Aller au contenu principal

Un marché nord-européen de la viande dégradé

Si les tensions ont atteint leur paroxysme mi-août au sein de la filière porcine française, le climat est loin d'être serein chez nos voisins européens. Les pertes s'accumulent.

Dans le nord de l'Union européenne (UE), les prix des porcs charcutiers s'affichaient fin août entre 15 et 18 % sous leurs niveaux de 2014, eux-mêmes inférieurs de 12 à 19 % à ceux de 2013.

Même ambiance déprimée en porcelet : aux Pays-Bas, le cours du 25 kg a atteint des niveaux historiquement bas courant août, à 22,50 € la pièce contre plus de 38 € fin mars. Cette faiblesse économique s'explique avant tout par un marché de la viande dégradé. L'UE ne compense qu'en partie l'absence de la Russie ; ses exportations ont grimpé de 3,6 % au premier semestre par rapport à 2014, mais elles restent inférieures de 5 % à celles de 2013. À noter, la croissance des ventes à la Chine, à la Corée du Sud, aux États-Unis et à l'Australie, mais leur repli vers le Japon, débouché rémunérateur, Hong Kong et les Philippines.

En outre, tous les États membres ne sont pas logés à la même enseigne. L'Espagne gagne du terrain (+44 921 t sur 5 mois), loin devant l'Allemagne (+27 151 t). Le Danemark (-8 051 t), la France (-9320 t) et la Pologne (-20990 t) décrochent. La consommation étant stable à baissière, difficile pour les filières d'écouler tous leurs volumes, et ce d'autant plus que la production poursuit sa croissance, stimulée par l'Espagne, l'Allemagne et les Pays-Bas. Pour la Commission, la production de l'UE aurait grimper de 4,4 %, 1,2 % et 1,6 % au cours des trois premiers trimestres 2015 par rapport aux mêmes périodes de 2014.

La fin 2015 reste incertaine. L'offre de l'UE augmenterait de 1,9 % au dernier trimestre, selon Bruxelles. La reprise de la production aux États-Unis laisse envisager un regain de concurrence à l'internatio-nal, tandis que du côté de la Russie, aucune levée d'embargo ne se dessine à l'horizon. Seule éclaircie, la Chine. Bien que sa croissance ralentisse, ses besoins pourraient s'accroître, du fait de la chute de sa production de près de 6,5 % en 2015 (-3,7 Mt), selon Rabobank. Enfin, les lourdes pertes accumulées ces dernières années par les Européens ne devraient pas rester sans effet. En Allemagne, selon l'Institut du porc (Ifip), les enquêtes cheptel de juillet font état d'un recul de 2 % des effectifs truies, ce qui laisse entrevoir une stabilisation voire une baisse de la production à moyen terme, selon les performances. De même, « il est évident que les Pays-Bas se dirigent vers la fermeture de nombreux élevages, y compris des élevages modernes », faute de rentabilité, précise-t-on à l'Ifip.

Retard d'investissement

Du côté des coûts de production, en plus des différences entre États membres quant aux coûts du travail et de l'aliment du bétail, la vitesse de restructuration et de modernisation des filières depuis le début des années 2000 influence aujourd'hui fortement la capacité des entreprises à faire face aux aléas du marché. Pour l'Ifip, « tous nos concurrents ont beaucoup investi dans l'abattage découpe ces dernières années », dans l'automatisation, la logistique, le stockage, le degré de découpe ou la taille des unités de production. En amont aussi, l'évolution de la taille des élevages et des relations avec l'aval accentue ou atténue les pertes. Le niveau d'endettement n'est pas à occulter ; très élevé au Danemark, il serait plutôt modéré en Allemagne. Mais, selon l'Ifip, si tous les pays sont confrontés à une situation de marché très difficile, la France est sans doute le pays qui souffre le plus, en raison de son retard d'investissement qui pénalise aujourd'hui fortement sa com-pétitivité.

Les plus lus

Œufs : le bond des importations européennes vient d’Ukraine, mais aussi de Turquie

L’évolution des prix des œufs français, au 19 décembre 2025, expliquée par le journal Les Marchés, qui publie trois fois par…

María Marta Rebizo
Agriculture : Que pensent les exportateurs du Mercosur du report de l’accord ?

Les Marchés a recueilli les réactions à chaud des porte-voix des agriculteurs du Brésil et de l’Argentine à l’annonce du…

14,7 millions de tonnes de poulet sur le marché mondial en 2026, l'USDA prévoit un nouveau record

Le marché mondial de la volaille devrait poursuivre sa croissance en 2026. La production de poulet atteindrait des niveaux…

Anvol analyse volailles
Poulet : la hausse de 3,7 % de la production française ne suffit pas pour répondre à la demande

La consommation de volailles, et en particulier de poulet, poursuit sa progression amorcée depuis plusieurs années. Les achats…

Dinde en élevage
« La production de dinde est stable en 2025, c’est une bonne nouvelle »

Après plusieurs années de recul, la filière dinde semble retrouver de la stabilité dans les abattages en France. Malgré une…

douanier chinois devant son ordinateur
Taxes chinoises sur les produits laitiers : quels montants par entreprises, quels impacts pour la France ?

La Chine applique à partir de ce jour des droits de douane supplémentaires et provisoires sur les produits laitiers européens…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 90€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Les Marchés
Bénéficiez de la base de cotations en ligne
Consultez vos publications numériques Les Marchés hebdo, le quotidien Les Marchés, Laiteries Mag’ et Viande Mag’
Recevez toutes les informations du Bio avec la newsletter Les Marchés Bio