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Le bœuf argentin s'autocensure

Les exportations argentines de viande bovine sont bloquées au profit du marché intérieur.

Tout est bon pour lutter contre l'inflation en Argentine (12,3 % en 2005). Le président Nestor Kirchner a pris une mesure radicale autant que populaire : bloquer les exportations de viande bovine pour faire pression sur les prix intérieurs.

Le bœuf, objet de fierté nationale, occupe une place importante dans le budget alimentaire des Argentins. Pour contrer une flambée des prix allant jusqu'à 40 % pour certains morceaux, un accord avait été passé avec la filière pour produire une diminution de 15 % à la consommation. Cette mesure semblant inefficace, le gouvernement a imposé début avril un embargo de 180 jours sur les exportations. Les éleveurs et les abatteurs manifestent leur mécontentement. Les premiers dénoncent le manque d'incitations à augmenter la production concurrencée par la culture de soja et les intermédiaires. Les abatteurs tournés vers l'export s'alarment d'avoir dû mettre au chômage près de 10 000 salariés dans un secteur qui en compte moins de 20 000. Chez Swift Armor, le plus gros exportateur du pays, acheté l'an dernier par le Brésilien Friboi, le sous-emploi concerne les deux tiers de l'effectif. Mais d'après les observateurs interrogés à Buenos-Aires, les prix à la consommation ne décrochent pas.

L'effet de cette politique n'a pas été immédiat pour les importateurs européens. Le mois de mars montre encore une croissance des exportations en valeur de 10,3 % par rapport au même mois de 2005. De source officielle, les opérateurs s'étaient empressés de conclure des marchés les jours précédant l'entrée en application de l'embargo. Cependant, les autorités ont vite bloqué le départ des containers, dont ceux du quota Hilton (découpes fraîches de haute qualité) et d'autres catégories devant normalement échapper à l'embargo. Cette semaine, d'après le site MHR, 350 containers restent bloqués, concernant 2 000 t de Hilton Beef et 2 000 t d'autres qualités destinées à l'UE. Toutefois, le gouvernement argentin a promis de les laisser partir sous peu. Côté surgelé, la France ne connaît pas de pénurie puisque le consommateur peut encore trouver chez Picard des pavés de rumsteck et autres noix d'entrecôtes surgelés d'Argentine.

L’Argentine au menu de la Coupe du Monde

Les exportations globales seront-elles vraiment bloquées jusqu'en septembre ? Les industriels font valoir que la viande argentine devra absolument figurer au menu des restaurants allemands lors de la coupe du monde de football du 9 juin au 9 juillet. Le gouvernement ne cède pas, mais promet un assouplissement si les prix intérieurs se dégonflent.

Les importateurs européens pourraient bénéficier des effets à long terme de la crise. Si les exportations de viande bovine argentine avaient progressé de 40 % l'an dernier à 1,5 milliard de dollars, les prix ont atteint les niveaux de la viande allemande. La crise argentine s'accompagne du lancement d'un plan de restructuration. Ainsi, la ministre de l'Économie entend consacrer 868 millions de pesos (283 M$) sur quatre ans à l'augmentation de la production et de la productivité.

Le Brésil peut-il profiter de la situation? Selon Claude Thiéblemont, p-dg d'Ovimpex, la viande argentine est de qualité supérieure et s'adresse à des circuits particuliers. De surcroît, le premier exportateur mondial fait face à une épidémie de fièvre aphteuse. En six semaines, le prix de la viande brésilienne a progressé de quelque 40 %.

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