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Trouver les outils pour sortir de la crise

Alors que l’Europe vient de faire ses adieux aux quotas, fin avril 2015, le secteur est touché par une crise dont l’ampleur dépasse les frontières européennes.

 

Hier encore, les marchés laitiers à l’international aspiraient sans problème le lait européen, néozélandais ou encore américain, amenant les éleveurs à augmenter leur production et à investir dans leurs exploitations. Les experts avaient tablé sur une croissance de la demande sur le long terme évoquant de potentiels trous d’airs sur le parcours. Rares étaient les voix discordantes, même si la France continuait à réclamer à la Commission européenne la mise en place d’outils de gestion de crise.

 

SURPRODUCTION MONDIALE

Il se trouve que le trou d’air que traverse aujourd’hui le secteur est un trou noir dont on a du mal à percevoir les extrémités. Son origine est multiple : alors que les producteurs partout dans le monde appuyaient sur l’accélérateur, la Chine, premier importateur de produits laitiers en 2014, a ralenti ses achats à partir du deuxième trimestre 2014 (ils sont tombés de 56 % entre janvier et juin 2015). L’embargo russe démarré en août 2014 a aggravé la situation. « Nous sommes en situation de surproduction au niveau mondial. Fin 2014, nous pouvions compter déjà un trop-plein de 7 milliards de litres. La hausse de la production mondiale a été de 3 % alors que la demande mondiale progressait de 2 %. En 2015 on ne constate pas de ralentissement de la production et les prévisions pour la demande tombent à +1,8 % », précise Gérard Calbrix d’Atla. Tous les pays laitiers y contribuent, mais surtout l’Union européenne. D’autant que certains pays européens ont anticipé la fin des quotas et se trouvent aujourd’hui face à un double problème: affronter la crise et payer des pénalités pour dépassement des quotas sur la campagne 2014/2015. Et le niveau est élevé: 870 millions d’euros à payer par l’Allemagne, les Pays-bas, l’Irlande, la Pologne, etc. La France ne fait pas partie de la liste. L’Hexagone a enregistré une hausse de sa production (+3 %) sur la campagne 2014- 2015, tout en restant à l’intérieur de son droit à produire. Face à ce déséquilibre offredemande, les cours des produits industriels ont chuté atteignant leur plus bas niveau depuis 2009 (lire repères, page 23). En septembre dernier, l’Observatoire européen du lait (MMO), affichait 1690 euros/tonne (-20 % par rapport à 2014) pour la poudre de lait écrémé, 2 810 euros/tonne (-12 %) pour le beurre. La poudre de lactosérum est aujourd’hui à 570 euros/tonne.

 

IMPACT FORT POUR LES PRODUCTEURS

L’impact sur le prix du lait payé aux producteurs est violent. La moyenne affichée par MMO est de 29,3 euros/100 kilos en août 2015 contre 37 euros/100 kilos en août 2014 (lait à teneur réelle en MG). C’est en Nouvelle - Zélande que la chute du prix est la plus forte. Les éleveurs y sont payés aujourd’hui moins de 20 euros/100 kilos. Les États-Unis, bénéficiant d’une politique laitière protectrice permise par le Farm Bill, sont encore à un niveau élevé : 37,1 euros/100 kilos.

L’Union européenne qui a réformé le secteur en 2003, supprimant la plupart des outils de régulation, abaissant le niveau des prix à l’intervention pour aboutir en 2015 à la suppression des quotas, n’a plus de parade pour affronter une telle crise.

Le Conseil exceptionnel des ministres européens de l’Agriculture du 7 septembre, organisé à l’initiative de la France, s’est soldé par un déblocage d’une enveloppe de 500 millions d’euros. Dans un communiqué, la Commission propose que la partie la plus significative de ce paquet soit fournie à tous les États membres sous forme essentiellement d’aides directes pour soutenir le secteur laitier. Elle souhaite que ces fonds soient distribués de manière ciblée et équitable « avec un égard particulier pour les États membres dont les agriculteurs ont été le plus touchés par les évolutions du marchés ».

 

PAS DE RELÈVEMENT DES PRIX À L’INTERVENTION

Mais la Commission ne prévoit pas de relever les prix à l’intervention (prix d’achat par l’UE du beurre et de la poudre pour le stockage public). Une mesure qui constituait la principale demande du secteur laitier européen, tant au niveau des transformateurs, à travers EDA, que par les producteurs et leurs coopératives au sein du Copa-Cogeca, pour soulager le secteur et faire remonter les prix du lait payés aux producteurs à des niveaux plus supportables. Stéphane Le Foll, ne lâche pas. Estimant que la proposition n’est pas claire, il a demandé à la Commission des précisions lire l’interview.

En attendant la mise en place des mesures européennes, des initiatives nationales sont prises dans certains pays (Belgique, Espagne, France, Portugal…) pour tenter d’amortir la crise auprès des éleveurs. On peut s’interroger sur le risque de renationalisation de la politique laitière dans un contexte où la Commission européenne ne prend pas complètement la mesure du problème.

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