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Utopie
Faire de l’alimentation un bien commun

Et si l’application du droit à l’alimentation passait par une forme de gratuité organisée dans une Sécurité sociale de l’alimentation ? C’est l’une des utopies alimentaires discutées à Nantes lors d’une conférence organisée par Ligeriaa.

De gauche à droite : Gaëlle Brayer (Lime), Dominique Launay( Ligeriaa), Mathieu Dalmais (ISF) et Gervaise Debucquet (Audencia) © T.G.
De gauche à droite : Gaëlle Brayer (Lime), Dominique Launay( Ligeriaa), Mathieu Dalmais (ISF) et Gervaise Debucquet (Audencia)
© T.G.

La crise consécutive à la Covid-19 a fait exploser en France la précarité et l’aide alimentaire. À côté de cette urgence, des voix s’élèvent depuis plusieurs années pour proposer d’autres formes de solidarité, et, de façon plus globale, remettre en cause le système de production de distribution des denrées alimentaires. Plusieurs pistes ont été présentées à Nantes le 1er octobre lors d’une conférence organisée par Ligeriaa, l’association des entreprises alimentaires ligériennes, sur le thème Utopies alimentaires, l’alimentation comme bien commun.

Mathieu Dalmais, membre du groupe agricultures et souveraineté alimentaire d’Ingénieurs sans frontières (ISF Agrista), y a notamment dénoncé le fait que le système de l’aide alimentaire entretenait un système de distribution parallèle et n’offrait pas l’accès à une alimentation choisie. Ceci d’autant plus que les bénéficiaires de ces dons doivent se les approprier et n’ont pas toujours le capital culinaire pour le faire, a de son côté noté Gervaise Debucquet. Cette enseignante-chercheuse à l’école Audencia a présenté le concept de démocratie alimentaire comme « l’idée que chacun puisse se réapproprier son alimentation, gagner en compétences et renouer avec ceux qui nous nourrissent ». Elle a illustré la « fabrique permanente de l’innovation sociale » à l’œuvre dans l’alimentaire : Amap, vente directe, épiceries de village gérées par des bénévoles, supermarchés coopératifs, fermes urbaines collaboratives, expérimentations de cantines gratuites…

Création d’une Sécurité sociale alimentaire

La question, a poursuivi Gervaise Debucquet, est de savoir « comment faire émerger quelque chose de plus puissant en capitalisant sur ces expériences, comment avoir une approche plus systémique » ? La solution d’une Sécurité sociale alimentaire (SSA), répondant à la problématique du respect du droit à l’alimentation, est défendue par ISF Agrista. En s’inspirant des fondamentaux de la Sécurité sociale de 1945, elle viserait à « assurer l’accès de tous à une alimentation choisie et élaborer démocratiquement les critères de qualité voulus », a expliqué Mathieu Dalmais.

Assurer l’accès de tous à une alimentation choisie

Le système reposerait sur des cotisations progressives, la distribution d’un budget alimentaire de 150 euros par mois et par personne, et serait fondé sur une gouvernance locale pour le conventionnement des produits. Alors que l’ISF Agrista envisage l’échelon du canton ou du département, Dominique Launay, délégué général de Ligeriaa, a lancé l’idée de s’appuyer sur les projets alimentaires territoriaux (PAT) pour organiser cette démocratie. Pour Ingénieurs sans frontières, une SSA aurait comme conséquences de restreindre les arbitrages défavorables à l’alimentaire, devenu une variable d’ajustement dans le budget des ménages, et d’offrir un marché rémunérateur aux paysans.

Quelles suites pour ce que l’association appelle une « utopie concrète » ? Le projet sera prochainement présenté à des députés, « les parlementaires du groupe Écologie Démocratie Solidarité ayant déjà fait part de leur intérêt », a indiqué Mathieu Dalmais.

Une Fabrique à Stratégies pour prendre de la hauteur

Ligeriaa et le cabinet Lime ont lancé fin 2017 La Fabrique à stratégies pour amener les dirigeants ligériens de l’agroalimentaire à prendre de la hauteur. Le dispositif vise à mener une réflexion prospective sur les enjeux du secteur et à susciter l’émergence de projets de développement collectifs. Il réunit trois fois par an des entreprises de toutes tailles et filières pour deux journées ateliers et une conférence. Des thèmes comme l’aliment de l’espace, la bioéconomie, l’alimentation nomade ou le réenchantement de la filière y ont été soulevés. Le prochain atelier, prévu le 6 novembre, se demandera si les entreprises alimentaires peuvent demain devenir des entreprises de services.

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