Guerre au Moyen-Orient : quelles conséquences pour la filière laitière ?
Les exportations de produits laitiers vers les pays du golfe persique sont assez limitées, mais les perturbations du commerce maritime pourraient tout de même pénaliser la filière. Néanmoins, l’impact le plus crucial de la guerre au Moyen-Orient, si elle perdure, pourrait être sur l’équilibre économique de la filière laitière, très sensible à la volatilité des prix du carburant, du gaz et des engrais.
Les exportations de produits laitiers vers les pays du golfe persique sont assez limitées, mais les perturbations du commerce maritime pourraient tout de même pénaliser la filière. Néanmoins, l’impact le plus crucial de la guerre au Moyen-Orient, si elle perdure, pourrait être sur l’équilibre économique de la filière laitière, très sensible à la volatilité des prix du carburant, du gaz et des engrais.
- 300 millions d’€ d’export de produits laitiers pour la France
- Danone et Bel sont implantés en Iran
- Des conséquences sur le commerce maritime mondial
- La filière laitière, exposée au choc pétrolier
- Les laiteries françaises dépendantes au pétrole
Le conflit au Moyen-Orient pourrait avoir des effets directs limités sur la filière laitière française, car les exportations y sont réduites, mais les soubresauts liés au pétrole pourraient la pénaliser bien fortement.
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300 millions d’€ d’exports de produits laitiers pour la France
La France exporte en moyenne en 300 millions d’euros de produits laitiers vers les pays du Golfe persique (Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Koweït, Irak, Iran, Bahreïn, Oman, Qatar) rapporte le Cniel. L’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis (E.A.U.) comptent pour les deux tiers de nos exportations vers cette zone. Les envois vers cette zone représentent 3 % des exportations totales françaises (7 % des envois vers les pays tiers).
Décomposition des exportations françaises de produits laitiers vers le Golfe persique
| Part en valeur des envois vers la région en 2025 | |
| Fromage | 25 % |
| Beurre | 19 % |
| Laits infantiles | 17 % |
| Crème | 14 % |
| Poudre de lait écrémé | 12 % |
La presse néo-zélandaise évoque des pertes de produits périssables suite au blocage du détroit d’Ormuz. A noter toutefois, l'Arabie saoudite est plus qu'autosuffisante en lait et produits laitiers (129 % en 2023, 150 % visés en 2030). Le Qatar est autosuffisant en lait, selon une note du ministère de l'agriculture.
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Danone et Bel sont implantés en Iran
Seules deux entreprises françaises de l’agroalimentaire sont implantées en Iran selon Business France, toutes deux dans la filière laitière. Bel y produit, par sa filière locale, de la Vache qui rit et commercialise du Kiri (sous le nom de Kibi). Danone y possède trois usines (eau, produits laitiers et alimentation infantile) et une laiterie (adossée à une ferme de 5 000 vaches laitières).
Des conséquences sur le commerce maritime mondial
Le détroit d’Ormuz permet l’acheminement des conteneurs jusqu’au port de Jebel Ali à Dubaï, le dixième port mondial de conteneurs, avant leur redistribution dans une dizaine de pays allant de l’Afrique de l’Est à l’Inde, précise le Cniel. La seule voie maritime pour le moment à disposition du trafic maritime entre l’Asie et l’Europe demeure le détour par le Cap de Bonne-Espérance dont les surcoûts (4000 USD/conteneur ; 30% de carburant en plus) et la durée supplémentaire (+7 à +15 jours pour relier l’Asie à l’Europe) vont considérablement complexifier le commerce.
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La filière laitière, exposée au choc pétrolier
Mais le Cniel insiste surtout sur les conséquences liées au renchérissement du pétrole, du GNR et des engrais. Pour les exploitations agricoles, l’énergie représentait 2 % des coûts de production en 2025, les carburants 3,5 % et les engrais, 2 % selon les données d’Inosys. Ces chiffres, pris isolément, ne sont pas significatifs, « mais l’accumulation combinée à la spéculation vont avoir pour effet de dégrader la trésorerie des fermes laitières et accroître les coûts de production » alerte le Cniel.
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Les laiteries françaises dépendantes au pétrole
Les maillons suivants de la filière sont aussi très sensibles à la volatilité de l’énergie. Le carburant constitue 20 % du coût total de la collecte laitière, rappelle le Cniel, le gaz pèse pour 35 % du coût de fabrication de la poudre de lait écrémé, tandis que l’énergie représente 10 % du coût de fabrication du beurre.
« Facteur de déséquilibre économique qui pourrait entraîner la filière vers des pertes importantes et durables de rentabilité »
Si la guerre au Moyen-Orient s’éternise et que le prix du baril reste durablement élevé, c’est un « facteur de déséquilibre économique qui pourrait entraîner la filière vers des pertes importantes et durables de rentabilité » s’inquiète le Cniel.