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« Le Royaume-Uni peut devenir un grand exportateur de produits laitiers »

Dr Judith Bryans est la directrice générale de Dairy UK, qui rassemble les transformateurs, les coopératives laitières, les fabricants, les agriculteurs et les acheteurs de lait en bouteille de tout le Royaume-Uni et traite environ 85 % de la production laitière britannique.

Dr Judith Bryans, directrice
générale de Dairy UK
Dr Judith Bryans, directrice
générale de Dairy UK
© R.d

 

Comment le secteur laitier britannique peut-il accroître sa présence dans le marché mondial post-quotas ?

Dr Judith Bryans — La fin des quotas représente une nouvelle étape dans le développement d’un secteur laitier européen dirigé par le marché, compétitif et capable d’exploiter pleinement la croissance de la demande mondiale. Nous sommes tous d’accord pour dire que le ralentissement actuel est un défi et qu’il va falloir du temps pour que le marché se ressaisisse. Cependant, les prévisions de croissance à long terme restent très positives. Le secteur laitier britannique aborde les défis de la croissance dans trois domaines. Premièrement, il y a de réelles opportunités de croissance pour des produits comme les poudres de lait. Deuxièmement, nous devons intensifier la promotion des grands fromages britanniques et développer de nouveaux marchés à l’exportation. Enfin, l’industrie laitière britannique a une expertise unique et reconnue dans les chaînes de distribution des produits réfrigérés, notamment pour le lait frais pasteurisé, qui peut être valorisée dans d’autres pays. Ceci peut constituer un nouveau marché intéressant.

Est-ce qu’il y a de nouveaux domaines de croissance encore inexplorés ?

Dr J. B. - Une des priorités demeure l’exportation et le commerce international. Nous pouvons devenir un grand exportateur de produits laitiers. Les fromages britanniques sont très recherchés en Asie et partout dans le monde. Nous devons travailler avec notre gouvernement pour faciliter l’accès à ces marchés et établir de nouveaux accords commerciaux.

Quels sont les principaux dangers pour l’industrie laitière britannique ?

Dr J. B. - Nous devons continuer à croire en nos possibilités et éviter de douter de nousmêmes. Nous sommes bien placés pour devenir un des leaders du marché mondial. Si nous voulons faire grandir et renforcer notre industrie, nous devons apparaître résilients, fiables et ouverts aux investisseurs étrangers. Nous devons aussi prouver que nous sommes capables de faire face aux attaques sur les produits laitiers. Notre secteur a parfois mauvaise presse sur les questions de durabilité ou d’environnement. Or, nos progrès en matière d’efficacité environnementale sont impressionnants. Au cours des dix dernières années, la filière laitière britannique de la ferme au frigo a fait d’importants progrès de réduction des consommations d’énergie et d’eau ; elle s’est tournée vers les énergies renouvelables, etc. Nous devrions mieux communiquer sur ces progrès, éviter d’être sur la défensive et ne pas avoir peur de répondre aux critiques.

Enfin, la montée en puissance d’alternatives végétales aux produits laitiers est une vraie question, dans la mesure où ces produits utilisent des dénominations qui peuvent induire le consommateur en erreur, en minimisant les bénéfices santé ou nutrition des produits laitiers. Au cours des derniers mois, le secteur laitier européen a remporté quelques succès significatifs dans la défense de la terminologie laitière assurant qu’un produit d’origine végétale ne peut pas utiliser les dénominations laitières. Bien sûr, on ne peut pas demander au consommateur d’être parfaitement au fait de la réglementation sur l’étiquetage ou la nutrition. Il est donc très important que le secteur travaille en étroite collaboration avec les parties prenantes de l’industrie et le gouvernement au niveau national et européen pour protéger les produits laitiers.

Quels investissements l’industrie laitière britannique doitelle faire dans les prochaines années et dans quels domaines ?

Dr J. B. - Pour faire face aux défis du futur et devenir le concurrent mondial que nous devrions être, il faut impérativement que là où des investissements sont nécessaires, l’industrie laitière aille de l’avant et monte au créneau. Les investissements des membres de Dairy UK ont atteint 1,3 million de livres au cours des dix dernières années. Cela montre l’implication des entreprises laitières, grandes ou petites, pour développer une industrie laitière forte et conquérante. Nous avons d’ores et déjà un secteur du lait de consommation utilisant des technologies haut de gamme et quelques-unes des usines les plus performantes du monde. Il y a aussi un grand potentiel d’investissement dans la fabrication des poudres.

Sur quels types d’innovation le secteur laitier britannique concentre-t-il ses efforts ? Quels bénéfices peut-il espérer en retirer ?

Dr J. B. - Au niveau des exploitations, beaucoup de choses sont faites en matière de génomique, d’informatique et de gestion de l’entreprise pour améliorer l’efficacité des ateliers laitiers. Au niveau de la transformation, les entreprises laitières investissent dans des projets de recherche et développement (R & D) avec les instituts techniques pour améliorer l’efficacité des procédés avec de nouvelles technologies. De manière encore plus importante, le secteur laitier jouit d’une très bonne réputation en matière de sécurité sanitaire et de qualité des aliments et investit fortement en R & D pour maintenir et améliorer les niveaux de sécurité alimentaire. Les consommateurs ont confiance dans l’ensemble des produits laitiers et il est primordial pour l’industrie d’être à la hauteur de ces attentes.

Le secteur laitier britannique est-il prêt à aborder la période post-quotas ?

Dr J. B. - Nous sommes totalement conscients qu’un marché libéralisé est synonyme de plus grande volatilité des prix et, de ce fait, toute la filière doit travailler main dans la main pour diminuer les effets de la volatilité. Le secteur laitier britannique se prépare à cette nouvelle ère et à ces nouveaux défis. Nous n’avons pas la même culture de l’exportation que l’Irlande, les Pays-Bas ou le Danemark, mais nous nous orientons de plus en plus vers l’exportation et nous sommes prêts à prendre notre place dans le marché mondial. Nous l’avons déjà dit, mais une population en croissance et la confiance du consommateur envers les produits laitiers donnent à l’industrie mondiale un réel potentiel de croissance et nous saisirons toutes les opportunités.

Quoi d’autre ?

Dr J. B. - 2015 est une année repère, à la fois sur le marché intérieur et à l’international et nous avons décidé d’inviter l’industrie laitière européenne chez nous en octobre prochain pour discuter du futur. Nous accueillons le congrès de l’EDA (l’association laitière européenne) à Edinburgh (Écosse) où les leaders de l’industrie et les grands décideurs partageront leurs visions sur les futurs challenges et les perspectives du secteur laitier.

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