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À qui profite le business de la filière cacao-chocolat ?



La hausse des prix de la fève de cacao profite-t-elle seulement à une poignée d'acteurs de l'amont ? À la veille de l'ouverture du Salon du chocolat, Les Marchés ont enquêté sur une filière où chaque maillon semble finalement bénéficier d'une demande mondiale en forte croissance. Jusqu'aux petits producteurs, en Côte d'Ivoire notamment, avec l'appui du gouvernement.

Presque chaque année à l'approche des fêtes, la menace de pénurie de cacao fait quelques gros titres. Les dessous de cette filière très longue ne sont ni tout à fait noirs, ni tout à fait roses. Décryptage.

Il y a un an la marque Côte d'Or lançait sur sa chaîne So Choco sur Youtube une série de vidéos humoristiques préfigurant un monde sans chocolat. La scénette de la « vente à la sauvette » a été visionnée plus de 275 000 fois. La marque de Mondelez a ensuite invité les consommateurs à soutenir un village et une plantation avec l'ONG Care. Comme pour donner foi aux fictions de pénurie, la fève brune s'est mise à flamber dès le printemps dernier. Les chocolatiers européens ont observé la forte progression de la matière première en euro : le cacao a franchi la barre des 2 euros le kg pour atteindre 2,70 euros cet automne. L'Organisation internationale du cacao (Icco), basée à Londres, prévoyait un déficit de plus de 100 000 tonnes (t) en début d'année, ramené à 75 000 t en juin… avant d'annoncer un surplus de 40 000 t à la fin de la campagne 2013/2014 ! De l'avis de Patrick Poirrier, président du Syndicat du chocolat et de l'organisation européenne Caobisco, le modèle de prévision de l'Icco sous-estime la production. « Par exemple, la forte hausse des prix de 2011 avait entraîné l'augmentation de la production », se rappelle-t-il.

Producteurs bénéficiaires

L'annonce du surplus mondial ne fait pas dégonfler les cours. Le virus Ébola a atteint le Libéria et la Guinée, deux pays limitrophes de la Côte d'Ivoire. Edward George, directeur de recherche d'Ecobank, souligne qu'une multitude d'opérateurs viennent acheter et transporter des fèves. Il dessine même un scénario catastrophe dans lequel la Côte d'Ivoire et son voisin le Ghana, fournissant à eux deux 60 % du cacao mondial, se verraient bloqués par la maladie. « Ce virus ne frappe pas, il me semble, des pays qui ont un système de santé organisé », relativise Patrick Poirrier, patron de Cémoi, qui transforme sur place une partie du cacao ivoirien. « La Côte d'Ivoire et le Ghana ont des systèmes de santé organisés et ont déjà pris des mesures de prévention importantes », souligne-t-il. Patrick Poirrier n'imagine pas un monde sans chocolat. « C'était ce qu'on pouvait craindre il y a dix ans, mais la production parvient quand même à suivre », assure-t-il.

Les producteurs sont bénéficiaires de la hausse tendancielle des prix du cacao, mais ils le seront encore davantage de la hausse des rendements (même si les jeunes arbres n'ont pas atteint leur pleine capacité et si les fournitures d'engrais sont en deçà des besoins) et des améliorations qualitatives (en particulier la

Le cacao a atteint les 2,70 euros/kg cet automne

” conservation et la fermentation des fèves). En revanche, ils ne sont pas forcément remerciés des certifications (UTZ, Rain Forest, Fair Trade) obtenues. Olivier Nie-burg, journaliste pour le site www.confectionerynews.com, constatait cet été que plus de la moitié du cacao certifié pouvait être rémunéré au prix du stan->> dard. Si Hershey's, Mars et Ferrero projettent de s'approvisionner à 100 % en cacao certifié en 2020, Cacao Barry, Nestlé, Mondelez ou Cargill s'en tiendront à la loi de la demande. Ils ne sont pas moins actifs en matière de développement durable, comme Cargill qui vient d'éditer son premier rapport pour sa filère cacao. Le cacao pèse en fait assez peu dans la chaîne de valeur du chocolat. Un récent rapport américain (Markets and Markets) chiffre à 2 milliards de dollars (Md$) le marché du cacao et à 132 Md$ ” celui du chocolat. La filière nécessite des investissements lourds, et elle est gourmande en main d'œuvre, fait valoir Barry Callebaut, qui n'en dégage pas moins de 5 % de résultat net sur son chiffre d'affaires, même en subissant les pertes de l'Asiatique Petra dernièrement acquis.

La concentration engendre des profits colossaux

Barry Callebaut concentre 40 % du marché

Les variations de coûts du cacao et des matières premières extraites sont répercutées aux clients utilisateurs. Le marché est volatile et attractif pour les investisseurs non professionnels en Bourse, qui l'influencent à court terme, note un opérateur. Aussi, les négociants et industriels de première transformation se couvrent-ils. Cargill offre à ses clients un service de couverture dans ses contrats.

« On est sur un marché tendu, mais le chocolat restera un plaisir abordable » L'AVIS DU PRÉSIDENT DU SYNDICAT DU CHOCOLAT

Les Marchés Hebdo : Vous avez été élu cet été à la présidence de Caobisco, association européenne des fabricants de chocolat, de biscuits et de confiseries en tant que président du Syndicat français du chocolat et d'Alliance 7. Or ,votre société, Cémoi, ne fait pas partie des membres directs de Caobisco qui sont Ferrero, Mondelez, Barry Callebaut…

Patrick Poirrier : En effet, il faut être au-dessus d'un certain seuil de chiffre d'affaires par pays pour être membre direct de Caobisco. Le groupe Cémoi en est membre indirect, à travers Alliance 7. Dans ce métier très fortement concentré, il y a un grand nombre de PME qui sont représentées au travers d'Alliance 7. Dans Caobisco nous avons une action commune à Bruxelles.

LMH : Le secteur de la première transformation des fèves de cacao est très concentré et tend à l'être davantage, puisque Cargill était tenté d'englober cette activité d'ADM. Comment l'expliquez-vous ?

P. P. : La première transformation est concentrée parce qu'elle demande de très forts investissements. Les usines tournent sept jours sur sept et en trois-huit. Mais ce modèle économique a permis de rendre le chocolat accessible à un grand nombre de consommateurs.

LMH : Mais du coup, cette concentration ne restreint-elle pas le choix des utili-sateurs et fabricants de chocolat ? Barry Callebaut étant de loin le premier fournisseur européen.

P. P. : Barry Callebaut est le premier fournisseur de chocolat industriel, mais il y a aussi Cémoi, Cargill, ADM et bien d'autres. Le marché reste très compétitif, et en Europe il est le plus compétitif au monde. La fabrication est de plus en plus confiée à des experts, qui sont performants en matière de prix. Mais c'est aussi un marché qui foisonne d'innovations, par les assemblages de goûts ou de textures. Le chocolat est un marché très actif ; chaque saison, plus de 50 % des gammes sont renouvelées, en faveur de consommateurs toujours plus demandeurs de spécialités et de traçabilité, qui veulent savoir d'où vient leur chocolat.

LMH : La hausse des fèves aura-t-elle une répercussion sur le chocolat ?

P. P. : Dans une tablette, 70 % du prix est dû à la matière première. Et cette proportion augmente avec le taux de cacao. Il y a aussi les noisettes, dont le prix a doublé en quelques mois à cause des gelées en Turquie, et parce qu'un négociant a fait faillite. Il sera difficile de se rabattre sur les amandes qui ont aussi augmenté en raison d'une mauvaise récolte en Californie. On est donc sur un marché très tendu, mais le chocolat restera un plaisir abordable.

Le secteur de la première transformation est l'affaire de trois grands spécialistes, Barry Calle-bau, Cargill et ADM. Les suivants, dont Nestlé et Mondelez, sous-traitent chez eux une partie de cette activité. Mais le secteur de la fabrication de chocolat/matière première pour les industriels et artisans se concentre davantage. Barry Callebaut détient 40 % du marché mondial (source Statista), suivi de Cargill (14 %), Blommer (11 %) et d'ADM (8 %). La dernière nouvelle est l'engagement d'ADM à céder ses chocolateries (3 sont en Europe) à Cargill (accord soumis aux autorités de la concurrence des États-Unis et de l'Union européenne), pour améliorer sa profitabilité. La concentration du secteur engendre des profits colossaux. Mais elle laisse aussi des interstices suffisants pour le développement des filières de petits opérateurs, comme les Français Cémoi et Valrhona.

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