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EMBARGO RUSSE
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Face à l'embargo russe, les transformateurs réorientent leurs fabrications et demandent des mesures temporaires à la Commission européenne, en plus du dispositif de gestion de crise qui a été mis en place début septembre.

 

On le craignait. Il est arrivé. L'embargo russe sur certains produits agricoles et agroalimentaires notamment européens a été déclaré le 6 août dernier suite à la position de l'Union européenne dans le dossier ukrainien. Un vent de panique a soufflé en plein été. Et pour cause. La Russie est le deuxième importateur mondial de produits laitiers, mais le premier client de l'Union européenne, devant la Chine. Les importations russes de produits laitiers se chiffrent à 3,655 milliards d'euros (en incluant les importations en provenance de la Biélorussie) dont 1,5 milliard pour l'Union européenne (1,3 milliard pour la Chine).

Même si les exportations de l'Union européenne vers la Russie représentent une faible part de la production laitière de l'Union européenne -- l'équivalent de 1,5 % de la collecte, soit 2,2 millions de tonnes sur une collecte totale de 150 millions de tonnes -- leur entrave déstabilise l'équilibre des marchés européens et peut conduire à un scénario catastrophe. Pour la France les exportations vers la Russie représentent 0,7 % de la collecte et un courant d'affaires de 109 millions d'euros (2013). Et comme pour les autres pays européens, le fromage constitue le produit dominant, suivi par le beurre. « C'est l'effet boomerang que nous craignons en France », souligne Thierry Roquefeuil, président de la FNPL.

 

LA POUDRE ET LE BEURRE REMPLACENT LE FROMAGE

Les effets de cet embargo se sont manifestés dès le lendemain dans les pays limitrophes de La Russie. Les Pays Baltes, la Finlande et la Pologne sont ainsi touchés de plein fouet. « Le prix du lait a dégringolé à 210 euros/1 000 litres en Lettonie et à 250 - 260 euros/ 1000 litres en Estonie. La Finlande annonce -60 euros/1000 litres sur le prix du lait en septembre... », relate Florence Loyer de la FNPL, à la sortie d'une réunion du Copa Cogeca à Bruxelles. Un peu plus éloignée, l'Allemagne qui exporte 40186 tonnes de fromages par an, « prévoit une baisse plus lente du prix du lait à 300 euros/1 000 litres en fin d'année », poursuit-elle. Les transformateurs européens ont immédiatement réagi en adaptant leurs fabrications, basculant du fromage à la poudre de lait écrémé et le beurre. « L'afflux de poudre et de beurre sur le marché a provoqué la chute des cours dans l'Union européenne : -15 % pour le beurre et -25 % pour la pou- dre 0 % en un mois. Ce n'est qu'un début. Les prix de marché du beurre et de la poudre dans l'Union européenne seront probablement tombés dans quelques semaines au niveau des prix d'intervention : 2 217 euros/tonne pour le beurre cube, 1698 euros/tonne pour la poudre de lait écrémé humaine », prédit Gérard Calbrix d'Atla. Et pour noircir un peu plus le tableau, la distribution française cherche à profiter de la situation pour baisser les prix jouant sur la disponibilité de produits sur le marché européen. « Il est inconcevable que la grande distribution joue le jeu de Vladimir Poutine et fasse payer aux producteurs de lait, la position politique de l'Europe », s'insurge Thierry Roquefeuil.

 

DES MESURES EUROPÉENNES DE GESTION DE MARCHÉ

Les producteurs de lait français ne veulent pas que l'embargo serve de mauvais prétexte pour baisser le prix du lait. La FNPL demande à l'Europe d'optimiser les mesures mises en place en attendant que la filière laitière européenne s'adapte à la nouvelle donne. « Dans un secteur où l'offre est inférieure à la demande mondiale, un tel embargo doit pouvoir se gérer politiquement et donc économiquement. C'est un test grandeur nature pour l'Europe face aux crises », poursuit le président de la FNPL.

La Commission européenne a en effet mis en place des mesures de gestion de marché qui ont été votées par les États membres lors d'un comité de gestion lait exceptionnel le 2 septembre. Ils sont entrés en vigueur le 8 septembre. Il s'agit d'une activation des aides au stockage privé de beurre, de lait écrémé et de fromages et l'extension des achats de beurre et de poudre à l'intervention publique jusqu'à la fin de l'année. Une note a été élaborée par FAM le 4 septembre pour détailler les procédures à suivre. Par ailleurs, la commission européenne a octroyé le 3 septembre dernier une enveloppe supplémentaire de 30 millions d'euros pour la promotion, valables en 2015; un budget qui s'ajoute aux 60 millions d'euros prévus par la PAC.

 

MESURES EXCEPTIONNELLES PROPOSÉES PAR ATLA

Même si les signaux sont positifs, « le niveau de l'intervention qui n'a pas été révisé pour tenir compte des évolutions des marchés, n'incite pas les entreprises à utiliser cet outil. Pas davantage, le stockage privé dont la date de sortie des stocks se situe en avril 2015, au moment du pic de collecte, commente Gérard Calbrix d'Atla. Il est plus intéressant pour une entre- prise de vendre au prix en vigueur que d'utiliser les outils de la Commission dans les conditions actuelles. »

Pour éviter que le scénario de 2009 ne ressurgisse à six mois de la fin des quotas en Europe, Atla propose à l'Union européenne une mesure exceptionnelle et temporaire : retirer du marché les excédents de lait engendrés par l'embargo russe. « Les prix d'achat devraient être plus élevés que les prix d'intervention actuels afin de relever temporairement le niveau de prix du filet de sécurité européen, par exemple 3000 euros/ tonne pour le beurre et 2100 euros/tonne pour la poudre (soit 270 euros/1000 litres en équivalent prix du lait 38-32 départ ferme) », précise Gérard Calbrix. Il assure que cette mesure aurait pour effet de bloquer toute baisse des prix en Europe, en dessous du filet de sécurité.

La proposition d'Atla, qui est appuyée par l'ensemble de la filière laitière française, a été saluée par le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll. Il l'a partagée avec ses homologues européens lors de la réunion exceptionnelle des ministres qui s'est tenue le 5 septembre dernier à Bruxelles. Par ailleurs, Atla l'a transmise à EDA, l'association des entreprises laitières européenne, pour être analysée par les transformateurs laitiers des autres pays européens. Une mesure d'urgence qu'il ne faut pas tarder à mettre en place. « Dans un mois, ça sera probablement trop tard ! », met en garde Gérard Calbrix.

AVIS D'EXPERT

« LE COÛT DE LA MESURE SERAIT FAIBLE, VOIRE INEXISTANT »

La filière laitière française a proposé aux pouvoirs publics français, une mesure exceptionnelle limitée dans le temps, à mettre en place au niveau européen - elle serait supprimée en cas de levée de l'embargo russe - : acheter à l'intervention publique 20 000 tonnes de poudre de lait écrémé et 10 000 tonnes de beurre par mois, sur la base d'une équivalence avec les ventes perdues sur la Russie à des prix supérieurs aux prix d'intervention en vigueur. Le coût de la mesure serait faible, voire inexistant, pour le budget européen du fait que les produits achetés et stockés seraient probablement remis sur le marché par la Commission à des prix supérieurs aux prix d'achat dans un ou deux ans, comme cela a été le cas pour les achats à l'intervention de 2009.

 

CHIFFRES CLÉS

Les exportations françaises de produits laitiers vers la Russie en 2013 :

o Fromages: 49 MEUR (45 % de la valeur totale des exportations françaises vers la Russie pour plus de 10 000 t) ;

o Beurre et MGLA : 19 MEUR (16 % du total, pour près de 6 000 t, majoritairement sous forme de beurre conditionné) ;

o Poudre de lait écrémé: 10 MEUR (9 % du total, pour 3 000 t) ;

o Poudres infantiles : 8 MEUR (7,5 % du total, pour 2 000 t) ;

o Crème conditionnée : 6 MEUR (5,2 % du total, pour 2 500 t).

 

UNE IMPORTANCE VARIABLE SELON LES PRODUITS

L'importance du marché russe est variable selon les produits exportés par la France. Ainsi, 24 % des volumes de beurre conditionné exportés par la France vers les pays tiers se font à destination de la Russie, cette part s'élève à 9,2% pour les fromages, à 5% pour la crème conditionnée et à près de 4% pour la poudre de lait écrémé. Pour d'autres produits, comme les yaourts, même s'ils ne représentent qu'une part modérée des exportations françaises vers les pays tiers, l'impact de l'embargo russe s'avère nettement plus important puisque le marché russe représente près de la moitié des exportations françaises de yaourts vers les pays tiers.

Source : Cniel

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