« Nous avons acheté du foin bio pour pallier 30 % de rendement d’herbe en moins », en Loire-Atlantique

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Mareva et Mathieu Hervouet : « Heureusement qu’avec notre système les besoins de fourrage, sont peu élevés en quantité et qualité en hiver. » Crédits : © C. Pruilh
Début septembre, suite aux 35 millimètres de pluie de fin août, dans un des paddocks parking, les prairies multiespèces commençaient à reverdir, avec une reprise de la fétuque élevée, des trèfles et parfois du lotier. Crédits : © C. Pruilh
Les vaches croisées (Holstein, rouge norvégienne, jersiaise) s'avèrent adaptées à la chaleur grâce à leur petit gabarit, et ont moins de besoins, à fortiori en monotraite, comparées à des prim'Hostein hautes productrices. Crédits : © C. Pruilh

Au Gaec des Hirondelles en Loire-Atlantique, les 52 vaches laitières ont consommé les récoltes d’herbe de printemps durant tout l’été. Sur cette ferme bio, des achats de foin couvrent les besoins jusqu’à mars. En octobre, les éleveurs ont pu sursemer des céréales dans quelques prairies abimées. 

Sur les sols séchants et argileux de leur exploitation située dans le sud de la Loire-Atlantique, l'année 2026 a mis à dure épreuve le système bio 100 % herbe et très pâturant de Mareva et Mathieu Hervouet, associés du Gaec de la ferme des Hirondelles.

« Cette année est vraiment terrible. Après un début de printemps froid et humide, la pousse de l’herbe ne s’est vraiment accélérée que début mai. Et après la fauche de mai, le temps chaud et sec s’est vite installé. Nous n’avons reçu que 66 millimètres de pluie entre fin mai et fin septembre », se remémorent les deux éleveurs.

Baisse de rendement de l’herbe de 30 %

Résultat, seules 180 balles d’enrubannage et 150 bottes de foin ont été engrangées. Soit une baisse de rendement de 30 % par rapport à la moyenne des années précédentes. « Notre objectif est de réaliser entre 200 et 220 balles d’enrubannage au printemps sur les parcelles pâturées par les vaches et en général, nous récoltons 250 bottes de foin sur une vingtaine d’hectares de prairies plus éloignées », précise Mathieu Hervouet.

Le problème est que les éleveurs avaient fini l’hiver avec 60 bottes d’enrubannage seulement et plus aucun stock de foin.

Une saison de pâturage ultra courte

À cela s’ajoute une saison de pâturage très raccourcie par rapport aux autres années. Les éleveurs ont commencé à affourager les animaux à partir de la première vague de canicule fin mai pour allonger le tour de pâturage, alors qu’habituellement ils démarrent la distribution vers la mi-juillet. « Et depuis le 4 juillet, les vaches ne vont que sur des parcelles parking et en bâtiment avec des fourrages distribués, moitié enrubannage, moitié foin, qui représentent pour ainsi dire 100 % de leur ration quotidienne », détaillait Mareva Hervouet fin septembre.

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En cette fin septembre, Mareva et Mathieu Hervouet estiment que les pluies n’ont pas été suffisantes pour reprendre un pâturage quantitatif. « Nous continuons d’alimenter au bâtiment en enrubannage et foin et les vaches pâturent la nuit sur quelque ares, environ 2 à 3 kilos. »

<em class="placeholder">prairie souffrant des canicules et de la sécheresse 2026, se reverdissant avec les pluies de septembre</em>
Les éleveurs laisseront les prairies se reconstituer, même celles de moins de deux ans qui ont le plus souffert des fortes chaleurs et de la sécheresse. « La capacité de reprise des prairies peut être bluffante : nous attendons voir. » © C. Pruilh

Les bœufs et les génisses ont été affouragés, essentiellement en foin, dans des paddocks équipés de râteliers, déplacés tous les quatre à cinq jours pour répartir les zones piétinées et les déjections. « Nous n’avons pas fait de bale grazing car nous ne pouvions pas nous permettre de perdre 10 % de fourrage. »

Des achats de foin en bio

Le bilan en ce début d’automne est que les récoltes de printemps ont été mangées durant l’été. Mais le point rassurant est que durant l’hiver les besoins sont moindres.

« Notre système repose sur des vêlages groupés sur février et mars, la monotraite à partir du 1er mai et la fermeture de la salle de traite deux mois en hiver. » Les éleveurs n’avaient donc pas de gros besoins à combler cet hiver, tant en quantité qu’en valeur alimentaire. Ils ont donc misé uniquement sur les achats de foin. « Mieux vaut acheter du fourrage que tenter de semer des dérobées qui nécessitent d’engager des frais et du temps de travail, pour un résultat aléatoire. »

<em class="placeholder">stockage de foin et paille </em>
Mareva et Mathieu Hervouet ont dû acheter 60 tonnes de foin bio : du foin sur pied (un premier achat à 50 €/t, un deuxième achat de 20 t à 90€ /t) et du foin en botte à 120 euros la tonnes départ ferme. © C. Pruilh

Mi-août et début septembre, les éleveurs ont acheté 60 tonnes de foin bio : du foin sur pied (un premier achat à 50 €/t, un deuxième achat de 20 t à 90 €/t) et du foin en bottes qui venait de Loire-Atlantique. Ce dernier était à 120 euros la tonne départ ferme. « Nous sommes soulagés d’avoir trouvé du foin bio à ce prix. » Cette quantité leur permettra, s’il n’y a pas de pâturage possible cet automne, de tenir jusqu’à la mi-février, date à laquelle le pâturage tournant redémarre habituellement.

Sursemer avec une céréale

Les éleveurs testeront, dès que les pluies seront suffisantes, un sursemis de céréales dans certaines parcelles parking et paddocks abîmés. « L'objectif est de faire vite de la biomasse pour faire du stock rapidement au printemps. » 

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Contactés début novembre, ils expliquent qu'ils ont pu sursemer, le 2 octobre, « sur 2,5 ha avec 60 kg/ha d'avoine et une demi dose de mélange prairiale habituel (4 kg RGA, 6 kg fétuque élevée, 2 kg TB et 2 kg trèfle hybride). Puis le 27 octobre sur 1,7 ha. C'était une parcelle parking très déplantées. Nous avons semé 90 kg d'avoine + le mélange prairiale à demi dose. »

Ils ajoutent que cet essai ne représente pas un gros investissement. « Nous avons semé avec le matériel de la Cuma (30 euros/ha le semoir, + la semence). »

Huit vaches de moins qu’habituellement

Mareva et Mathieu Hervouet n’ont pas eu besoin de réformer des vaches pour réduire le besoin de fourrage. « Avec 52 vaches traites, le nombre de vaches est déjà en deçà des 60 laitières que nous élevons d’habitude. En 2025, à cause de la FCO qui a causé des avortements dans le troupeau, nous avons dû réformer 13 vaches pour éviter qu’elles ne se décalent trop », expliquent-ils.

Pour l’heure, les éleveurs ne veulent pas décapitaliser davantage, pour être prêts à repartir en production dès que la pousse de l’herbe reprendra franchement. « Et puis s’il y a trop d’offres d’animaux, le marché de la viande sera déséquilibré et les prix plongeront », raisonnent-ils.

Davantage de capacités de stockage

Mais cette année extrême, qui fait suite à plusieurs autres étés compliqués, interrogent Mareva et Mathieu Hervouet. Pour s’adapter, ils révisent leurs besoins de stocks à la hausse. « En plus des stocks hivernaux, il faut que le stock de sécurité passe de trois mois à six mois. » Cela ne passera pas par une augmentation de leurs surfaces. Ils ne souhaitent pas non plus baisser le chargement afin de conserver un retour d’effluent suffisant sur les sols et maintenir le chiffre d’affaires du Gaec. « Nous achèterons des fourrages régulièrement chaque année, au lieu d'en acheter en urgence. »

<em class="placeholder">vaches laitières croisées bio sur une prairie desséchée</em>
Les vaches croisées (Holstein, rouge norvégienne, jersiaise) s'avèrent adaptées à la chaleur grâce à leur petit gabarit, et ont moins de besoins, à fortiori en monotraite, comparées à des prim'Hostein hautes productrices. © C. Pruilh

Pour s’y préparer, comme le Gaec manque de zones de stockage bien aménagées pour conserver les stocks dans de bonnes conditions, « nous avons réaménagé la nurserie cet été pour pouvoir y stocker du fourrage et du matériel quand les veaux ne sont pas là. Cet hiver, nous réaménagerons une grange qui servait à ranger du petit matériel et l’atelier, pour pouvoir accueillir des balles de foin ou de paille. »

Miser sur les arbres et les haies

Enfin, pour s’adapter aussi bien aux étés secs qu’aux automnes et hivers très pluvieux et aux vents plus forts, « nous misons sur le développement du bocage. Quand nous sommes arrivés, il n’y avait quasiment pas de haies. Chaque année, nous replantons des haies. Les arbres limitent l’érosion, coupent le vent séchant, offrent l’abri aux animaux… »

Fiche élevage du Gaec des Hirondelles en 2026

60 ha52 vaches2 ou 3 taureaux
de prairies dont 45 ha accessiblestraites et 6 vaches nourricesélevées par an, 24 mois d’âge au 1er vêlage 
10 génissesSoit 77 UGB, soit 1,28 UGB/ha231 000 l de lait produits 
550 €/1 000 l de prix payé en 2025 (Biolait)58 % d’EBE/CA 

Trésorerie à sec

« La force de notre système est d’être très économe. Nous n’engageons pas de frais d’épandage et de culture au printemps. Donc nous avons eu de la trésorerie pour acheter des fourrages, exposent Mareva et Mathieu Hervouet. Mais comme la recette laitière est moins bonne depuis 2025 à cause de la FCO et depuis fin mai avec les fortes chaleurs, il a quand même fallu puiser dans notre épargne de précaution pour compléter les achats de fourrage. »

Laisser se reconstituer les prairies

Mareva et Mathieu Hervouet ont décidé de laisser les prairies tranquilles, même les plus jeunes de moins de deux ans, qui ont le plus souffert des fortes chaleurs et de la sécheresse. « La capacité de reprise des prairies peut être bluffante : nous attendons voir. »

La fragilité des jeunes prairies les incite à éviter « de les casser, même si elles ne sont pas belles. Par exemple, une prairie semée en 2020 et ayant subi par la suite un été très sec, nous a fait peur, et finalement aujourd’hui elle s’en sort ».

Les prairies multiespèces du Gaec sont composées, par ordre d’importance, de : fétuque élevée, ray-grass anglais, trèfle blanc et hybride, du lotier. Le RGA ne supporte pas la sécheresse « mais nous en semons pour sa rapidité d’installation ; puis il finit par disparaître au fil des ans ». Les espèces qui ont le mieux résisté sont la fétuque élevée et le lotier dans certaines parcelles. « Et puis certaines adventices. Elles seront gérées avec les cycles de pâturage, qui reprendront dès qu’il y aura un retour des pluies. »

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