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Les exportations françaises de produits laitiers vont-elles résister à l’inflation ?

La France reste un poids lourd sur le marché mondial des produits laitiers, malgré la baisse de ses disponibilités. Mais vu le contexte économique, rien ne garantit que la demande reste au rendez-vous.

Nos exportations de produits laitiers reculent en 2022.
Nos exportations de produits laitiers reculent en 2022.
© Virginie Pinson

Du camembert en Allemagne, des poudres de lait en Algérie, du beurre dans un croissant japonais et du lactosérum en Chine : les produits laitiers français sont présents, dans leur grande diversité, sur tous les continents. « La France reste un grand exportateur de produits laitiers et d’ingrédients, même si certaines années sont compliquées », résume Vincent Branquet, référent des produits laitiers & ingrédients de la Team France Export de Business France.

Le premier obstacle pour l’exportation de produits laitiers reste la disponibilité. « Depuis 2015, notre collecte laitière stagne ou recule, on a perdu près de 1 milliard de litres de lait depuis 2014, explique Gérard You, responsable du pôle économie des filières à l’Institut de l’élevage (Idele). Comme notre demande intérieure se tenait plutôt bien jusqu’à cette année, il est difficile d’améliorer nos exportations. » C’est ainsi que les exportations ont reculé en volume : -4,5 % en matière sèche utile, en cumul sur les 7 premiers mois de l’année, selon les données des Douanes rapportées par FranceAgriMer.

Des exportations de poudres pour équilibrer le marché intérieur…

« La France, comme l’Europe en général, est très excédentaire en protéines et désormais déficitaire en matière grasse, c’est ce qui structure une partie des échanges extérieurs de produits laitiers », résume Gérard You. En 2021, la Chine était le premier client de la France pour la poudre de lait écrémé, devant les Pays-Bas, l’Italie et le Yémen. Cette année, ce sont les Pays-Bas qui dominent, ils réexpédient ensuite une bonne partie des volumes. Les ventes françaises ont fortement reculé vers les pays tiers (-28 % en volume). En cause, le retrait de la Chine, mais aussi l’envolée des prix qui a conduit certains pays acheteurs à jouer la prudence.

La flambée des cours des ingrédients sur le marché mondial a, en revanche, permis de faire progresser la valeur des envois de poudre maigre (+13 %). « La France exporte aussi du beurre, mais c’est sur un segment premium, de la plaquette ou de l’AOP comme le beurre d’Échiré destiné à la BVP », explique Vincent Branquet. Le beurre français est tiré par le succès de la viennoiserie française, en Asie mais aussi au Moyen-Orient. « Pour combler le déficit, nous importons du beurre cube, dont l'essentiel est destiné aux industries de l’agroalimentaire », complète Gérard You.

…mais aussi de produits de grande consommation

À la différence des autres grands exportateurs de produits laitiers que sont l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis, la France n’exporte pas que des ingrédients, mais aussi de nombreux PGC, destinés aux consommateurs. C’est notamment le cas des fromages à pâte molle. « C’est le poids lourd de nos exportations, explique Vincent Branquet. Sur ces produits, la France est sans rivale, notre savoir-faire est reconnu et on possède une image de qualité supérieure. »

Un exemple ? « Si en Chine les fromages italiens sont populaires, ils sont utilisables en tant qu’ingrédients, ont bonne réputation sur leur rapport qualité prix, ils sont plutôt utilisés en famille. Pour fêter un événement, pour impressionner, le plateau de fromages français reste la référence », constate le spécialiste.

Si vers l’Union européenne, la France peut jouer la carte du haut de gamme, en mettant en avant des terroirs, des démarches (lait de foin, AOP), « vers le grand export, notre image de marque est tellement forte qu’un drapeau français est à lui seul gage de qualité », résume Vincent Branquet.

Un solde commercial menacé

La France, colosse laitier aurait-elle les pieds d’argile ? Car l’excédent commercial se contracte chaque année. « Les prix des produits industriels, que l’on importe, ont progressé davantage que ceux des prix des PGC que l’on exporte, ce qui a rogné notre excédent en 2022 », détaille Gérard You. Le solde de fromages se réduit aussi sous l’effet du goût grandissant des Français pour les fromages italiens. « Si dans l’ensemble nos achats de fromages ont reculé en 2022, l’origine Italie progresse encore », précise Gérard You. D’autres pays beaucoup plus concentrés sur les exportations d’ingrédients, comme la Nouvelle-Zélande, ou plus proches de nous l’Irlande, voient au contraire leurs exportations s’envoler.

« La France est particulièrement exposée aux arbitrages puisqu’elle est sur un segment premium » Vincent Branquet, Référent Produits laitiers & Ingrédients de la Team France Export

La question du maintien des débouchés export se pose aussi. L’Union européenne est de loin le premier client pour les fromages français, elle absorbe les trois quarts des envois. Comment vont réagir les consommateurs européens face à l’inflation ? Une descente en gamme est déjà observée chez nos voisins allemands et britanniques.

« La France est particulièrement exposée aux arbitrages puisqu’elle est sur un segment premium », constate Vincent Branquet. D’autant plus que les prix vont logiquement augmenter dans les mois qui viennent, reflet de la hausse des coûts de production. L’industrie laitière est ainsi l’industrie agroalimentaire la plus énergivore. « On manque vraiment de visibilité sur l’avenir. Mais il y a des raisons d’être optimistes. L’image de marque de la France est forte, et la filière laitière française est bien structurée avec des grands groupes aux reins solides et des PME et ETI qui ont une vraie expertise et savent bien exporter », conclut Vincent Branquet.

La Chine, partenaire incontournable mais incertain

Les exportations vers la Chine sont un des piliers de l’export de produits laitiers français, particulièrement d’ingrédients. « Dans l’ensemble, c’est notre troisième marché, qui représente 8,3 % de la valeur de nos envois sur les huit premiers mois de 2022 », explique Vincent Branquet. Cette année, c'est le premier acheteur de lactosérum en poudre et de boissons à base de lait de la France, c’est le deuxième pour la crème, le troisième en beurre et le quatrième en poudre grasse. En poudre maigre, il était le premier client en 2021, passé sixième cette année. Car la Chine a fortement diminué ses achats, entre perturbations du trafic maritime et économie malmenée par la politique zéro-Covid. « À terme, le débouché chinois pourrait se limiter, car la production laitière s’y développe, et la santé économique du pays est incertaine, mais la France reste bien positionnée pour des produits de qualité, comme le beurre et la crème, très appréciés de la restauration », poursuit le référent export. Les envois français de poudres de lait infantiles ne parviennent pas à résister à la baisse de la natalité chinoise, de plus, les marques locales s’y développent.

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