Limousine en Argentine, Charolaise au Brésil : Un engouement renouvelé pour la génétique bovine allaitante française 

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«En Argentine, on retrouve du sang limousin sur environ 400 000 bovins», indique Roberto Bianculli, directeur de l’association argentine d’éleveurs de limousine. Crédits : © M.-H.André
Ici dans l’État du Rio Grande do Sul du Brésil, le charolais est intégré dans le cheptel allaitant créole. Crédits : © M.-H.André
Champion charolais 2025 d'Expo Inter, la plus grande foire agricole d’Amérique du Sud, appartenant à Rodrigo Mascarenhas. Crédits : © Association brésilienne des éleveurs de charolais

La limousine séduit un nombre croissant de naisseurs argentins pour son gabarit moyen conjugué à ses qualités bouchères, tandis que la charolaise est de plus en plus utilisée au Brésil en parcs d’engraissement [du fait de son rendement carcasse supérieur à celui des races zébus locales.]

Grâce à ses qualités bouchères, certes, mais surtout grâce son gabarit modéré, la limousine est devenue, en Argentine, la seule race continentale européenne parmi toutes celles importées là-bas au cours des dernières décennies (simmental, charolaise, fleckvieh, chianina, blonde d’Aquitaine…) à avoir réellement percé sur cet immense marché de la génétique bovine allaitante, là où règnent les races britanniques (angus et hereford) depuis un siècle et demi.

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Explications. Roberto Bianchulli dirige depuis 28 ans l’association argentine d’éleveurs de limousins, la première créée hors de France, en 1966. « À l’époque, se souvient-il, c’est plutôt la charolaise qui faisait fureur comme choix de croisement F1 sur des vaches de souche britannique. Un pavillon entier lui était alors consacré au Salon de l’agriculture de Buenos Aires », raconte-il.

Du sang limousin chez 1 million de bovins argentins

Mais la mode du charolais en Argentine a vite passé. Ceci à cause du poids trop élevé des nouveaux-vêlés sur leurs systèmes en plein air intégral. « Sur nos vastes fermes, explique Roberto, les péons n’arrivent pas toujours à temps pour assister les vêlages... »

A contrario, la race limousine s’est lentement, mais sûrement, fait une place dans les Pampas où elle y garde un brillant avenir. « C’est la seule race continentale qui exerce une vraie influence sur notre cheptel national de 51 millions de têtes », confirme l’expert Víctor Tonelli. « On retrouve du sang limousin sur environ 400 000 bovins », estime-t-il. Soit près de 0,5% du cheptel bovin argentin.

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Roberto Bianchulli précise : « Le nombre d’animaux pur pedigree limousin est circonscrit en Argentine à environ 25 000 animaux. Ce registre est tenu par la Société rurale argentine (SRA). Le registre des purs contrôlés, à charge de notre association, compte environ 40 000 animaux, essentiellement des vaches », dit-il.

Lui estime à « environ un million de têtes de bétail » la présence de sang limousin sur dans le cheptel allaitant argentin. Soit 1% du cheptel national.

« Nos éleveurs associés, qui doivent forcément rénover leur génétique, ont coutume de se regrouper pour faire leurs achats de semences de taureau en France », indique-t-il.

« L’an dernier, nous devions acheter 3 000 doses provenant d’une dizaine de taureaux français identifiés après notre visite des stations de Lanaud (87) et de Moussours (19). Des taureaux adaptés à nos systèmes en plein air intégral, au gabarit modéré classé entre 5 et 6, dans le but d’obtenir des veaux légers à la naissance, alors qu’en France, le gabarit prisé est plutôt situé autour de 7 à 8 », précise-t-il.

Cet achat collectif a malheureusement été annulé suite à la suspension des exportations françaises due à la crise de la Dermatose nodulaire contagieuse. « Nous n’attendons plus que la réouverture des frontières », nous disait Roberto en juin dernier.

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Le succès de la race limousine en Argentine, disons-le tout net, est dû, principalement, à l’engouement marqué depuis ces deux dernières décennies pour la race synthétique limangus, qui comprend 3/8 de limousin et 5/8 d’angus.

La mode du limangus en Argentine a ceci de bon pour la race pure limousine qu’elle constitue pour elle une demande supplémentaire de semences. « Le taureau le plus cher vendu aux enchères, en 2023, par le sélectionneur Ariel Griffa, patron du plus gros troupeau de limousines en Argentine (environ 3 000 mères) sur son estancia « La Madre Selva », située à Marull, dans la province de Córdoba, a été acquis conjointement par sept éleveurs argentins de limangus réunis autour de cet achat », raconte Roberto Bianchulli.

Il révèle la petite histoire derrière la scission limousine-limangus actée en Argentine en 1999 : « La marque limangus sonne doux à l’oreille des éleveurs argentins parce qu’il contient le terme « angus », glisse-t-il. Nous leur avons cédé cette marque, qui était la nôtre, suite à une division de nos associés. Mais un taureau limousin n’apporte pas grand-chose, sauf une dispersion génétique », juge-t-il, un brin amer vis-à-vis du succès du limangus en Argentine pour des raisons de marketing essentiellement et qui ferait de l’ombre à la race d’origine française.

Il rappelle qu’un « bœuf limousin développe jusqu’à 7% davantage de muscle qu’un bœuf angus au pesage de carcasse, voire jusqu’à 19% pour certaines découpes ».

Les éleveurs argentins de taureaux limousins les vendent à des patrons de troupeaux commerciaux angus ou hereford. Via ces croisement « moitié sang », ces derniers recherchent la fameuse « vigueur hybride » que n’apporteraient pas tant les taureaux limangus.

« La limousine est un animal équilibré qui ne mange pas plus d’herbe qu’un angus. Il en mange même moins ! Car il ne dépasse pas le point de gras qui donne lieu à des pénalités des abattoirs argentins. Tu peux le porter à 700 kg, sans problème. Il s’agit-là d’un avantage certain sur les races angus et hereford, lesquelles engraissent au-delà du point désiré dès au-delà de 500 kg », assure-t-il.

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Or, au-delà de ce poids-là, en Argentine, on parle de bœuf pour l’export, c’est-à-dire du business le plus juteux de la filière.

Comme tous les éleveurs de bovins dans le monde, les Argentins sont fidèles à la race la mieux ancrée localement. C’est-à-dire, là-bas, l’angus ou l’hereford. Mais, « ceux qui regardent de près les indices de rendement de carcasse n’hésitent pas une seconde à choisir la génétique limousine. Car pour faire de l’élevage une activité rentable, il faut sélectionner les mères et ajouter du sang de taureau améliorant », rappelle Roberto.

Les naisseurs cherchent un gabarit plus petit qu’en France

La station de sélection de Lanaud, qui a récemment collecté des données sur la locomotion et la qualité des aplombs et des onglons, a là un argument de taille à faire valoir en Amérique du Sud. « À l’heure où, en France, les élevages sont de plus en plus grands, il semble important de travailler sur ce point », avait alors expliqué Jean-Marc Alibert, président de France limousin sélection (RBV n°308, 11/22).

Or, des grands élevages, en Argentine, il y en a ! La conduite des troupeaux en plein air rend cruciale cette qualité de locomotion. Mai les exploitants argentins ne tiennent pas encore vraiment compte de ce critère. Pour eux, seul celui du gabarit prévaut.

« Il y a 4 ans encore, nous pensions qu’il n’y avait en France que des taureaux de grands gabarits, source, pour nos éleveurs en système de plein air intégral, de problèmes au niveau des vêlages. Le critère du poids du nouveau-vêlé est, pour nous, un impératif : de 30 à 35 kg maximum », précise Roberto Bianchulli.

On l’aura compris. Seules les races françaises de gabarit léger ont un avenir en Argentine… auprès des naisseurs. Notamment l’Aubrac, parmi tant d’autres, qui reste là-bas une grande inconnue.

Auprès des engraisseurs, il en va tout autrement. « Les patrons d’abattoirs propriétaires de parcs d’engraissement effectuent ponctuellement des croisements industriels, dits terminaux, de taureaux charolais sur des femelles angus », renseigne Víctor Tonelli.

Il en va de même au Brésil et aux États-Unis.

Le retour en force de la Charolaise au Brésil

Telle une étoile ne brillant qu’un été, la race charolaise fit fureur au sud du Brésil dans les années 1980 et 1990 avant de (presque) s’y éclipser. « Sa représentation atteignit alors plus de 100 000 animaux, toutes catégories confondues, alors qu’il n’en reste plus aujourd’hui que 5 000 spécimens, dont à peine 40 taureaux charolais brésiliens », informe Rodrigo Mascarenhas, le président de l’association brésilienne des éleveurs de Charolais.

Lui-même a remporté, en tant qu’éleveur de pur pedigree, le prix du meilleur taureau Charolais de l’édition 2025 du salon agricole Expo Inter, la plus grande foire agricole d’Amérique du Sud.

« La population de charolaises, au Brésil, est tombée à 2 000 spécimens il y a deux ans, mais nous assistons à un rebond formidable de la race du fait de l’usage croissant de semences de taureaux charolais de la part de l’industrie frigorifique située au Centre-ouest du Brésil. La demande du marché mondial exige de plus grandes carcasses, ce qui, en outre, lui permet de diluer ses coûts de main d’œuvre », informe-t-il.

« La race charolaise fait gagner aux éleveurs brésiliens 30 kg au sevrage en moyenne, et aux engraisseurs de 40 à 50 kg de rendement carcasse », explique-t-il.

« Le recours à la génétique charolaise est un outil dont la simple utilisation signifie pour l’éleveur une garantie de vigueur hybride favorable aux gains de productivité », résume-t-il.

En Argentine, l’indétrônable angus

Pourquoi la race angus a-t-elle raflé, et le cœur des éleveurs de bétail, et celui des (très gros) consommateurs de viande argentins ? « La race angus est plastique, nous explique Víctor Tonelli. Elle permet d’obtenir des animaux gras de 350 kg vendables dès 18 mois, et ce jusqu’à 550 kg. Or, une race continentale européenne a un développement osseux-musculaire bien plus long. Concrètement, cela signifie, pour l’éleveur de telle race, environ 100 kg de plus par animal à obtenir à sa charge, ceci afin de parvenir au point de gras exigé par les abattoirs. C’est beaucoup de temps… et d’argent, que notre marché intérieur ne valorise pas », dit-il.Les consommateurs argentins, en effet, qui représentent encore 70% du business de la filière, préfèrent des morceaux de petite taille, faute de quoi, ils les rejettent… » Cet ex gérant de la plus grande ferme d’élevage d’Argentine (Las Lilas : 80 000 têtes de bétail sur 120 000 hectares dans la province de La Pampa) et ancien conseiller achats viande de Carrefour Argentine, sait de quoi il parle.

400 000 doses d'IA importées en Argentine par an toutes races confondues

L’an dernier (2025), 3 426 458 doses de bovins de race à viande ont été commercialisées sur le marché intérieur argentin, dont 401 596 doses importées, selon la Chambre argentine de biotechnologie de la reproduction animale et de l’insémination artificielle.

Les races angus et hereford se taillent la part du lion sur ce marché avec respectivement 2 552 848 et 190 371 doses vendues, devant les croisés braford (597 913 doses) et brangus (1 127 183 doses) talonnés par la race synthétique limangus (102 632 doses), première parmi les nouvelles vedettes.

À côté, les doses de taureaux limousins français importés en Argentine représente encore une miette, diluée dans la catégorie « autres », à hauteur de 163 411 paillettes.

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