La procédure européenne d’autorisation de nouveaux aliments est réputée longue et exigeante, ce qui peut décourager certaines entreprises de se lancer, en premier lieu, sur le marché européen, au profit de juridictions telles que les Etats-Unis. Ce choix est dommage, lorsqu’on sait qu’un dossier correctement préparé, a de très fortes chances d’être autorisé.
L'Italie contre la viande artificielle
Mais, en outre - et cet élément est plus inquiétant - certains États membres ont explicitement formulé des réticences à l’égard de ces nouvelles technologies.
Ainsi, en mars 2023, le gouvernement italien a présenté un projet de loi visant à interdire la commercialisation et la vente de viande cultivée. Ce projet de loi a été approuvé au nouveau national par le Sénat et par la Commission de la Chambre des députés. Il a, ensuite, été notifié à la Commission européenne via la procédure de notification TRIS conformément aux exigences de l’UE en matière de réglementation technique. Curieusement, le 13 octobre dernier, avant l'expiration de la période d'examen, l'Italie a retiré sa notification pour ce projet de loi, ayant certainement réalisé que celui-ci était voué à l’échec. En effet, sur quelle base juridique un Etat membre pourrait-il s’arroger le droit d’interdire, par avance, et de façon absolue, la commercialisation sur son territoire, d’un ingrédient relevant d’une procédure d’autorisation européenne harmonisée ?
L’effet d’annonce a, cependant, semé le trouble parmi les investisseurs qui étaient, initialement, très désireux de financer ce type de projet.
La France n'est pas plus enthousiaste
Un autre exemple est celui du combat français à l’encontre de ce même ingrédient. Moins formel que l’exemple italien, il n’en est pas moins ferme, se traduisant, notamment, par le refus de financer les start-ups travaillant sur ces projets, ou par l’annonce du ministre de l’agriculture en avril 2021 d’un amendement visant à interdire la viande dans les cantines scolaires et autres restaurations collectives.
Or, la question de la dénomination se pose, inévitablement, pour de nombreux nouveaux aliments, en particulier ceux qui constituent une « alternative » aux produits traditionnels. En effet, la plupart de ces nouveaux produits n’entrent, par hypothèse, dans aucune catégorie juridique, soit parce qu’ils sont totalement nouveaux, soit parce qu’ils ne correspondent pas - exactement - à celles existantes, du fait notamment de leur origine (par exemple, origine animale ou végétale) et/ou de leur mode de production (production cellulaire ou fermentation de précision).
Lorsqu’on constate que certains pays ont déjà autorisé la commercialisation de viande cellulaire, que nos voisins ont reçu des demandes d’autorisation ou que le Royaume-Uni souhaite modifier sa réglementation « Novel Food » pour, notamment, accélérer l'approbation de la viande cellulaire, il serait regrettable que l’Europe, reconnue comme leader en matière alimentaire, reste, cette fois, à la traine.
avec la participation de Charlotte Moutarlier, avocat au sein de FLS
Katia Merten-Lentz, membre fondateur de FLS
FoodLawScience & Partners est un cabinet de niche, présent à Bruxelles et à Paris, spécialisé dans les domaines réglementés européens et en particulier, le droit alimentaire. Katia Merten-Lentz est le membre fondateur de ce cabinet. Accompagnée de scientifiques et d’avocats, elle gère toutes les questions agroalimentaires, européennes et nationales et intervient, tant en conseil qu’en contentieux, auprès de toutes les filières et industries du secteur.
https://foodlawscience.eu/index
Avec la participation de Charlotte Moutarlier, avocat au sein du cabinet FLS & Partners.