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Guerre au Moyen-Orient : quelles conséquences pour la filière laitière ?

Les exportations de produits laitiers vers les pays du golfe persique sont assez limitées, mais les perturbations du commerce maritime pourraient tout de même pénaliser la filière. Néanmoins, l’impact le plus crucial de la guerre au Moyen-Orient, si elle perdure, pourrait être sur l’équilibre économique de la filière laitière, très sensible à la volatilité des prix du carburant, du gaz et des engrais. 

camions garés en usine
Le carburant constitue 20 % du coût total de la collecte laitière, rappelle le Cniel.
© Virginie Pinson

Mis à jour le 23/03 avec données Iran

Le conflit au Moyen-Orient pourrait avoir des effets directs limités sur la filière laitière française, car les exportations y sont réduites, mais les soubresauts liés au pétrole pourraient la pénaliser bien fortement.  Au niveau européen néanmoins, les envois dans la zone pèsent plus de 3,8 milliards d'euros en 2025. 

L'Iran, poids lourd laitier

L’Iran serait le 4ème exportateur mondial de poudre maigre derrière l’UE, les États-Unis et la Nouvelle-Zélande mais devant l’Australie, selon l'Idele qui s'appuie sur la FAO. En 2025, l’Iran aurait exporté 44 500 t de beurre (+37% /2024) et 182 000 t de poudre de lait écrémé (+37%), pour plus de 310 millions d'euros dans l'ensemble. En 2025, le premier client pour la poudre maigre iranienne était le Pakistan (34% en valeur), devant l’Irak (27%) et la Syrie (7%). Pour le beurre, les premiers clients étaient la Russie (30%), l’Azerbaïdjan (29%) et l’Irak (10%).

Lire aussi : Guerre au Moyen-Orient : un quart des exportations de poulet du Brésil sont perturbées

 

300 millions d’€ d’exports de produits laitiers pour la France

 La France exporte en moyenne en 300 millions d’euros de produits laitiers vers les pays du Golfe persique (Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Koweït, Irak, Iran, Bahreïn, Oman, Qatar) rapporte le Cniel. L’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis (E.A.U.) comptent pour les deux tiers de nos exportations vers cette zone. Les envois vers cette zone représentent 3 % des exportations totales françaises (7 % des envois vers les pays tiers). 

Décomposition des exportations françaises de produits laitiers vers le Golfe persique 

 Part en valeur des envois vers la région en 2025
Fromage25 %
Beurre19 %
Laits infantiles17 %
Crème14 %
Poudre de lait écrémé12 %

 

La presse néo-zélandaise évoque des pertes de produits périssables suite au blocage du détroit d’Ormuz. A noter toutefois, l'Arabie saoudite est plus qu'autosuffisante en lait et produits laitiers (129 % en 2023, 150 % visés en 2030). Le Qatar est autosuffisant en lait, selon une note du ministère de l'agriculture.

Lire aussi : Guerre au Moyen-Orient : plus 70 000 vaches, moutons et chèvres bloqués en mer Rouge et dans le golfe persique

 

Danone et Bel sont implantés en Iran

Seules deux entreprises françaises de l’agroalimentaire sont implantées en Iran selon Business France, toutes deux dans la filière laitière. Bel y produit, par sa filière locale, de la Vache qui rit et commercialise du Kiri (sous le nom de Kibi). Danone y possède trois usines (eau, produits laitiers et alimentation infantile) et une laiterie (adossée à une ferme de 5 000 vaches laitières). 

 

Des conséquences sur le commerce maritime mondial

Le détroit d’Ormuz permet l’acheminement des conteneurs jusqu’au port de Jebel Ali à Dubaï, le dixième port mondial de conteneurs, avant leur redistribution dans une dizaine de pays allant de l’Afrique de l’Est à l’Inde, précise le Cniel. La seule voie maritime pour le moment à disposition du trafic maritime entre l’Asie et l’Europe demeure le détour par le Cap de Bonne-Espérance dont les surcoûts (4000 USD/conteneur ; 30% de carburant en plus) et la durée supplémentaire (+7 à +15 jours pour relier l’Asie à l’Europe) vont considérablement complexifier le commerce.

Lire aussi : Viande bovine : le protectionnisme de la Chine et la guerre en Iran perturbent le marché mondial

 

La filière laitière, exposée au choc pétrolier

Mais le Cniel insiste surtout sur les conséquences liées au renchérissement du pétrole, du GNR et des engrais. Pour les exploitations agricoles, l’énergie représentait 2 % des coûts de production en 2025, les carburants 3,5 % et les engrais, 2 % selon les données d’Inosys. Ces chiffres, pris isolément, ne sont pas significatifs, « mais l’accumulation combinée à la spéculation vont avoir pour effet de dégrader la trésorerie des fermes laitières et accroître les coûts de production » alerte le Cniel.  

Lire aussi : Guerre au Moyen-Orient : l’écart se creuse encore entre prix des engrais et prix des céréales

 

Les laiteries françaises dépendantes au pétrole

Les maillons suivants de la filière sont aussi très sensibles à la volatilité de l’énergie. Le carburant constitue 20 % du coût total de la collecte laitière, rappelle le Cniel, le gaz pèse pour 35 % du coût de fabrication de la poudre de lait écrémé, tandis que l’énergie représente 10 % du coût de fabrication du beurre

« Facteur de déséquilibre économique qui pourrait entraîner la filière vers des pertes importantes et durables de rentabilité » 

Si la guerre au Moyen-Orient s’éternise et que le prix du baril reste durablement élevé, c’est un « facteur de déséquilibre économique qui pourrait entraîner la filière vers des pertes importantes et durables de rentabilité » s’inquiète le Cniel. 

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