Bien avant l’âge de la retraite, Laurent Mandron, agriculteur à Montillot, dans l’Yonne, a structuré son exploitation pour la rendre plus attractive et plus résiliente pour faciliter sa transmission à son fils Maxime.
Constituer une structure viable et désirable pour la transmettre aux générations futures. C’est l’ambition de Laurent Mandron et de son frère François, agriculteurs à Montillot, dans l’Yonne. Le schéma retenu pour la transmission de l’exploitation est relativement complexe (voir infographie), mais il répond à l’objectif simple de placer l’humain au cœur du projet. Le fils de Laurent, Maxime, âgé de 27 ans et installé depuis 2022, reprend peu à peu les rênes de l’exploitation familiale composée à la base de deux exploitations individuelles sur lesquelles étaient installés son père et son oncle François. « Ma réflexion sur la manière de transmettre a démarré dix ans avant l’âge de ma retraite », explique Laurent Mandron, âgé de 58 ans et installé au début des années 1990. Son fils constitue la quatrième génération à reprendre l’exploitation.
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Au vu des enjeux financiers et professionnels, Laurent Mandron se confie sur un aspect très personnel qui l’a rassuré dans le projet de transmission : la situation stable de son fils avec sa compagne. « Ça paraît anodin, mais cela a beaucoup compté dans ma réflexion, rapporte-t-il. C’est un métier très prenant : si le conjoint n’est pas compréhensif, le quotidien peut devenir compliqué, avance-t-il. Quand la situation est connue dès le départ, c’est plus simple. »
Apprendre à lâcher prise pour passer le relais
Accompagnés par le Cerfrance Bourgogne-Franche-Comté, les exploitants ont fait le choix de passer d’exploitations individuelles à une organisation avec plusieurs sociétés civiles agricoles. Le nouveau montage sociétaire a notamment pour objectif de séparer d’un côté le cheptel allaitant de race charolaise avec des surfaces de prairies et, de l’autre, l’atelier d’engraissement bovins avec les cultures. En complément, deux structures satellites portent des bâtiments de volailles de chair. Point important, chaque société compte au moins deux associés. « C’est sécurisant d’être au minimum deux sur toutes les structures », considère Laurent Mandron. Un groupement d’employeurs a été créé pour permettre à des salariés, des saisonniers ou des apprentis d’intervenir dans toutes les structures.
Cette réorganisation s’accompagne également d’une évolution des méthodes de travail pour les exploitants. « Nous avions déjà l’habitude de travailler ensemble, mais nous étions seuls à prendre nos décisions pour nos exploitations respectives, sans avoir de compte à rendre à personne, explique Laurent Mandron. Désormais, nous travaillons de manière collégiale. »
Tester l’entente et la compatibilité avec de futurs associés
Si son fils Maxime est désormais maître à bord sur l’exploitation, la situation n’a pas toujours été aussi claire pour Laurent Mandron qui reconnaît avoir dû effectuer un travail sur lui pour laisser la place. Pour faciliter cette transition, ils ont effectué ensemble la formation « Entreprendre et réussir » du Cerfrance. « Cela m’a permis de prendre du recul, considère-t-il. Le pouvoir de décision doit revenir à la nouvelle génération. »
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Laurent et son frère François sont encore à quelques années de leur retraite. Ils comptent mettre à profit ce laps de temps pour trouver de nouveaux associés pour rejoindre l’aventure. « Les personnes pourront commencer en tant que salarié du groupement d’employeurs pour découvrir les activités de l’exploitation, explique Laurent Mandron. Elles pourront ensuite prendre progressivement des parts sociales dans l’une des sociétés, en fonction de leurs envies et de leur projet professionnel. » Aspect non négligeable, cette entrée en douceur dans la structure permet de tester l’entente et la compatibilité entre les futurs associés.
L’agriculteur accorde une très grande importance à l’aspect humain et espère motiver des jeunes à rejoindre l’exploitation grâce à cette organisation « flexible et sécurisée ». Selon lui, ce fonctionnement permet de clarifier les rôles de chacun et d’assurer la pérennité de l’exploitation.
Prendre le temps de se parler
Façon d’acter symboliquement le passage de relais entre lui et son fils, il a déménagé non loin de l’exploitation et a laissé Maxime s’installer avec sa compagne dans la maison d’habitation de l’exploitation. Pour autant, pas question de mélanger vie professionnelle et vie privée. « Nous disposons d’un local dédié à l’exploitation pour bien séparer les choses, le lieu d’habitation doit rester un lieu privé pour la famille », assure Laurent Mandron.
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Il souligne que la bonne entente familiale a largement contribué à la réussite du projet. Mais celle-ci se cultive au quotidien : « On s’interdit de se fâcher en se parlant ouvertement de ce qui ne va pas, nous avons régulièrement des conversations informelles pour ne pas laisser de conflits s’installer. »
Cette structuration assez lourde du schéma de reprise a un coût avec huit comptabilités à gérer. « Nous réfléchissons à embaucher une personne administrative pour nous enlever de la charge mentale, très lourde actuellement », reconnaît Laurent Mandron.
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Une organisation du travail bien rodée
L’exploitation est équipée d’un local professionnel distinct de la maison d’habitation. Il est équipé d’une grande table, d’une kitchenette, d’une douche et d’une partie bureau. « Nous tenons des réunions tous les lundis à 8 h 30 pour organiser le travail de la semaine, explique Laurent Mandron. Les jeunes qui travaillent sur la ferme apprécient ce rituel qui permet de savoir précisément ce qu’ils ont à faire et à quel moment. » Le planning est noté sur un tableau effaçable avec les noms des personnes et les tâches à effectuer.