Saisie par la DGAL, l’Anses vient de proposer un protocole d’abattage partiel pour des foyers particuliers de brucellose. Cette méthode, qui impose des contraintes sanitaires strictes pendant plusieurs mois, voire plus d’un an, reste soumise à l’accord des autorités françaises et européennes.
En cas de détection confirmée de brucellose, l’Anses propose dans son expertise publiée le 22 octobreun protocole alternatif à l’abattage total des animaux, actuellement appliqué. L’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) avait été saisie le 3 septembre 2024 par la direction générale de l’alimentation (DGAL) pour savoir si « d’autres moyens d’éradiquer la brucellose pouvaient être mis en place ». Cette demande faisait suite aux difficultés rencontrées sur le terrain et aux enjeux d’acceptabilité de l’abattage total.
Il s'agit d'un protocole très exigeant
« Il s’agit d’un protocole très exigeant », prévient Justine Corre, coordinatrice d’expertise, dans un communiqué de l’Anses. Il « nécessitera une forte implication de l’éleveur et l’application stricte de mesures jusqu’à l’élimination totale de la bactérie (la Brucella abortus, chez les bovins et la brucella melitensis chez les ovins et caprins, ndlr), ce qui pourra prendre plusieurs mois, voire plus d’un an », prévient-elle.
Un protocole destiné à des foyers de brucellose isolés
Cette solution alternative ne pourrait pas être généralisable mais seulement destinée à des cas particuliers. Les conditions du protocole alternatif d’abattage partiel : un foyer isolé, une volonté forte de l’éleveur de s’impliquer dans cette démarche, un nombre relativement limité d’animaux infectés et un accompagnement par tous les acteurs locaux, notamment les vétérinaires, la direction départementale en charge de la protection des populations (DDPP) et les groupements de défense sanitaire (GDS).
La méthode proposée repose sur l’abattage des animaux infectés puis l’application de différentes mesures pour éliminer les bactéries telles que :
le suivi d’un protocole de nettoyage et de désinfection rigoureux
l’interdiction d’introduire un nouvel animal ou d’en faire sortir du troupeau durant toute cette période
l’interdiction de sortie des animaux en gestation, sauf dérogation des autorités, y compris pour aller au pâturage.
Protocole alternatif : quelles contraintes pour l’éleveur
Dans l’avis, les experts proposent de fixer le seuil maximal de prévalence à 15%, avec un maximum de 15 animaux reconnus infectés ou considérés infectés. Ce seuil ne devrait être dépassé pendant toute la durée du protocole.
« Pour la bonne réussite de la démarche, la demande doit émaner de l’éleveur », insistent les experts de l’Anses dans leur avis. Et ce du fait de l’exigence du protocole et des contraintes matérielles et opérationnelles pour l’agriculteur. L’éleveur devrait notamment pouvoir disposer d’un local de mise bas pour éviter tout risque de contamination par les excrétions ou encore disposer de stocks de fourrages supplémentaires jusqu’à la requalification de l’élevage. Pour les élevages laitiers, l’éleveur devrait par exemple aussi s’assurer que le lait collecté soit bien pasteurisé.
« Il ne faut pas non plus oublier que la brucellose est transmissible à l’être humain. Toutes les personnes qui interviendront en contact avec les animaux devront donc être informées du risque et porter des équipements de protection adaptés », rappelle par ailleurs Florence Etoré, cheffe de l’unité Évaluation des risques liés au bien-être, à la santé et à l’alimentation des animaux, et aux vecteurs.
L’adoption de cette proposition de méthode alternative dépend de son acceptation par les autorités françaises et européennes, souligne l’Anses.
La France déclarée indemne de brucellose bovine depuis 2005
La France est déclarée officiellement indemne de brucellose bovine depuis 2005, au sens de la réglementation européenne et aucun foyer de brucellose bovine, ovine ou caprine n’a été identifié sur le territoire national de 2003 à 2011. Cependant, deux foyers de brucellose bovine ont été confirmés en 2012 sur le territoire français, appelant donc à une vigilance concernant cette zoonose (Mailles et al., 2012 ; Rautureau et al., 2013). En 2021 un foyer de brucellose avait été confirmé dans une exploitation laitière de Haute-Savoie.
Brucellose : une élimination des bactéries compliquée
Les bactéries responsables sont principalement Brucella abortus chez les bovins et Brucella melitensis chez les ovins et les caprins. « L’élimination de ces bactéries est très compliquée », rappelle Florence Etoré, cheffe de l’unité Évaluation des risques liés au bien-être, à la santé et à l’alimentation des animaux, et aux vecteurs. « Elles sont persistantes dans l’environnement et leur détection chez les animaux est difficile. » En effet, les signes cliniques ne sont visibles que pendant la gestation et la mise bas.