Mickaël Vial dans le Rhône réduit de 15 % son nombre de vaches pour économiser des stocks fourragers. En parallèle, il mise sur une complémentation plus poussée pour augmenter la productivité animale.
Mickaël Vial le sait, il n’est pas l’éleveur le plus à plaindre car la moitié de sa surface en maïs bénéficie de l’irrigation. « C’est la troisième campagne où nous y avons recours et j’en perçois vraiment le bénéfice cette année », apprécie-t-il. Pour autant, l’exploitation située à 630 m d’altitude dans les monts du Lyonnais, sur une majorité de sols sableux très séchants déplore 20 % de rendement moyen en moins en maïs ensilage et des teneurs en moins élevées.
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« Dès juin, un premier bilan nous a fait pressentir que cela allait coincer en termes de stocks, avance l’éleveur qui n’a pas fait le choix d’acheter du fourrage. Comme je suis en avance sur ma référence laitière de 9 % par rapport au volume lissé sur douze mois, j’ai préféré adopter une autre stratégie. Je vais réduire la voilure temporairement cet hiver en diminuant l’effectif de vaches de 15 % et piloter en fonction des stocks disponibles. »
Une baisse de rendement de 20 % en maïs ensilage
Le maïs ensilage reste un pilier de ce système intensif à la surface et à l’animal. Le cubage du silo de maïs 2026 fait état de 660 tonnes brutes. « Cela équivaut à la consommation de 55 laitières pendant un an à hauteur de 33 kg bruts par vache par jour, soit 10 vaches de moins qu’en temps normal », calcule Alexandre Batia de Rhône conseil élevage. Sachant que l’élevage disposait d’un report de stock jusqu’à mi-octobre.
Les onze hectares de maïs irrigués représentent la moitié de la surface en maïs, mais totalisent plus des deux tiers du silo. « La récolte est intervenue au bon stade fin août. Le rendement a atteint 15 tMS/ha. Visuellement ils étaient verts et relativement bien fécondés même s’il manquait quelques grains. » Sur le reste des surfaces non irriguées, une partie était complètement sèche, avec des feuilles brûlées et peu de grains (5 tMS/ha), et une autre en sols argileux a, quant à elle, affiché un rendement de 9 tMS/ha avec du grain.
En enrubannage, l’autre fourrage intégré la ration des laitières, l’éleveur a récolté 20 hectares de ray-grass italien et 7 hectares de prairies permanentes. « Ces récoltes de printemps affichent des rendements corrects mais les plantes ont été stressées, commente le conseiller. Le RGI récolté de bonne heure présente un bon niveau d’énergie mais une faible teneur en azote en raison d’un manque de minéralisation. »
Passer temporairement de 65 à 55 vaches
Côté troupeau, la durée du tarissement a été allongée, passant de quarante-cinq à soixante jours. Fin septembre, Mickaël Vial avait déjà vendu trois laitières de son troupeau, des vaches qui auraient été réformées quoi qu’il arrive. Sept autres devraient suivre d’ici fin novembre, au bout d’une à deux semaines après leur vêlage avant qu’elles ne maigrissent. « Je pense descendre temporairement de 65 à 55 vaches », indique-t-il. Ce faisant, l’éleveur espère faire d’une pierre deux coups et être en mesure de toucher l’intégralité de l’ICHN en retombant sous un chargement de 1,4 UGB/ha SFP.
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En parallèle, Mickaël Vial a retravaillé la ration des laitières et mise sur un suivi plus pointu et une ration plus technique pour gagner encore en productivité animale. « Je vise 11 000 kg de lait par vache. » L’ajout de maïs épi palliera en partie le manque d’amidon de l’ensilage. Equilibrée à 34 kg de lait, la ration des laitières se compose de 10 kg MS d’ensilage de maïs, 6,5 kg MS d’enrubannage, 1,1 kg MS de maïs épi, 1 kg MS de maïs grain, 1 kg MS d’orge, 900 g de graines de lin extrudées, 3,5 kg de tourteau de soja, 1,3 kg correcteur à 55 % de MAT, 80 g d’urée.
Améliorer la digestibilité des fibres
L’éleveur intègre aussi désormais quotidiennement au bol mélangeur 150 g/VL (8 cts/VL/j) un complément à base de bicarbonate de sodium pour tamponner le pH ruminal, ainsi que 120 g/VL d’un complément à base d’enzymes naturelles (22 cts/VL/j) visant à améliorer la capacité du rumen à valoriser la fibre des fourrages. « Nous avons testé ce produit sur plusieurs exploitations et les premiers résultats semblent prometteurs, même s’ils restent à objectiver », considère Alexandre Batia en précisant que l’amélioration de la digestibilité s’est traduite par moins de résidus retrouvés dans les bouses et un gain de production. « Ce levier devient d’autant plus important qu’avec les aléas climatiques, les fourrages subissent de plus en plus de stress et deviennent de moins en moins “rumino-compatibles”, poursuit-il. Cette année, les plantes ont subi un coup de froid en mars, un coup de chaud en mai, et ont pâti d’un manque de minéralisation… »
Par ailleurs, soucieux d’anticiper un redémarrage rapide en lait dès le printemps prochain, Mickaël a mis ses génisses à la repro deux mois plus tôt cette année. « J’ai vérifié au ruban, elles étaient bonnes à inséminer, alors autant en profiter », conclut l’éleveur, qui veut garder le sourire.
Fiche élevage
1,5 UMO, 65 vaches à 10 000 kg, 54 ha de SAU dont 21 ha de maïs ensilage (la moitié en irrigué), 6 ha de céréales, 4 ha de luzerne et 22 ha de prairies permanentes1,5 UGB/ha SFP de chargement |
Côté éco
- Coût de la ration :
En septembre 2026 : 6,73 €/VL/j, soit 222 €/1 000 l. En août 2025 : 6,16/VL/j, soit 210 €/1 000 l.
- Marge sur coût alimentaire :
En septembre 2026 : 7 €/VL/j, soit 453 €/1 000 l. En août 2025 : 9,5 €/ 1 000 l, soit 533 €/ 1 000 l.
Avis d’expert : Alexandre Batia de Rhône Conseil élevage
« Sécuriser la quantité et la qualité des stocks »
« Avec la création du bassin de stockage d’eau, l’éleveur a retrouvé une certaine sérénité pour faire face aux aléas climatiques. Son système fourrager basé aux deux tiers sur le maïs ensilage est mieux sécurisé. Il n’a plus à se soucier d’acheter du maïs sur pied les mauvaises années, parfois très cher pour une qualité qui n’est pas toujours au rendez-vous. Sur l’exploitation, les maïs irrigués sont restés verts, ils étaient pourvus en grains et la digestibilité est bonne. Cette année, si on raisonne à la tonne de maïs ensilage produite, le coût de production du maïs irrigué se montre similaire à celui du non irrigué. Mais sans compter le temps de travail supplémentaire que cela exige. »