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L’avis de Dominique Amirault, président de la Feef
« Ce n’est pas parce que l’on fait un testament que l’on va mourir »

Dominique Amirault, président de la Feef.
© denis chaltiel - legentilphotographe.com

Les Marchés Hebdo : Vous avez dit en conclusion du colloque Agrofinance : « Souvent en France, il est plus intéressant de céder que de transmettre son entreprise, et c’est dramatique ». Est-ce l’avis de nombre de vos adhérents ?

Dominique Amirault : Oui, parce que fiscalement quand on compare avec les pays voisins, c’est souvent compliqué de transmettre en France et donc plus facile de céder. Même avec le pacte Dutreil. C’est pour cela que c’est difficile de devenir une ETI, d’autant plus que des grands groupes sont intéressés pour reprendre des PME. L’entrepreneur en France n’est pas perçu comme un créateur de richesse. Il est taxé car mal considéré.

LMH : Ce qui fait la richesse et la particularité du tissu agroalimentaire française, ce sont ces nombreuses entreprises familiales, un paysage en forte mutation, selon vous ?

D. A. : Le but d’un entrepreneur, c’est de pérenniser son entreprise. Il y a plusieurs voies d’évolution possibles. Tout d’abord : trouver une voie personnelle ou patrimoniale (avec la famille ou des proches). Deuxième piste : s’associer à des actionnaires extérieurs (souvent des financiers qui arrivent avec des experts en costume trois-pièces, le courant ne passe pas toujours très bien). Troisième solution : céder. Oui, c’est fragilisant pour l’avenir. Un patron de PME, doit s’adapter, être agile, créatif. Et puis, il n’y a pas un entrepreneur de PME qui se ressemble : c’est le creuset de la création de valeur.

LMH : Vous disiez : « réussir sa transmission, c’est réussir sa mort ». C’est dur quand même ! Il n’y a rien de positif dans la transmission ?

D. A. : Ce que j’ai voulu dire, c’est que l’ambition d’un entrepreneur ce n’est pas de céder : c’est d’avoir « un enfant », le voir se développer, assurer sa maturité. « Abandonner son enfant » n’est pas naturel, c’est un peu comme préparer sa mort. Mais ce n’est pas parce que l’on fait un testament que l’on va mourir.

LMH : Que faut-il faire pour que ça se passe bien ?

D. A. : En parler suffisamment en avance. En France, les problèmes d’argent, de patrimoine sont tabous. La meilleure manière, ce n’est pas d’en parler avec « des techniciens » mais entre entrepreneurs. À la Feef, nous avons créé un club d’entrepreneurs PME pour développer l’échange d’expériences. Dans certains cas, on peut se faire coacher, mais l’idéal c’est de le faire de façon collaborative. Pourquoi ne pas créer un crédit d’impôt dont bénéficieraient ces entrepreneurs qui lancent une réflexion avec un coach ?

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