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Produits laitiers : les FFMP, poids lourd mal connu du marché mondial

Les poudres de lait réengraissées aux matières grasses végétales font partie des produits les plus échangés sur le marché mondial. Zoom sur ces produits en plein essor, pour lesquels l’Union européenne est leader mais qui posent des problèmes sur l’information du consommateur en Afrique de l’Ouest. 

sachets poudre de lait au togo
En Afrique de l'Ouest, le consommateur ne sait pas toujours s'il achète de la poudre de lait ou un mélange réengraissé à l'huile de palme
© Sarah Emery

On les appelle FFMP (fat filled milk powder) ou poudres de lait réengraissées à l’huile végétale, ou mélanges MGV (pour matières grasses végétales).  « Depuis une dizaine d’années, ces poudres ont explosé », explique Christian Corniaux, chercheur au CIRAD lors de la journée consacrée aux Marchés Mondiaux du lait et de la viande organisée par l’Idele. 

« Depuis une dizaine d’années, ces poudres ont explosé »

Avec environ 3 millions de tonnes échangées sur le marché mondial en 2023, ces poudres réengraissées sont le deuxième produit la plus échangé derrière le fromage et devant la poudre maigre. 

Qu’est ce que les poudres lactées MGV ?

Les poudres lactées MGV sont des substituts de lait, obtenues par séchage d’un mélange de lait écrémé et de matière grasse végétale, qui pèse pour environ un tiers du produit final. Actuellement, c’est l’huile de palme qui est utilisée, l’huile de coprah a aussi figuré dans ces mélanges, tout dépend des prix. 

Qui fabrique les poudres de lait réengraissées

Aujourd’hui, l’Union européenne en est le premier fabricant mondial. La matière grasse du lait, crème ou beurre est vendue sur le marché intérieur, la poudre de lait écrémée est achetée par des mélangeurs pour la fabrication de ces poudres MGV ou FFMP. « En France c’est un produit que l’on fait encore peu. En Pologne, il y a des mélangeurs qui achètent la poudre et l’huile » décrit Christian Corniaux. Ces produits pèsent pour 10 % des exportations de produits laitiers de l’UE selon les estimations de l’Idele. 

 

 

D’un autre côté Indonésie, Malaisie et Singapour importent aussi de la poudre de lait écrémé afin de la mélanger sur place, puisque ces pays sont eux-mêmes producteurs d’huile de palme.

Qui achète les FFMP ?

L’Afrique de l’Ouest (pays de la CDAO et Mauritanie) est le principal acheteur de ces poudres de lait réengraissées. Christian Corniaux évoque aussi des flux vers les Emirats arabes unis, l’Égypte, l’Irak, et l’Arabie saoudite, en partie pour de la réexportation.

Quels usages pour les poudres de lait réengraissées à l'huile de palme ?

« Ces poudres arrivent en sacs de 25 kg, qui peuvent être achetés par les industriels laitiers locaux qui fabriquent ensuite toute une gamme de produits (yaourts, glaces, fromages, lait, lait condensé, poudres), elles sont aussi vendues au détail, à la louche, dans des sacs plastiques », décrit Christian Corniaux qui a notamment observé ce marché à Dakar. « Le consommateur n’a donc aucune information claire sur ce qu’il achète », critique-t-il. 

« Le consommateur n’a donc aucune information claire sur ce qu’il achète »

L’Afrique de l’Ouest, un marché « garanti »

« La croissance démographique de l’Afrique de l’Ouest est impressionnante, il y 419 millions d’habitants, deux fois plus qu’il y a vingt ans, on va vite arriver au milliard d’habitants ! Même si la consommation de lait par personne est faible, le marché est là, il est garanti » pose Christian Corniaux. 

L’Afrique de l’Ouest a ainsi importé sous forme de MGV 4,17 milliards de litres équivalent lait en 2021. C’est 2,3 fois plus qu’en 2010 et 9 fois plus qu’en 2000. « Cet essor se fait au détriment de la production locale et des importations de poudre de lait entier » tranche le chercheur du Cirad.

 

 

Un modèle alimentaire « controversé »

« Un tiers de la consommation de produits laitiers de l’Afrique de l’Ouest, ce sont des MGV, même plus de la moitié dans les villes et plus de 70 % dans les villes côtières », décrit le chercheur, expliquant que les politiques commerciales sont favorables à ces importations, avec des taxes très faibles de l’ordre de 5 %. « Mais c’est trompeur pour le consommateur africain, qui ne sait pas ce qu’il consomme, ni l’impact environnemental de l’huile de palme », juge Christian Corniaux, continuant « le modèle alimentaire derrière est controversé, on garde la partie noble en Europe et on exporte le reste… Éthiquement c’est un peu discutable » et évoquant un « risque réputationnel » pour les producteurs de lait de l’UE. 

« Le modèle alimentaire derrière est controversé (…) Éthiquement c’est un peu discutable »

D’autant plus qu’avec la fermeté du marché du beurre, l’écart de prix continue de se creuser avec les matières grasses végétales et la tendance ne devrait dont pas changer. La production laitière locale reste limitée, avec des volumes faibles, issus d’un troupeau plutôt allaitant, éparpillée et très rurale et donc difficile à collecter. « Les laiteries locales valorisent leur lait en vente directe, mais elles ne peuvent pas critiquer les MGV car elles en utilisent aussi pour répondre à la demande de certains produits », conclut le chercheur. 

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