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Une marque pour valoriser le pâturage

Les éleveurs laitiers de Bretagne, soutenus par la région, ont annoncé le lancement de la marque « Lait de pâturage ». Une démarche de filière appelée à s’étendre.

Marcel Denieul, président de l’association « Lait
de pâturage ».
Marcel Denieul, président de l’association « Lait
de pâturage ».
© A-M. Paulais

Ils le faisaient mais ne le disaient pas. Alors que de plus en plus de pays de l’Europe du Nord - Irlande, Pays Bas, Danemark ou encore Allemagne - affichent leur production laitière à l’herbe, les éleveurs laitiers de la région Bretagne ont décidé de lancer la marque « Lait de pâturage ». Un affichage indispensable, une reconnaissance nécessaire si on considère que 92% des vaches laitières de notre pays pâturent.

Patrice Binet, éleveur près de Loudéac et administrateur chez Sodiaal, qui soutient la démarche depuis le début, insiste : « l’éleveur que je suis vis mal d’être montré du doigt. Notre système breton pâturant a des atouts pour répondre aux attentes de la société. On est à la veille de faire reconnaitre la fierté de notre élevage et cela me rend heureux ». Marcel Denieul, président de l’association « Lait de pâturage » précise : « il s’agit de ramener de la reconnaissance économique et sociétale dans l’élevage laitier ». Et de communiquer sur une réalité que beaucoup de consommateurs ignorent.

UNE MARQUE, UNE ASSOCIATION D’ÉLEVEURS

Début juillet, les éleveurs laitiers, au travers de différentes organisations (FRSEA Ouest, JA, chambre régionale d’Agriculture, GIE élevages de Bretagne) ont créé une association « Lait de pâturage ». La région Bretagne a apporté son soutien au projet avec une subvention de 90 000 euros et une avance remboursable de 100 000 Les éleveurs laitiers de Bretagne, soutenus par la région, ont annoncé le lancement de la marque « Lait de pâturage ». Une démarche de filière appelée à s’étendre. euros. L’association assure la promotion et la gestion de la marque « Lait de pâturage ». Dès à présent, Sodiaal et Eurial - la branche lait d’Agrial - se sont engagés aux côtés de l’association.

DEUX CAHIERS DES CHARGES

Aidée par la Draaf de Bretagne, l’association a mis en place un dispositif juridique. La démarche s’appuie sur un cahier des charges « éleveurs » et un cahier des charges « entreprises ». Le premier précise que le lait doit provenir d’un territoire où les vaches pâturent en moyenne 150 jours par an, 6 heures par jour. Chaque vache doit avoir accès à un minimum de 15 ares de pâturage. L’adhésion à la démarche est totalement volontaire. Le cahier des charges « entreprises » définit les conditions d’utilisation et les règles de traçabilité, notamment en réservant des cuves de réception et des lignes de fabrication au « lait de pâturage ». La démarche est contrôlée par un organisme certificateur indépendant, Certis. La marque est lancée. L’objectif est désormais que quelques milliers de producteurs entrent dans la démarche d’ici la fin de l’année. Cédric Gautier, qui dispose d’une référence de 670 000 litres avec robot de traite et pâturage, sera de ceux-là. Il livre à la laiterie Entremont de Montauban de Bretagne, qui appartient à Sodiaal. Dans la mesure où son parcellaire le permettait, il a fait le choix de concilier pâturage et robot de traite, un bon moyen selon lui de répondre aux attentes des consommateurs sur le bien-être animal et aux réalités économiques de son élevage. Dans un premier temps, Sodiaal vise le marché de la restauration hors domicile, mais l’objectif est aussi que les consommateurs trouvent les premiers produits « Lait de pâturage » dans les supermarchés d’ici la fin de l’année.

ÉTENDRE L’INITIATIVE À D’AUTRES RÉGIONS

Pilotée par des acteurs de la filière, la démarche vise l’ensemble des éleveurs, quel que soit leur système de production sur l’ensemble des territoires français. Alors que se déroulent les États généraux de l’alimentation, les éleveurs engagés avec les transformateurs entendent ne pas se faire confisquer une démarche susceptible de rapporter de la valeur dans la filière laitière. Conscients d’avoir pris l’initiative, les éleveurs bretons souhaitent que d’autres régions s’approprient la marque. L’heure est désormais à la différenciation et à la réassurance du consommateur. D’autres pays européens l’ont bien compris, qui multiplient les initiatives, quelquefois avec des niveaux d’exigence inférieurs mais toujours avec un fort impact commercial.

POINT DE VUE
Damien Lacombe, président de Sodiaal

« REDONNONS SA VRAIE VALEUR AU LAIT FRANÇAIS »

« Des années de guerre des prix ont conduit la filière laitière dans une impasse, ancrant dans l’inconscient collectif l’idée que le lait est un produit basique qui n’a que peu de valeur. Les États généraux de l’alimentation doivent être l’occasion de réformer en profondeur le modèle de cette filière et de trouver des solutions collectives pour en finir avec la spirale destructrice que nous subissons depuis plusieurs années... Alors que le lait de consommation subit aujourd’hui de plein fouet les dysfonctionnements de notre modèle actuel, je propose de bâtir un nouveau contrat de valeur qui portera sur des engagements transparents autour de quatre piliers : la rémunération équitable des éleveurs, le bien-être animal, le temps passé en pâturage et l’alimentation animale sans OGM. J’invite l’ensemble des acteurs de la filière, consommateurs, producteurs, distributeurs, transformateurs à se mettre autour de la table pour en fixer collectivement les critères — des critères simples, lisibles, communicables, aisément vérifiables par le consommateur, en un mot : valorisables. En redonnant au lait français sa vraie valeur, nous répondrons aux aspirations de tous les maillons de la chaîne. »

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