Aller au contenu principal

Fromage
Deuxième année prometteuse pour la raclette de Savoie IGP

Les Français sont de gros consommateurs de fromages à raclette, ce marché représentant plus de 200 millions d’euros à fin 2015. Sur ce segment, la raclette de Savoie se distingue avec son label IGP obtenu en 2017. La filière est promise à un bel essor. Reportage en Savoie.

De mémoire de Savoyard, on n’a pas souvenir d’un tel engouement pour un fromage dont l’histoire plonge ses racines des deux côtés des Alpes et remonte au Moyen-Âge. À cette époque, et au moment de l’été, les éleveurs emmenaient paître leurs vaches dans les alpages, et le repas en plein air était la règle. On faisait alors fondre une demi-meule de fromage à rôtir sur un feu de bois et on en raclait la croûte (d’où la notion de raclette) sur du pain ou sur des pommes de terre. « Le » raclette était né. La féminisation du mot viendra plus tard.

L’IGP obtenue le 27 janvier 2017

Il faudra attendre le XXe siècle, et en particulier les années 1970, pour constater un véritable essor de ce fromage devenu recette (inventée dans le Valais suisse) et plat. L’invention de l’appareil à raclette et la sophistication de la recette – charcuterie, gamme de fromage fumé ou aromatisé… – ont contribué à l’explosion de la consommation.

Pour conserver son caractère historique et de qualité à ce fromage, Savoîcime (association professionnelle chargée de la défense des intérêts des trois fromages IGP Savoie - raclette, tomme et emmental) a alors entamé le processus de reconnaissance via le label IGP. Pour ce qui concerne le versant français, on parle désormais de raclette de Savoie IGP, depuis le 27 janvier 2017, date officielle d’obtention du label.

Les volumes sont en progression

« C’est la deuxième saison pour l’IGP. Cela se passe bien et les volumes sont en progression. La fabrication de printemps a progressé de 25 % (de janvier à juin 2018, ndlr). Nous redémarrons la fabrication en novembre et décembre. Il faudra voir ce que cela donne précisément, avec les complications dues au changement climatique et la grande période de sécheresse de cette année pour la zone IGP. À fin 2017, la production de raclette de Savoie IGP était de 2 500 tonnes, et on pense faire +8 à +10 % cette année », affirme Thomas Dantin, président de Savoîcime (qui fonctionne à partir de l’adhésion de ses membres producteurs et fromagers). Pochat (du groupe Lactalis), fromager et affineur situé à Frangy en Haute-Savoie, a fabriqué 800 tonnes de raclette de Savoie IGP pour la dernière saison et est passé de 600 à 800 tonnes en deux ans.

Aujourd’hui, la distribution principale de cette raclette sous label de qualité se situe en Savoie, Haute-Savoie, Isère (Grenoble) et commence à s’étendre au reste de la France (notamment Paris, Rouen) dans la grande distribution et chez des crémiers jouant la carte de la qualité.

Demande croissante pour la fabrication fermière

« L’IGP a tiré la qualité de fabrication vers le haut grâce au cahier des charges. L’obtention de l’IGP a aussi permis d’augmenter le budget consacré à la promotion de la raclette de Savoie IGP et des actions de soutien technique aux professionnels (accompagnement des fromagers, recherche et développement, audits et suivis qualité, ndlr…) », expliquent Thomas Dantin et Céline Peres, chargée de développement au sein de Savoîcime. Des travaux sont en cours sur l’amélioration de l’identité visuelle du produit et sur la richesse aromatique afin de mieux comprendre, de mieux maîtriser le processus.

Il faut aussi répondre aux affineurs qui ont une demande croissante pour la fabrication fermière et Savoîcime soutient cette démarche. « La raclette de Savoie IGP, c’est le pari d’un nouveau fromage qui va prendre sa place sur le marché. En fait, le cahier des charges te pousse à bien travailler. Sinon, tu fabriques ton fromage et tu es tout le temps content de toi », commente Édith Renaudin-Chevalier, l’une des cinq associés de La Ferme des 4 saisons à Reignier-Ésery (Haute-Savoie). La ferme produit notamment 340 000 litres de lait de montbéliardes par an, dont 150 000 litres servent à l’élaboration de tommes et de raclettes. Elle vient tout juste de démarrer sa production de raclette de Savoie IGP en méthode fermière.

De nouvelles utilisations

Philippe, autre associé fromager de La Ferme des 4 saisons, traite des cuves de 550 à 600 litres de lait avec un tranche-caillé manuel pour aboutir à la production de petits grains d’environ 220 grammes : brassage, décaillage, délactosage, moulage dans des toiles à mouler en coton, pressage à la main d’abord puis en presse mécanique… Ce volume de lait permet de fabriquer une dizaine de fromages à raclette. Tout se fait à la main tout en contrôlant en permanence la température du lait. On passera ensuite les meules dans un bain de saumure puis vient l’étape de l’affinage. Entre la traite et la livraison à l’affineur, il s’est passé quatre jours.

La ferme vend une partie de ses tommes et raclettes en direct dans son propre magasin mais aussi sur les marchés locaux. « Le fermier, ça nous permet de suivre le produit jusqu’au bout. C’est la vente directe qui permet de rester petit, avec une meilleure valorisation. On fait aussi un peu de demi-gros auprès de magasins Super U de proximité. L’idée est de travailler avec des magasins qui font le choix de “pousser” des nouveaux producteurs », ajoute Édith.

Bien sûr, le fil rouge est de suivre les tendances de consommation et de montrer que l’historique fromage rôti utilisé dans la recette raclette peut aussi s’apprécier différemment : présent sur le traditionnel plateau de fromages, mais aussi en le cuisinant de façon crue (en salade composée avec des endives et des noix ou avec des poires en vinaigrette…), associé à des croquettes de potimarron, à des bagels et des gaufres… On peut aussi l’imaginer avec des produits de la mer : outre une raclette océane (raclette de Savoie IGP avec du saumon et flétan fumés, crevettes, noix de Saint-Jacques, crabe…), des chefs se penchent sur des recettes type cabillaud en croûte de raclette de Savoie IGP… De nouvelles recettes sont en préparation du côté de Savoîcime. À suivre…

Un cahier des charges précis

La raclette de Savoie IGP, depuis le 27 janvier 2017 et après l’aboutissement d’un processus de travail de dix ans, repose sur un cahier des charges précis. En voici les grandes lignes. Le fromage est élaboré sur le territoire des pays de Savoie (Savoie, Haute-Savoie et quelques communes limitrophes de l’Ain et de l’Isère) à partir du lait de trois races de vaches laitières locales (montbéliarde, abondance et tarentaise) pour fabriquer ensuite la raclette. Une alimentation diversifiée et locale est essentielle par rapport aux qualités aromatiques du fromage : herbe fraîche obligatoire l’été, fourrages produits localement et céréales sans OGM (avec un seuil inférieur à 0,9 %). La fabrication et l’affinage permettent de respecter les critères de goût, d’arôme, de texture, de typicité… avec pasteurisation interdite et affinage sur des planches en bois obligatoires pendant une durée minimum de huit semaines. Le cahier des charges stipule une garantie sanitaire reposant sur la traçabilité et des contrôles réguliers effectués à tous les niveaux de fabrication. Autre spécificité : la raclette de Savoie IGP est exclusivement nature (ceci exclut les notions de raclette fumée, parfumée ou encore épicée) et sans additifs.

Les plus lus

des poules oranges
Prix des poules pondeuses – Cotation réalisée le 07 mai 2026

La CPP (Cotation poule pondeuse) est publiée dans Les Marchés le lundi reflète les prix de la semaine précédente. La CPR (…

Œufs aux drapeaux ukrainien et turc
Œufs : les importations européennes bondissent de 65 % au premier trimestre, l’Ukraine et la Turquie en profitent

Les importations d’œufs de l’Union européenne ont atteint un record sur le premier trimestre 2026. L’Ukraine a progressé, mais…

batau porte conteneur de dos
Viande bovine : la consommation continue de reculer dans l’UE, mais les importations vont bondir en 2026

La consommation par bilan de viande bovine va continuer son déclin en 2026, selon les prévisions de la Commission européenne.…

conteneur bresilien au port
Viande bovine : les exportations brésiliennes pourraient chuter de 10 % à cause de la Chine

Les droits de douane instaurés par la Chine sur la viande bovine vont bientôt conduire à l’arrêt des exportations du Brésil,…

vue en contre plongée, dans une allée entre des conteneurs sur un port
Viande bovine : chute attendue de 13 % des importations chinoises en 2026

La production mondiale de viande bovine est attendue en légère baisse en 2026. Ce alors que le premier importateur mondial, la…

vaches dans une prairie
Quelles sont les conséquences des mesures pour réduire le cheptel laitier aux Pays-Bas sur le marché du lait européen ?

Les Pays-Bas mettent en place un système d’aides pour réduire les troupeaux laitiers. Si les effets à court-terme seront peu…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 90€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Les Marchés
Bénéficiez de la base de cotations en ligne
Consultez vos publications numériques Les Marchés hebdo, le quotidien Les Marchés, Laiteries Mag’ et Viande Mag’
Recevez toutes les informations du Bio avec la newsletter Les Marchés Bio