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Interview d'Olivier Picot, président de la Fnil : "La logique de marché a pris la relève de la Pac"

Maintenir l’emploi et les investissements, et renouveler le cadre des relations avec les producteurs sont deux des objectifs que se sont fixés les industriels laitiers.

Olivier Picot est 
président de la
Fédération nationale
des industries laitières
depuis fin 2005.
Olivier Picot est
président de la
Fédération nationale
des industries laitières
depuis fin 2005.
© R.d

Comment les adhérents de la Fnil traversent-ils la crise ?

Olivier Picot - Nous sommes confrontés à une dégradation très forte des prix des produits industriels, qui représentent 35 % des fabrications françaises. Les PGC premiers prix et MDD suivent les mêmes tendances. En somme, 50 % des produits laitiers français sont impactés. Les prix pratiqués par nos voisins d’Europe du Nord poussent les acheteurs de la grande distribution et de la restauration hors foyer à exercer une pression forte en France. Les importations de lait de consommation ont atteint 231 611 tonnes en 2015, en progression de 12,8 % par rapport à 2014. Pour les pâtes pressées cuites, ces chiffres s’établissent à 44 500 t, soit +6,7 % par rapport à 2014. Concernant les marques nationales, les négociations commerciales annuelles avec la grande distribution se sont soldées par de nouvelles baisses de tarifs. Le maintien des prix sur le lait de consommation de marques nationales ne représente que 2,9 % du lait collecté en France. Et tout nous laisse penser que les négociations sur les MDD, qui représentent 21 % du lait français, ne nous réservent pas de bonnes surprises.

Comment expliquez-vous les bons résultats des entreprises ?

O. P. - Les grands groupes laitiers français tirent leur épingle du jeu à l’international. Cette performance permet de conforter les emplois, de continuer à investir et à innover pour être là quand la conjoncture se retournera. Nos entreprises seront au rendez-vous demain et resteront bien implantées au sein du milieu rural français.

Quelle analyse faites-vous des solutions actées par le Conseil des ministres de l’Agriculture du 14 mars ?

O. P. - Il est évident de constater qu’il n’existe plus de politique agricole commune. La PAC a été « nationalisée ». Sans mesures globales et homogènes pour l’ensemble des pays de l’Union européenne, force est de se plier à la loi du marché. Nous n’avons jamais appelé à la dérégulation, bien au contraire. Cela a été le choix de la majorité des pays de l’Union européenne et rien ne semble l’arrêter. La hausse des prix à l’intervention n’a pas été retenue. Aucune mesure pour gérer l’offre en Europe d’une façon globale n’est envisagée en période de crise. On parle plutôt d’arrangements volontaires pour limiter la production. En revanche, nous espérons que les pouvoirs publics français se saisiront du nouvel outil européen de garantie pour couvrir les risques financiers pris par les entreprises à l’export.

Comment voyez-vous la suite ?

O. P. - Nos entreprises devront tirer les conséquences de cette situation dans le cadre de leurs relations avec leurs producteurs. Le gouvernement français doit accompagner les producteurs dans cette crise qui remet en cause le seuil de rentabilité des exploitations agricoles françaises. Car, pendant que la France limite sa production, nos voisins continueront à produire. Même si la Commission semble prendre la mesure de la crise laitière, les pseudo-solutions qu’elle met sur la table ne permettront pas de limiter la progression de la collecte laitière des pays du Nord de l’Europe.

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