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Bœuf : Entretien avec Murilo Corral, du groupe Minerva
« Désormais, même les découpes de bœuf brésilien les moins cotées de la carcasse trouvent preneur en Europe »

Le Brésilien Murilo Corral, cadre chez Minerva, dirigeait le pôle Exportations du groupe leader en Amérique du Sud de l’exportation de bœuf, avant d’être nommé directeur pays au Chili. Nous l’avons interrogé le 24 juillet en marge du salon de l’élevage de Buenos Aires.

Murilo Corral
Murilo Corral dirigeait le pôle Exportations du groupe Minerva, leader sud-américain de l’exportation de bœuf, avant d’être nommé cette année directeur pays au Chili.
© MHA

Les Marchés : Que représente le groupe Minerva dans le commerce mondial du bœuf ?

Murilo Corral : Nous fournissons près de 30% du total des exportations de bœuf de toute l’Amérique du Sud où nous possédons 46 abattoirs, dans plusieurs pays. Notre principal concurrent, le Brésilien JBS, est le premier abatteur de la région, certes, mais sommes les leaders de toute la région sud-américaine à l’export.

Lire aussi : Viande bovine : le Brésil devient premier fournisseur de l’Italie devant la Pologne et la France

L.M. : Quel a été l’effet de la décision européenne de suspendre ses importations de bœuf du Brésil à cause de l’usage d’antibiotiques ?

M. C. : Malgré les restrictions imposées au bœuf brésilien sur le marché européen, Minerva peut continuer de le fournir grâce à notre plate-forme régionale opérationnelle, unique en Amérique en Sud parmi les industriels, qui inclut nos unités au Chili, au Paraguay, en Argentine et en Uruguay. Cela nous permet de combiner les origines et de blinder nos livraisons à nos clients européens.

L.M. : Que pensez-vous de l’accord de libre-échange avec le Mercosur ?

M. C. : La baisse des droits de douane est une belle chance, mais au niveau des volumes, l’accord est très timide. Si la production européenne est insuffisante, pourquoi tourner le dos au bœuf brésilien ou argentin ? La diminution du cheptel allaitant européen est telle que la demande des importateurs européens se porte désormais, non seulement sur les découpes nobles, mais aussi sur de la viande destinée à être hachée en Europe ou sur des morceaux congelés issue des parties avant de l’animal, pourtant surtaxés. Désormais, même les découpes de bœuf brésilien les moins cotées de la carcasse trouvent preneur en Europe.

Lire aussi : Mercosur : pourquoi la gestion des quotas de viande et volaille pose question ? 

L.M. : Le groupe Minerva est-il présent sur le sol européen ?

M. C. : Nous y avons des bureaux commerciaux, en Italie et au Royaume-Uni. 

L.M. : Quelle tendance observez-vous sur le marché européen du bœuf ?

M. C. : Pour nous, j’insiste, la nouveauté est que nos clients européens sont dorénavant preneurs de morceaux bon marché à l’état congelé. Les taxes européennes étaient auparavant dissuasives, mais la diminution de l’offre en Europe est telle qu’elles ne le sont plus. Notre offre reste concentrée sur les découpes nobles, celles du contingent Hilton (filet, faux-filet, rumsteak, NDLR). Mais nous écoulons aussi, depuis peu, d’autres morceaux issus de la partie avant (jumeau, collier, macreuse, paleron, NDLR).

Le prix élevé du bœuf sur le marché européen, conjugué à la faiblesse de l’offre, donne l'avantage aux importateurs de bœuf sud-américain. Et nous aussi en profitons à plein.

L.M. :  Quelle est la ligne stratégique de Minerva ?

M. C. : : Minerva restera un fournisseur international de matière première de confiance. Nous avons investi dans nos protocoles d’audit internes de traçabilité et de durabilité qui tiennent compte des préoccupations des consommateurs européens. Notre groupe s’est préparé pour ce monde-là.

Lire aussi : Viande et volaille : 504 000 tonnes commercialisées en restauration, l’origine France progresse

Minerva, un géant du bœuf aussi discret que puissant

L’autorité de la concurrence du Brésil a approuvé, il y a un an, l’acquisition, de la part du groupe Minerva, d’actifs alors dans le giron du groupe Marfrig, pour un accord de 7,5 milliards de réaux (1,27 milliard d’euros), signé le 28 août 2025.

Minerva, numéro un à l’export de bœuf sud-américain

Le groupe brésilien Minerva est encore plus discret dans les médias que les deux autres cadors brésiliens de l’industrie du bœuf que sont les groupes JBS et Marfrig. Ces derniers ont racheté des abattoirs et des marques de produits viandés partout dans le monde, particulièrement en Argentine, au Paraguay, en Argentine et aux États-Unis, au cours des deux dernières décennies, soutenus financièrement dans cette conquête du marché mondial par la Banque de développement brésilienne (BNDES). Mais au final, c’est Minerva qui a fini par les dévorer, du moins en partie : en rachetant à JBS, en 2017, 5 abattoirs en Argentine et 2 au Paraguay ; et à Marfrig, en 2024, 8 abattoirs au Brésil et un autre au Chili, Minerva est ainsi devenu le numéro un à l’export de bœuf sud-américain.

Propriété de la famille Vilela de Queiroz, le groupe Minerva emploie environ 30 000 personnes et compte 46 usines situées aux quatre coins de l’Amérique du Sud.

Hausse record du chiffre d'affaires de Minerva

La firme brésilienne Minerva cote aux bourses de São Paulo (BM1FBOVESPA) et de New York (Nasdaq International). Elle a annoncé ses résultats du deuxième trimestre 2026, le 12 août. Son chiffre d’affaires cumulé sur les 12 derniers mois a été de 60,9 milliards de réaux (10,16 Md€), en hausse interannuelle record de 29,3%. Ses activités à l’export ont pesé pour 58,4% d’un tel produit. Son bénéfice avant intérêts, impôts et amortissements, a été sur cette période de 4,9 milliards de réaux (822 M€), et son revenu net de 489,2 millions de réaux (81,6 M€)

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