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Les nouvelles routes du transport multimodal

De nouveaux itinéraires logistiques combinant mer/rail ou rail/route ont vu le jour ces derniers mois à travers l’Europe. Plus écologiques, ces circuits sont aujourd’hui également plus fiables et plus rapides, selon leurs promoteurs. Reste aux donneurs d’ordre à franchir le pas. Témoignages.

Les solutions de transport frigorifiques multimodales, combinant la mer et le train ou la route et le train, fleurissent à travers l’Europe. C’est ce qu’a fait ressortir une table ronde organisée le mois dernier au salon international des fruits et légumes Medfel de Perpignan. Si le volume traité en transport combiné reste faible en comparaison avec les centaines de milliers de tonnes de produits frais, qui continuent de traverser le Vieux Continent chaque année sur des semi-remorques, les initiateurs de ces nouvelles lignes plus écologiques assurent que leurs solutions ont gagné en fiabilité et en performance ces dernières années.

« Les contraintes qui s’imposent à nous en matière de logistique nous ont amenés à prendre une part active au projet européen Fresh food corridors (FFC, ndlr), dont l’ambition est de créer un couloir logistique dédié aux produits frais et surgelés entre les pays de l’est de la Méditerranée et ceux du nord de l’Europe », explique Gad Barak, le vice-président logistique de Méhadrin. L’entreprise, principal producteur d’agrumes et de fruits et légumes d’Israël, cherche constamment à améliorer l’acheminement des 10 000 conteneurs « reefers » (frigorifiques) qu’il exporte chaque année et ne peut convoyer par la route.

« Un premier service frigorifique combinant le transport maritime et le rail a été lancé en avril 2016 entre Aschdod (Israël, ndlr) et Rotterdam (Pays-Bas, ndlr) via Fos-sur-Mer (France, ndlr) », précise le chef de file du projet FFC, qui a dirigé la mise en place de l’ensemble de la chaîne logistique. Cet itinéraire permet de réduire de 5 jours le « lead time » entre Fos-sur-Mer et Rotterdam par rapport à un trajet par navire, le train permettant de rejoindre le port hollandais en seulement 36 heures. « Cette ligne est un succès, sept trains complets ayant d’ores et déjà été affrétés », explique Gad Barak, pour qui son efficacité économique peut être améliorée par le fret retour.

Le groupe VIIA, qui regroupe les activités d’autoroutes ferroviaires de SNCF Logistics, dispose pour sa part d’une solide expérience en matière de transport combiné rail/route. « En septembre prochain, nous fêterons les dix ans du lancement de Lorry Rail, le service entre Le Boulou (Perpignan, ndlr) et le Luxembourg », rappelle Miguel de San Juan, directeur commercial Espagne de VIIA.

Les autoroutes ferroviaires, présentant la particularité de transporter directement des semi-remorques sans rupture de charge, ont ainsi permis de transporter 100 000 unités en 2016, dont 30 % en unités frigorifiques. Encore n’est-ce qu’un début, espère Miguel de San Juan. Il y a un an, la filiale de la SNCF a lancé VIIA Britanica, un nouveau service entre Le Boulou et le Royaume-Uni via Calais, avec une connexion ferry intégrée permettant de rejoindre Douvres en jour A pour B depuis la frontière franco-espagnole. « Nous allons augmenter le nombre de trains en 2017 – jusqu’à cinq fois par semaine – et proposer des connexions ferry intégrées vers l’Écosse, la Suède et la Norvège », révèle Miguel de San Juan, qui souligne qu’un nouveau service associant autoroute de la mer et autoroute ferroviaire permet depuis 2016 d’assurer la liaison entre la Turquie et la région parisienne via le port de Sète.

Implication des opérateurs du commerce

Signe de l’intérêt croissant des acteurs économiques du frais, une autre ligne ferroviaire dédiée au frais a été récemment créée à l’initiative d’entreprises de gros et de distribution du nord de l’Europe entre Valence (Espagne) et Cologne (Allemagne). Le projet, baptisé Cool Rail, a été imaginé par Euro Pool System Europe, leader des emballages réutilisables de produits frais, bien connu pour ses caisses plastiques. Le prestataire a convaincu quelques-uns de ses clients comme Edeka, Colruyt ou Plus Retail d’opter pour une formule de transport écologique (70 % d’émissions en moins), rapide (un jour de plus seulement pour une rotation entre Valence et les plateformes des distributeurs du nord de l’Europe) et permettant d’assurer le transport retour, les conteneurs vides étant chargés de bacs pliés retournant à Cologne. « La liaison, inaugurée en novembre dernier, a vocation à être assurée cinq fois par semaine entre Valence et Rotterdam », explique Fred Lessing, directeur des flux transport d’Euro Pool System. Le 25 avril dernier, VIIA a lancé le premier train test entre Valence et Moerdijk (Rotterdam) pour des containers et caisses mobiles frigo.

Si le transport combiné mer/rail ou rail/route commence à convaincre les transporteurs, commissionnaires et logisticiens du frais, c’est notamment en raison de l’apparition de solutions techniques qui le rendent plus efficaces et plus économiques : prises « reefers » sur les ports, report modal, conteneurs frigorifiques autonomes, récupération de l’énergie cinétique pendant le transport pour alimenter les conteneurs, etc. « Le développement de nos activités tient aussi à l’implication des clients finaux », estime cependant Miguel de San Juan, de VIIA. « S’il existe la possibilité, en utilisant le multimodal, d’obtenir le même service, à coût similaire ou inférieur et de manière écologique, l’expérience montre qu’ils encourageront cette solution », précise-t-il.

Aristarco Tomás, directeur général de Tomás Expediciones, spécialisé dans le transport longue distance des produits frais, n’est plus à convaincre. « Notre activité a fortement évolué ces dernières années avec une réduction de notre activité route et le développement progressif du transport multimodal d’abord avec le ferry, puis le train avec Lorry Rail depuis 2009 », a témoigné le patron de l’entreprise implantée à Barcelone. Le transporteur, capable d’acheminer des salades par transport combiné jusqu’en Finlande, est persuadé que le développement des infrastructures et une meilleure articulation entre modes de transport vont accélérer le rayonnement du multimodal.

Pionnier, Tomás Expediciones a procédé l’année dernière en collaboration avec Railgrup à une première expérience de transport de viandes congelées depuis la Catalogne vers l’Allemagne en conteneurs autonomes, en combinant transport routier et ferroviaire.

Le routier encore dominant entre France et Espagne

Le transport multimodal rail/route entre la France et l’Espagne constitue une infime partie du flux quotidien remontant du sud de l’Espagne vers le nord de l’Europe. On estime en effet que 13 000 camions passent quotidiennement la frontière entre l’Espagne et la France, dont 35 % sont des camions frigorifiques. Environ 120 camions chargés de fruits et légumes quittent chaque jour le marché Saint-Charles pour le Min de Rungis. Les transporteurs, disposant de terminaux sur les deux plateformes, utilisent très peu le chemin de fer, moins de 3 % des volumes empruntant la ligne existante.

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