Emmanuel Bernard, président de la section bovine d’Interbev, définit un triptyque sur lequel s’appuyer pour aider les éleveurs à passer l’hiver : des solutions techniques à base de paille et alternatives, le soutien de l’État, et un engagement fort de la filière avec la contractualisation. Interview au Sommet de l'élevage.
Les éleveurs de bovins viande partagent de fortes inquiétudes sur « comment passer l’hiver » avec un déficit quasi-général de stocks fourragers. Quel message souhaitez-vous leur faire passer ?
Emmanuel Bernard : Les éleveurs doivent conserver le potentiel de reproduction de leurs troupeaux. Des ajustements pour réduire les besoins alimentaires du troupeau peuvent se faire par un tri plus sévère sur des catégories d’animaux « improductives ». Pour les animaux engraissés, un retour aux poids de carcasse pratiqués en 2025 peut être envisagé. Un levier important à développer est le recours à des alternatives à la paille pour la litière, en particulier à partir de coproduits forestiers très souvent disponibles en zone d’élevage. Les rations à base de paille pour cet hiver sont une solution dans bien des situations.
L’automne ne permettra pas de rattraper les pertes fourragères de l’été 2026 faute de précipitations. Jusqu’en juillet, les éleveurs de bovins viande n’étaient pas en situation de précarité fourragère, ayant pour une grande partie d’entre eux des stocks de report de 2025. Mais les conditions climatiques depuis le début de l'été ont nécessité de distribuer des fourrages aux troupeaux en quantités très importantes.
Les éleveurs font face en même temps à une conjoncture instable. Comment faire face ?
Emmanuel Bernard : Les solutions techniques que l’on peut trouver pour faire face aux aléas et le soutien de l’État doivent s’adosser à la contractualisation : la filière doit elle aussi participer à l’effort en s'engageant, en donnant des garanties et des perspectives aux éleveurs.
La première partie de l’année 2026 avait bénéficié d’une conjoncture porteuse. Les cours ont fortement augmenté à partir de mi-2025, et sur l’année 2026, la décapitalisation en élevage bovin allaitant s’est enfin arrêtée. Quand on a une amélioration des prix des bovins, les éleveurs réagissent rapidement.
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"La décapitalisation en élevage bovin allaitant s’est enfin arrêtée"
Des conséquences de la sécheresse sur les marchés sont-elles observées ?
Emmanuel Bernard : Les effets d’une sécheresse sur les marchés ne sont jamais immédiats. À ce jour, les données d'abattage ne font pas apparaître d'afflux inhabituel d'animaux en abattoir à l'échelle nationale. Pour autant, la sécheresse qui se poursuit et la tension persistante sur les disponibilités fourragères pourraient conduire certains éleveurs à adapter la conduite de leur troupeau ou dans certains cas à anticiper certaines sorties d'animaux. Ces décisions dépendront des mesures d'accompagnement mises en place par les pouvoirs publics pour soutenir les élevages confrontés à ces difficultés. Les prochains mois permettront de mesurer plus précisément les conséquences de la sécheresse sur la filière.
Un manifeste sur l’approvisionnement en restauration collective
Interbev a lancé au Sommet de l’élevage un manifeste destiné aux élus locaux, qui s’engagent à « privilégier une viande de qualité, durable et de proximité » en restauration collective. Cette démarche liste quatre autres points : soutenir le modèle d’élevage de ruminants ; proposer dans les cantines une alimentation variée et équilibrée ; renforcer l’éducation alimentaire et rendre visible l’origine des viandes servies.