisfaire les nouvelles demandes. Alors que le marché de l'œuf de cage semble de moins en moins prometteur, il est difficile pour les éleveurs de faire évoluer leur mode de production, car ils ont massivement investi pour la mise aux normes en 2011 et 2012. Une réflexion sur les coûts de reconversion des cages aménagées en élevage au sol pourrait être menée par l'Itavi à court terme. Virginie Pinson

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