Viande chevaline : « aujourd’hui ce sont plus les jeunes générations qui en demandent »
La consommation de viande chevaline recule, tandis que les importations augmentent. Dans ce contexte, Interbev Équin mise la relocalisation de la production de viande chevaline et sur ses campagnes de promotion pour attirer de nouveaux consommateurs de viande chevaline française. Un premier constat se dégage déjà, cette viande intéresse davantage les jeunes générations.
La consommation de viande chevaline recule, tandis que les importations augmentent. Dans ce contexte, Interbev Équin mise la relocalisation de la production de viande chevaline et sur ses campagnes de promotion pour attirer de nouveaux consommateurs de viande chevaline française. Un premier constat se dégage déjà, cette viande intéresse davantage les jeunes générations.
« La France compte près d’un million d’équidés, mais moins de 4 000 sont abattus chaque année pour la viande, tandis que 40 000 finissent à l’équarrissage » constate Guy Arestier, co-gérant d’un GAEC familial spécialisé dans les bovins viande, les canards et détenteur d’un troupeau de dix juments de trait bretonnes et comtoises, au cours d’un échange avec Les Marchés. Les races de chevaux de trait, qui sont celles abattues pour la consommation, représentent moins de 8 100 naissances, selon l’IFCE.
Des abattages de chevaux en progression
La filière chevaline repose sur un réseau d’abattage très limité. Mais Guy Arestier, qui est également le président de la section équin d’Interbev, confirme que les abattages de chevaux ont légèrement progressé en 2024. En moyenne ce sont 105 chevaux qui sont abattus en moyenne pour 35 abattoirs habilités sur le territoire.

Des prix de la viande de cheval proches du bœuf
Côté prix, la viande chevaline se négocie autour de 5 à 5,50 €/kg de carcasse en sortie d’abattoir. « Cette viande à la réputation d’être plus chère que le bœuf, mais ce n’est pas le cas, aujourd’hui c’est sensiblement au même prix » affirme Guy Arestier.
Une filière en perte de consommateurs
« 5% des foyers français consomment aujourd’hui de la viande chevaline alors que le potentiel réel serait proche de quinze pour cent selon l’IFCE et l’Inrae » indique Guy Arestier. La consommation par habitant en France est supérieure à la moyenne mondiale. Cependant, la consommation française de viande chevaline a été divisée par huit ces 40 dernières années selon les données de FranceAgriMer. En 2023, la consommation moyenne était de 0,1 kg par habitant et par an, et seuls 5% des foyers français achetaient de la viande de cheval au moins une fois par an.(Kantar 2023)
Lire aussi : Cheval : des abattages divisés par six en dix ans
Moins de points de vente de viande chevaline
Le nombre de boucheries chevalines spécialisées a fortement diminué en France. Désormais, il en reste moins de 150. Ces boucheries spécialisées constituent 55 % des ventes de viande chevaline. La consommation subsiste tout de même dans certains bassins historiquement miniers ou ouvriers. Les Hauts-de-France regroupent plus de 30 % de la consommation nationale et l’Île-de-France est la 2ᵉ région consommatrice.
Une consommation limitée par le manque de visibilité
« La viande de cheval n’est pas vraiment mise en évidence dans les commerces, et les consommateurs ignorent souvent qu’elle est disponible », constate Guy Arestier. Ce dernier observe que lors d’actions de promotion par Interbev, dans les salons, le public a du mal à reconnaître cette viande. « Cette méconnaissance constitue un frein majeur à la consommation » interpelle notre interlocuteur.
« La visibilité de la viande chevaline reste réduite, en partie en raison d’une offre très limitée en grande distribution. »
« La visibilité de la viande chevaline reste réduite, en partie en raison d’une offre très limitée en grande distribution. » Les Français ont perdu l’habitude d’en acheter et beaucoup ignorent même qu’elle est disponible. Pourtant son intérêt nutritionnel reste reconnu, notamment pour sa richesse en fer et en vitamines » précise ce dernier.
Les jeunes générations, un espoir pour la filière
Durant le Sommet de l’élevage, Interbev a organisé des dégustations de viande de cheval. Guy Arestier, a pu constater à l’issue de ces dégustations que les jeunes générations étaient plus ouvertes à la consommation de viande de cheval. « Aujourd’hui ce sont plus les jeunes générations qui en demandent. Très souvent, ce sont les parents qui freinent l’achat. Les générations précédentes ont arrêté d’en consommer et n’ont pas transmis cette habitude à leurs enfants », explique ce dernier.
L’Italie, principal acheteur de viande chevaline française
L’Italie et l’Espagne sont les deux principaux pays acheteurs de viande de cheval française. En 2024, c’est 4 602 chevaux destinés à la boucherie qui ont été exportés au total). 80 % ont été envoyé vers l’Italie qui reste le premier acheteur. Côté viande, 2 213 tonnes équivalent carcasse (tec ont été exportées (incluant des flux en transit).
« Ils sont moins aux achats désormais, ce qui explique en partie la baisse des prix cette année »
En revanche le deuxième acheteur, l’Espagne, a fortement réduit ses importations cette année. « Le pays a retrouvé des effectifs de naissance plus important. Ils sont moins aux achats désormais, ce qui explique en partie la baisse des prix cette année » explique le président d’Interbev équins. 500 poulains ont également été expédiés au Japon.
Un marché déséquilibré dominé par les importations
« On importe massivement » alerte Guy Arestier. La France importe beaucoup plus qu’elle ne produit de viande chevaline. En provenance principalement d’Amérique du Sud, les volumes atteignent 5806 tec, soit cinq fois la production nationale. Néanmoins « Un abattoir a fermé en Irlande. Ainsi des chevaux ont été envoyés en France pour y être abattus. C’est problématique, car nous avons un potentiel de production capable de répondre à la demande », regrette Arestier. « C’est pour cela qu’avec la section équine d’INTERBEV nous travaillons à relocaliser la production de viande chevaline en France ».
