Parmi les cultures fourragères estivales, le teff grass a l’avantage d’être utilisable facilement à la fois au pâturage et en fauche. Des essais menés à la Ferme expérimentale des Bordes sont prometteurs quant aux valeurs alimentaires et aux croissances des génisses.
« Sur deux années d’essais, les rendements du teff grass se situaient autour de 7 tMS/ha, en deux coupes, explique Antoine Buteau, ingénieur régional fourrages chez Arvalis et cogérant de la Ferme expérimentale des Bordes. Même si c’est plus faible que le sorgho, à 10 tMS/ha, cela reste des rendements intéressants pour une culture fourragère estivale. »
D’autant que le teff grass a l’avantage d’être « un fourrage facile à utiliser », selon Antoine Buteau ; il peut être pâturé sans minimum de hauteur, ou être récolté puis stocké. « Le foin et l’enrubannage sont très appétents », précise l’ingénieur. Les valeurs alimentaires du teff grass se situent entre 0,8 et 0,9 UFL, et la teneur en MAT atteint jusqu’à 20 % au stade épi 10 cm et 15 % à épiaison.
En revanche, malgré la finesse du teff grass, il est nécessaire d’être vigilant quant au séchage au champ. « Nous nous sommes fait avoir pendant nos essais. Je pense que lorsqu’on a l’impression qu’il est sec, il vaut mieux encore attendre quelques heures, voire le lendemain, et laisser les bottes de foin dehors pour voir comment elles évoluent », indique Antoine Buteau.
Appétent en pâturage, foin et enrubannage
Il est également possible de réaliser une première coupe de la graminée, puis de la faire pâturer. « Le teff grass a une capacité de repousse assez étonnante, derrière une fauche, en trois jours, il peut avoir repris 3 à 4 cm », confie le responsable de la Ferme expérimentale des Bordes.
Dans un essai au pâturage, avec des lots de génisses de 18 mois (chargement de 2,4 à 3 UGB/ha), le teff grass a été bien consommé, avec environ 90 % de la biomasse valorisée.
Le cycle du teff grass est assez court, une trentaine de jours entre la fauche et l’épiaison, ce qui demandera de tourner assez vite. « Après épiaison, le teff grass devient un peu moins appétent pour les bovins, observe l’ingénieur. Les ovins quant à eux n’en veulent plus du tout. »
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Les GMQ ont atteint 500 g/j en 2023 et 590 g/j en 2024. « Ces performances sont tout à fait satisfaisantes en comparaison avec des croissances moyennes des génisses sur prairie à la même période (environ 400 g/j) », indique Antoine Buteau.
Plusieurs cultures fourragères estivales ont été testées au pâturage, dans le cadre d’un projet, Esti’VAL. « Pour 20 génisses de 18 mois, il en faudrait entre 2,5 et 3,6 hectares selon les espèces pour pâturer durant 60-70 jours », mentionne le responsable de la Ferme expérimentale des Bordes.
Implantation des très petites graines à soigner
Un point de vigilance : les racines du teff grass sont superficielles et les expérimentateurs ont remarqué des pieds arrachés par les animaux. « Toutefois, cela reste une plante résistante, donc les pieds arrachés peuvent se réenraciner », tempère l’ingénieur d’Arvalis, qui précise que les terres argileuses de la Ferme expérimentale des Bordes ne sont pas propices au teff grass, qui préférera des terres légères et sableuses.
« La grande difficulté du teff grass, c’est de réussir son implantation, renchérit-il. C’est une très petite graine, plus petite que du sable. Son PMG est de 0,4 g. » Il conseille de semer à 10 kg/ha, en surface, à 0,5 cm, sur un sol bien rappuyé, une terre fine. « Il vaut mieux passer le rouleau avant et après, et lever les descentes du semoir à céréales », ajoute-t-il. Enfin, la graminée se sème dans un sol réchauffé, à 15 °C.
Après cette culture fourragère estivale, il est possible de semer une céréale à l’automne. « Le teff grass est assez facilement travaillable, avec un outil de travail du sol superficiel. De plus, la plante est gélive, le gel détruira les éventuelles repousses », note Antoine Buteau.
Côté éco
Dans le cadre d’un projet de recherche, Esti’VAL, l’implantation du teff grass a été estimée à 379 €/ha, incluant les intrants (dont 50 kgN/ha), les charges de mécanisation et la main-d’œuvre. Selon les résultats du projet, « il devient économiquement intéressant de récolter la culture fourragère estivale à partir de 6,5 à 7 tMS/ha. En dessous, coûts de récolte, de stockage et de redistribution sont trop importants et une valorisation par le pâturage est à privilégier. »