Sécheresse : « La priorité pour les éleveurs sera de garder les vaches gestantes, il faut des veaux ! »
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La France a connu un été au climat catastrophique pour son agriculture. Emmanuel Bernard, éleveur et président de la section bovine d’Interbev revient pour Les Marchés sur ses conséquences sur le cheptel bovin et le marché de la viande bovine. Alors que l’automne commence, et que la sécheresse continue, quelles sont les perspectives ? Interview entre le Space et le Sommet de l’élevage.
Emmanuel Bernard : Les éleveurs allaitants ne sont pas dans la réaction immédiate face à la sécheresse. Les cours avaient commencé à remonter, les éleveurs étaient motivés à garder les vaches. D’autant plus qu’en juillet, ils pouvaient encore faire face à la sécheresse. Sur nos productions les conséquences s’en ressentent à plus long terme, ce sera sur 2027. Il y a eu une bonne dynamique des abattages de bovins mâles en juillet (+8,8 % selon Agreste NDLR), les animaux étaient aussi plus lourds, +15 kg par JB allaitant par rapport à l’an dernier, ce sont des signes positifs, les éleveurs étaient en ordre pour produire.
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Dans ce contexte, notre priorité reste d’enrayer la décapitalisation et de préserver notre capacité de production. Les effets de cette sécheresse ne se mesureront pas uniquement à court terme : ils peuvent peser sur le cheptel et donc sur la production des prochaines années.
Notre priorité reste d’enrayer la décapitalisation et de préserver notre capacité de production.
Emmanuel Bernard : Il y a plusieurs explications complémentaires. Tout d’abord le décalage des vêlages à cause des épisodes de FCO. Mais les réformes dépendent aussi de la conjoncture laitière. Certaines régions, où les éleveurs sont très dépendants de l’herbe ont aussi été plus touchées en juillet par les chaleurs.
Emmanuel Bernard : Il y a eu des stocks en prévision de la reprise de la rentrée, et les ventes de viande hachée ont suivi.
Emmanuel Bernard : En juin, en juillet, le climat a marqué les esprits. En restaurant, carpaccio et tartares ont bien fonctionné. À domicile, les ménages se sont détournés des barbecues en raison de la chaleur, les ventes de saucisses aussi ont été à la peine. Mais il y a eu une surprise, que nous confirment les chiffres et les dires de la distribution, une bonne dynamique sur le haché. Il y a eu un effet report, grâce aussi peut-être quelques opérations promotionnelles. On ne va pas abandonner les barbecues, mais il faut qu’on adapte notre offre à des étés aussi chauds.
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Il faut par ailleurs nuancer la baisse de la consommation par bilan en rappelant que, depuis le début de l’année, les disponibilités sont faibles avec moins de production et d’importations.
À domicile, les ménages se sont détournés des barbecues en raison de la chaleur
Emmanuel Bernard : Avant tout, nous sommes toujours dans l’attente de la fin de la sécheresse. Pour les vaches laitières, l’automne est une période de sorties saisonnières, mais les vaches qui ont été abattues cet été ne sont plus là. Tout dépendra de l’équilibre entre le prix du lait et les ressources fourragères, ainsi que du marché européen.
En jeunes bovins, le marché est reparti assez nettement en Italie. Les effectifs français sont limités, 2026 sera une des années les plus basses connues, même si les poids ont eu tendance à augmenter, nous verrons comment cela évolue.
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Préserver notre capacité à produire en France est essentiel.
En broutard, quelques milliers de têtes pourraient rester en France au lieu de partir à l’export, c’est une question de confiance des engraisseurs, des abatteurs, des banques et de sécurisation des mises en place par des contrats.
Enfin en vaches allaitantes, la priorité pour les éleveurs sera de garder les vaches gestantes, il faut des veaux !
Préserver notre capacité à produire en France est essentiel. Nous avons des objectifs de souveraineté alimentaire : il faut désormais les traduire concrètement en donnant aux éleveurs de la visibilité et les conditions pour maintenir les animaux dans les élevages.
Emmanuel Bernard : La situation est inédite, on a beaucoup de questionnements. Les éleveurs abordaient sereinement 2026, avec des stocks en grange. Mais là on arrive au quatrième mois de distribution d’aliment, contre un mois, un mois et demi d’habitude. On n’est pas prêt à un hiver de 10 mois ! L’extensification en cours dans la filière bovine ne change pas grand-chose, quand ça ne pousse pas, peu importe la surface. L’effet sèche-cheveux a littéralement fait disparaître l’herbe cet été, disparaître la matière. Comment peut-on s’adapter ? Peut-on même s’adapter à un climat pareil ?
D’autant que les élevages ne font pas face à la seule sécheresse : les épisodes de canicule et les maladies vectorielles viennent également fragiliser les exploitations. C’est cette accumulation qui fait peser un risque supplémentaire sur la décapitalisation.
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Emmanuel Bernard : Il faut garder tous les fourrages pour l’alimentation, et trouver des alternatives à la paille pour la litière. La chambre d’agriculture de la Nièvre où je suis élu a fait appel à la chambre d’industrie, pour trouver des solutions : des copeaux ? de la sciure ? du miscanthus ? C’est toujours mieux de trouver des solutions localement, que faire venir du fourrage du Canada, comme la Suisse. Mais je les comprends !
Emmanuel Bernard : La grande distribution n’est pas alarmiste sur la tenue des ventes. L’été que nous avons vécu, dans le noir, à chercher la clim, a entraîné une certaine frustration. Et il y a un besoin de convivialité, sans faire de folies. Les remontées de l’aval indiquent que les ventes se tiennent.
Emmanuel Bernard : Oui c’est une bonne nouvelle, c’est le fruit d’un long combat, tous les maillons de la filière l’ont mené, y compris la distribution. Cette interdiction concerne les viandes issues d’animaux ayant reçu des antibiotiques utilisés comme facteurs de croissance, une pratique interdite dans l’Union européenne. Nous défendons un principe simple : les produits importés doivent respecter les mêmes exigences que celles qui s’imposent aux éleveurs européens. C’est sécurisant pour la filière, et pour le consommateur. On peut vivre en Europe sans le bœuf brésilien !
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Et ils ne pourront pas facilement se plier aux normes européennes, ils vont perdre en productivité, mais plus encore, il leur faudra travailler la génétique pour abandonner les antibiotiques facteurs de croissance. Nous ne tolérerons pas des autocontrôles ou des déclarations sur l’honneur. Nous demanderons des contrôles permanents de l’UE, sur place. Nous attendons aussi la décision de la Cour de Justice de l’Union européenne sur l’accord commercial UE-Mercosur.
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