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Alimentation durable : la viande retrouve voix au chapitre

Le colloque organisé le 14 mai dernier par le Centre d'information des viandes à l'Institut Pasteur a remis en perspective nombre des jugements portés sur l'efficacité nutritionnelle et environnementale de l'élevage et de la viande. Compte rendu.

Les efforts menés par le secteur de l'élevage et de la viande pour réintroduire un peu de rationalité dans les débats relatifs à la durabilité de leur activité commencent à payer. Le colloque organisé par le Centre d'information des viandes (Civ), le 14 mai dernier à l'Institut Pasteur à Paris, a en effet permis d'assister à des communications remettant en cause bon nombre d'idées reçues sur les impacts négatifs de l'élevage et de la viande, et ce, y compris de la part de personnalités scientifiques faisant autorité dans leur domaine. Les interventions et les débats, ensuite, ont été suivis par une assistance très fournie, débordant largement des cénacles professionnels. « Des enseignants, des chercheurs, des responsables développement durable de l'agroalimentaire, des diététiciens, des responsables d'associations environnementales, des journalistes, etc. », s'est réjoui Pierre-Michel Rosner, le directeur du Civ, au moment de conclure les échanges.

Antibiorésistance : sur 100 bactéries résistantes, 99 sont d'origine humaine

Le programme a balayé l'essentiel des enjeux liés à la place de la viande dans l'alimentation durable, thème principal du colloque. Dans un premier temps, les intervenants se sont interrogés sur le caractère « sain » de la viande au regard de l'alimentation durable, évoquant successivement quelques-uns des biais par lesquels cette catégorie de produits est régulièrement battue en brèche : la sécurité sanitaire, les apports nutritionnels (avec, sous-jacentes, les questions des profils et de l'étiquetage nutritionnels), ou encore l'impact environnemental et les problèmes de définition qu'il soulève.

Impact carbone

Lors d'une première table ronde, les intervenants ont ainsi pu éclaircir la complexité des relations entre environnement et nutrition, moins binaires que ce qui est couramment admis ; notamment qu'une alimentation en accord avec les recommandations nutritionnelles n'a pas nécessairement un faible impact carbone. « Il faut une réflexion plus fine que celle qui consiste à pointer du doigt un aliment », a estimé Jean-Michel Lecerf, chef du service Nutrition de l'Institut Pasteur de Lille. « Les grands déséquilibres sont à éviter, mais il n'y a pas d'aliment à bannir ». La question de l'antibiorésistance, dont l'élevage serait l'un des principaux responsables à en croire certains documentaires à sensation, a également été remise à sa juste place. « L'origine des antibiorésistances est beaucoup plus imputable à la surconsommation antibiotique, notamment en milieu hospitalier, qu'à l'alimentation animale », a rappelé Jean-Michel Lecerf. « Sur 100 bactéries résistantes, 99 sont d'origine humaine et une vient peut-être du règne animal », a abondé Vincent Carlier, professeur et membre de l'Académie vétérinaire de France.

À l'instar des

À l'instar des Fermes de Figeac, les professionnels de la filière viande s'impliquent aussi dans la problématique du développement durable, contrairement aux idées reçues. Le Civ a récemment réuni des experts pour nuancer le discours véhiculé par certaines ONG. L'interprofession bétail et viande a, pour sa part, décidé d'engager le dialogue avec elles et mettre en place un travail constructif.

Services rendus

Les débats se sont poursuivis sur l'efficacité nutritionnelle et envi-ronnementale de la viande. JeanLouis Peyraud, directeur de recherche à l'Inra, a reconnu que l'étiquetage environnemental serait « toujours défavorable à la viande par rapport aux céréales », auxquelles elle est souvent comparée. « Mais peut-être faudrait-il introduire aussi le critère social, car la filière induit beaucoup d'emploi, et évaluer les nombreux services rendus par l'élevage ». Selon lui, des marges peuvent être dégagées pour optimiser l'utilisation des ressources, tant à l'échelle de l'animal et du troupeau que de l'exploitation voire des territoires avec une plus grande complémentarité entre culture et élevage. « L'industrie de la viande induit zéro gaspillage », a poursuivi Christophe Lapasin, de Célene, détaillant tous les débouchés exploités par les entreprises de transformation. « Elle s'inscrit parfaitement dans une économie circulaire. » Le débat sur le gaspillage n'a pas manqué de soulever les incohérences des politiques publiques ou des pratiques des entreprises en matière d'utilisation des coproduits.

« Pas de sujets tabous avec les associations de défense de l'environnement » L'AVIS DU CORESPONSABLE DU GROUPE ENVIRONNEMENT D'INTERBEV

Les Marchés Hebdo : Interbev mène depuis 2013 un travail de concertation avec les associations environnementalistes. Pour quelles raisons ?

Bruno Dufayet : Nous nous sommes rendu compte que, dans les attaques dont l'élevage et la viande faisaient l'objet, l'on confondait trop souvent le modèle américain et les réalités de l'élevage de ruminants français. Il nous a semblé prioritaire pour cela de sortir de l'absence de dialogue avec les associations environnementalistes. L'interprofession a décidé d'aller à leur rencontre et leur a proposé de mettre tous les sujets sur la table et d'examiner les démarches de progrès possible. Depuis s'est constitué un groupe de concertation qui rassemble, outre deux représentants de l'élevage et deux de la viande d'Interbev, des représentants des principales associations concernées par l'environnement : France Nature Environnement, Fondation Nicolas Hulot, WWF, Orée et Green Cross.

LMH : Quels sont vos objectifs et comment s'organise cette concertation ?

B. D. : Notre intention était d'abord de partager le constat selon lequel les élevages herbivores sont aujourd'hui menacés en France alors qu'ils apportent un certain nombre de services à la société, dans l'aménagement du territoire et en matière d'emploi. Nous avons pour cela organisé quatre réunions en 2013 dont deux sur des exploitations, l'une à dominante « naisseur » en Massif central, l'autre spécialisée dans l'engraissement en Alsace. Nous avons complété ces rencontres par des interventions scientifiques sur l'intérêt nutritionnel de la viande bovine. La concertation entend associer tout le monde dans une démarche de progrès, à trois niveaux : développer l'autonomie fourragère des exploitations et réfléchir aux alternatives au soja ; développer des méthodes d'évaluation de l'impact environnemental en sortant du seul critère carbone ; et entamer une réflexion sur l'élevage et le changement climatique, en vue de la conférence Paris-Climat 2015.

LMH : Les rapports ont-ils changé depuis ?

B. D. : Oui, car c'est une relation de long terme et que nous n'avons pas de sujets tabous. Je pense qu'il y a désormais chez les associations une plus grande sensibilité à la contribution de l'élevage de ruminants français. Le groupe continue d'ailleurs à vivre et à travailler ensemble. Nous souhaitons faire partager ce travail par le ministère de l'Environnement, que nous avons rencontré ensemble en mars dernier. La priorité de 2014, c'est le travail sur les méthodes d'évaluation des impacts environnementaux que nous allons tester en réel sur nos exploitations.

Des marges peuvent être dégagées pour optimiser l'utilisation des ressources

« Les graisses animales seraient très utiles comme lactoremplaceurs dans l'alimentation des veaux. Mais on préfère importer de l'huile de palme », a déploré le responsable de la cellule énergie et environnement de la filière viande.

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