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Perspective
Lait de chèvre : vers une tendance à la relocalisation de l’approvisionnement ?

Avec la Covid-19 qui a chahuté le marché espagnol et la bonne relance de la production française en 2020, les industriels ont privilégié la ressource nationale. Une tendance qui pourrait bien continuer cette année.

L’offre en provenance de l’étranger est tombée à 10 % de l’approvisionnement total en 2020.
L’offre en provenance de l’étranger est tombée à 10 % de l’approvisionnement total en 2020.
© Damien Hardy

Mis à jour le 14/09/21

Comme ce fut le cas dans plusieurs autres filières, la pandémie a favorisé la relocalisation de l’approvisionnement des matières premières. Bousculés par la crise sanitaire et face à des livraisons nationales très dynamiques, les industriels français ont fortement réduit leurs importations de lait de chèvre. L’offre en provenance de l’étranger est tombée à 10 % de l’approvisionnement total en 2020, contre 20 % en 2018, selon l’Institut de l’élevage (Idele).

 

Offre espagnole en berne…

« La dégringolade du prix du lait espagnol en raison de la fermeture des débouchés en restauration hors domicile a incité les éleveurs à réduire leur production. La cotation en Espagne est passée de 632 euros les 1 000 litres en mars 2020 à 574 euros en avril », relate Maria Campos-Herrada, économiste de la filière caprine à l’Idele.

…et disponibilité nationale bien fournie

« Après une année 2019 tendue sur le marché du lait de chèvre en France, les industriels français ont vite signalé une forte demande début 2020 », explique Maria Campos-Herrada. Dans le même temps, la bonne qualité des fourrages a permis la relance de la production française qui a progressé de 5 à 7 % au premier trimestre. Or, la pandémie a par la suite freiné la cadence de la transformation, poussant les industriels à appeler à la modération. À près de 502 millions de litres sur toute l’année 2020, la collecte de lait de chèvre a toutefois progressé de 4 %. Entre offre espagnole réduite et une production française relancée, les industriels ont privilégié la ressource nationale.

Des approvisionnements étrangers toujours en repli en 2021

Sur la lancée de 2020, les importations ont atteint un niveau historiquement bas en avril 2021 avec à peine 2 millions de litres. Au premier quadrimestre, les achats en provenance de l’étranger ont chuté de 24 % sur un an, mais « ils se sont rétablis en juin, en hausse de 9 % par rapport à 2020 », indique Maria Campos. Malgré ce rebond, les importations de 2021 devraient rester moins élevées qu’un an plus tôt.

Le maintien de l’appétit des industriels pour l’origine France sur le long terme n’est pas à exclure, mais l’évolution de la production nationale très climato-dépendante et le renouvellement des générations d’élevages caprins influenceront cette tendance. « Même si on constate une augmentation des installations, le nombre de livreurs tend à reculer, difficile de prévoir l’évolution à long terme », analyse l’économiste.

Tendance à la désaisonnalisation

Autre tendance de fond, la désaisonnalisation. Avec cette pratique, les éleveurs arrivent à fournir la matière toute l’année, et à des prix plus rémunérateurs. À noter que si le prix moyen du lait de chèvre est estimé à 617 euros les 1 000 litres en avril (période de pic de lactation), il s’est établi à 783 euros en novembre, soit 25 % de plus d’une saison à l’autre. Toutefois, « la désaisonnalisation impose des investissements importants dans les bâtiments et une charge de travail plus importante, pas toujours évident pour les petites exploitations ! » conclut-elle.

 

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