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Stratégie nationale
La filière pêche française mérite d’être encore mieux valorisée

Si certains indicateurs sont au vert pour la filière produits de la mer française, sa valorisation pourrait encore progresser, via une meilleure organisation, une logistique plus performante ou encore l’utilisation du label Pêche durable. Une réflexion est en cours dans le cadre du plan de filière.

© Colibri - stock.adobe.com

En 2017, les ventes de produits de la pêche en halles à marée ont reculé de 3 % en volume à 194 122 tonnes et de 2 % en valeur à 668 millions d’euros, malgré une hausse du prix moyen de 2 % à 3,44 euros du kilogramme, selon le bilan réalisé par FranceAgriMer. En parallèle, les déclarations des achats hors halles à marée sur VisioMer ont augmenté de 200 %, à 27 000 tonnes.

Du côté des échanges commerciaux français, le déficit commercial de la France sur l’ensemble des produits aquatiques a continué de se creuser, de 7,3 % sur un an, à 4,4 milliards d’euros. Les importations ont progressé de près de 300 millions d’euros pour dépasser pour la première fois les 6 milliards d’euros, alors que les exportations marquaient le pas à 1,6 milliard d’euros avec « une hausse timide de 1,5 % », note FranceAgriMer.

La valeur générée par bateau a augmenté

Ces indicateurs sont-ils forcément négatifs pour la filière pêche et aquaculture française ? « La différence des ventes en halles à marée par rapport à l’an dernier est assez faible, nous avons sur le long terme une consolidation de la valeur de la production malgré une baisse de la flottille de pêche », temporise Jérôme Lafon, délégué de la filière pêche et aquaculture à FranceAgriMer. En 2013, la valeur des ventes en halles à marée n’était ainsi que de 617 millions d’euros (soit 8 % de moins qu’en 2017). « Mécaniquement, la valeur générée par bateau a augmenté », insiste-t-il. Par ailleurs, on aurait touché le point bas quant à l’évolution de la flottille, dont la tendance ne va pas tarder à s’inverser.

Autre indicateur positif : le prix moyen des ventes en halles à marée a aussi tendance à croître régulièrement (+12,7 % en quatre ans), même si l’an dernier cette hausse s’est tassée (+1,2 % versus 3 % l’année précédente). « Ce petit ralentissement n’est pas inquiétant, sinon on risque de fragiliser les mareyeurs. Il faut un niveau suffisamment rémunérateur pour l’amont et qui permet à l’aval de faire des choses », explique le délégué de la filière.

Hausse de la valeur des achats des ménages

Du côté de la consommation, selon les dernières données Kantar Worldpanel, la tendance s’avère plutôt positive. Certes, en 2017, les ventes en volume de produits aquatiques frais ont reculé de 1,5 % par rapport à l’an passé, pendant que ceux des produits aquatiques surgelés reculaient de 4 %, mais en valeur les produits traiteurs ont crû de 3 % (+15 % en cinq ans). Et d’une manière générale, les achats de produits de la mer ont continué d’augmenter de 0,9 % pour atteindre 7,288 milliards d’euros. « La RHD se renforce sur notre secteur », ajoute Jérôme Lafon, qui annonce une étude lancée par le Gira sur la restauration, dont les résultats seront présentés en septembre prochain.

Le plan filière toujours en gestation

Pour autant, la filière française pourrait mieux faire. Le plan de filière, sur lequel les opérateurs planchent, devrait pointer des fragilités et proposer des actions communes. Le ministère a confié cette tâche à France Filière Pêche (FFP), au comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM), au comité national de la conchyliculture (CNC) et au comité interprofessionnel des produits de l’aquaculture (CIPA). Du fait de la complexité de la filière, le travail prend plus de temps que dans d’autres secteurs, et le plan pourrait seulement être présenté lors des assises de la pêche et des produits de la mer, les 14 et 15 juin prochains à Sète. Mais d’ores et déjà des pistes se dessinent.

Des réflexions portent sur l’amélioration de la qualité de l’offre, la logistique, une meilleure circulation de l’information entre les différents opérateurs de la filière, ou encore l’adaptation de l’offre à la demande du consommateur vers plus de praticité et d’innovation produits. « On débarque 250 espèces en criées, et encore plus en comptant l’outre-Mer. Nous avons un potentiel d’innovation colossal et on ne l’exploite pas vraiment », précise Jérôme Lafon.

Le manque d’organisation de la filière contribue à laisser une place de premier choix au trio de tête dans le panier des consommateurs : le cabillaud, le saumon et les crevettes, majoritairement importés, et transformés en partie par des industriels français.

Un label Pêche durable à exploiter

Autre piste de développement pour la filière : le label Pêche durable lancé il y a un an et qui pourrait rapidement concerner 5 à 10 % de l’offre française et contribuer à davantage la valoriser... si les professionnels s’en saisissent.

Reste un chantier de taille pour la filière : redonner de l’attractivité aux métiers, affirmer les valeurs et la fierté d’appartenir au secteur ou encore davantage dialoguer avec la société civile. « La relation avec les scientifiques est désormais très bonne, il faut intégrer d’autres acteurs autour de la table », estime Jérôme Lafon.

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