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Produits laitiers : « le secteur chinois veut aller vers des produits à plus forte valeur ajoutée, en concurrence avec les importations »

Le déséquilibre sur le marché du lait en Chine se traduit sur les entreprises agricoles du pays, mais aussi sur les échanges. La Chine importe moins de laits liquides et de poudres de lait. Si les importations de produits laitiers à forte valeur ajoutée résistent, elles vont à moyen terme se trouver en concurrence avec les fabrications des géants laitiers chinois. 

carte de la chine avec des produits laitiers
Les entreprises chinoises cherchent à diversifier leurs fabrications pour s’affranchir du lait liquide et attaquer les marchés plus rémunérateurs du fromage et des ingrédients.
© Généré par l'IA

« La Chine n’a pas participé à la vague de lait de fin 2025 », commence Jean-Marc Chaumet, directeur de la section économique du Cniel, lors d’un webinaire organisé par l’Idele. Après dix ans de restructuration à la suite de la crise de la mélamine en 2008, « la production de lait en Chine a bondi de 36 % entre 2018 et 2023, mais entre 2023 et 2025 elle s’est tassée de 2,5 % », précise l’expert. Les données chinoises indiquent qu’elle a baissé en 2024, s’est stabilisée en 2025 et reprendrait sur le premier trimestre (+3,6 %). 

Lire aussi : « Les prix du lait pourraient se stabiliser » selon les prévisions de la Commission européenne

Un prix du lait qui a chuté en Chine

« Ce coup d’arrêt, c’est car la consommation de produits laitiers n’a pas suivi la production », explique Jean-Marc Chaumet, illustrant par la baisse des ventes, en volume, entre 2021 et 2025, des yaourts (-36 %), laits aromatisés (-8 %) et laits liquides (-2 %).

Lire aussi : La Chine a importé plus de produits laitiers en 2025 mais la France s’inquiète

Cette morosité de la demande s’est directement fait sentir sur les prix du lait au producteur, s’éloignant de son pic de 2022 pour retomber à des niveaux plus vus depuis 2010. Le prix du lait en Chine est dorénavant bien inférieur au prix français, ce qui n’avait plus été vu depuis 2008. « Ce prix du lait, qui était l’un des plus élevés au monde, est redescendu à des niveaux très concurrentiels » explique Jean-Marc Chaumet. 

« Ce prix du lait, qui était l’un des plus élevés au monde, est redescendu à des niveaux très concurrentiels » 

Les grands groupes laitiers chinois résistent

Entre 2023 et 2025, le cheptel laitier chinois a reculé de 10 %, mais la grande partie de ces 550 000 têtes perdues seraient des génisses. En parallèle, la production par vache a augmenté, grâce à la modernisation des élevages, d’où une baisse limitée de la collecte. La moitié des 3,15 millions de bovins laitiers est détenue par les 40 premiers groupes d’élevages laitiers. Les dix premiers groupes d’élevage n’ont réduit leur cheptel que de 0,8 % en 2025. 

Evolution du cheptel des 10 premiers groupes d'élevage chinois (source : Cniel)
Groupe d'élevageCheptel 2025 en têtesEvolution
Youran Dairy619 000-0,40%
Modern Dairy457 000-7%
Hebei Leyuan Dairy205 000+2,5 %
Ningxia State Farm Dairy157 000+3,3 %
China Shengmu147 000+1,8 %
Bright Dairy Farming120 000-0,20%
AustAsia Group112 000-8,20%
Shounong Livestock111 000+10,8 %
Adopt a Cow110 000+8,8%
Yuanshengtai Sairy/Shengmu106 000-1,2%

« Leur chiffre d’affaires progresse moins, voire diminue, et beaucoup de groupes laitiers ont des résultats négatifs, mais ils gardent le soutien des géants des produits laitiers, comme Yili, qui veulent conserver leurs approvisionnements » décrypte le spécialiste. Ces grosses entreprises devraient aussi garder le soutien des autorités, « mais les petites entreprises en difficulté ne seront pas aidées, il y aura certainement un écrémage local », ajoute-t-il. 

Des importations chinoises de produits laitiers sous pression

La Chine reste le premier importateur mondial de produits laitiers, avec 12 milliards d’euros l’an dernier. La France en est le cinquième fournisseur en valeur, loin derrière la Nouvelle-Zélande, qui pèse pour la moitié des achats chinois (40 % en 2021). Les importations chinoises de poudres de lait ont été divisées par deux depuis 2021. Car la hausse de la collecte chinoise s’est traduite avant tout par des fabrications, et donc des stocks, de poudre de lait entier. De plus, la fabrication de lait UHT à base de poudre n'est plus autorisée. Les importations de laits infantiles reculent aussi, sous l’effet de la concurrence des marques locales et de la baisse continue de la natalité. 

 

Évolution des importations chinoises de produits laitiers (Colonnes groupées)

 

Certains produits laitiers ne sont pas touchés par la baisse des importations

Certains produits laitiers, peu fabriqués en Chine, ont échappé à ce marasme. La Chine a ainsi importé davantage de lactosérum, avec des besoins tirés par la nutrition animale. La France en est le troisième fournisseur en valeur et cinquième en volume. Elle a importé aussi un volume record de fromage, 200 000 tonnes. Elle reste le premier importateur mondial de matières grasses laitières, avec 84 % de ses achats provenant de la Nouvelle-Zélande, mais la France est à la deuxième place du podium. Les importations chinoises de crème ont stagné, « la France en était aussi le deuxième fournisseur derrière la Nouvelle-Zélande mais nos envois ont chuté de 25 % en lien avec l’enquête anti-subvention », précise l’économiste. 

Lire aussi : Produits laitiers : le mix produit change en Chine, quelles conséquences sur le marché mondial ?

Retour de la Chine à l’export

La Chine exportait déjà un peu de poudre de lait entier avant 2008, mais l’affaire de la mélamine avait stoppé les flux. « Aujourd’hui, les exportations de poudres grasses reprennent, notamment vers l’Asie, mais aussi le Nigéria et le Vénézuéla, car la poudre chinoise est compétitive, avec un prix inférieur de près de 20 % à l’origine néo-zélandaise » constate Jean-Marc Chaumet. Les envois ont dépassé 55 000 t en 2025 et ceux de poudre de lait écrémé ont dépassé 10 000 t. 

Guerre des prix sur les produits laitiers

Davantage de lait produit, et une consommation qui ne suit pas, « la concurrence s’intensifie, sans création de valeur » constate l’économiste du Cniel, notamment sur « le lait liquide, les yaourts, les produits fermentés, avec des promotions agressives et parfois un litre de lait moins cher que de l’eau minérale ! » 

« Parfois un litre de lait moins cher que de l’eau minérale ! »

Les prix moyens de ces produits laitiers au consommateur chinois ont baissé depuis 3 ans et ne se reprennent pas. Cette guerre des prix pèse sur le chiffre d’affaires des grandes laiteries, qui font évoluer les stratégies, pour se distinguer non plus par leurs prix, mais par leur valeur ajoutée. « Les nouveaux moteurs de croissance sont les fromages, la nutrition adulte et les ingrédients (lactoferrine, protéines de lactosérum) » postule Jean-Marc Chaumet, qui pointe une hausse de la part des fabrications de ces produits chez Yili comme chez Mengniu. Ces deux groupes ont lancé, en 2026, des usines de mozzarella. Ce fromage est un des points de développement des industriels locaux, ainsi que sur les bâtonnets de fromage pour enfants qui tirent la croissance en Chine. « Les droits anti-subventions mis sur les produits européens sont une opportunité » pointe l’économiste. 

« Les nouveaux moteurs de croissance sont les fromages, la nutrition adulte et les ingrédients »

Un secteur laitier chinois en mutation

« Le secteur laitier chinois est à un point de bascule où il doit se transformer, se défaire du lait liquide » conclut Jean-Marc Chaumet, « il veut aller vers des produits à plus forte valeur ajoutée, en concurrence avec les importations et qui utilisent plus de lait ». La production débutante de fromage va aussi s’accompagner de lactosérum, donc « une concurrence avec les importations, d’ici 5 à 10 ans ». 

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