Mortellaro : comment bien choisir son pédiluve

- - 7 min
La longueur du pédiluve est déterminante pour avoir au moins deux immersions des pieds à chaque passage. Crédits : © HoofCount
Dimensions recommandées pour un pédiluve Crédits : © Source : Cook et al.

Face à la dermatite digitale, le pédiluve fait toujours référence. Reste à trouver le bon compromis entre efficacité, volumes de solution à gérer et temps d’astreinte. Comparatif des solutions du marché.

Devenue l’une des principales causes infectieuses de boiterie, la dermatite digitale (maladie de Mortellaro) touche aujourd’hui de nombreux élevages laitiers. Face à cette maladie contagieuse, le pédiluve reste l’outil de prévention de référence, en complément de l’hygiène des bâtiments et du parage. « Il est indispensable d’avoir un protocole de contrôle des pieds de tout le troupeau, notamment dans les élevages sans pâturage où les taries et les génisses sont souvent insuffisamment surveillées, indique Stévenn Clec’h, responsable ruminants chez Synthèse élevage. Un relevé de lésions va permettre de décider ou non d’un traitement collectif. En dessous de 15 %, une gestion individuelle par des soins peut suffire. Au-delà, une gestion collective s’impose, soit en pulvérisation, soit en pédiluve. »

Lire aussi : Six points à savoir sur les pédiluves

Le bac, simple mais contraignant

Les solutions les plus accessibles sont les bacs en plastique, voire en inox. Certains modèles, comme le bi-pédiluve de Synthèse élevage, limitent la souillure du bain grâce à deux bacs parallèles séparés par un espace central qui recueille les déjections. La Buvette propose aussi une version monobloc à bacs séparés en polyéthylène. Plus durable, l’autoconstruction d’un pédiluve en béton constitue une autre option.

 
<em class="placeholder">pédiluves</em>
Les pédiluves à deux cuves séparées d'un récupérateur de bouses, limitent la souillure du bain désinfectant. © La Buvette

Dans tous les cas, l’éleveur doit préparer la solution désinfectante, en contrôler la concentration et le niveau, puis vidanger et nettoyer le bac avant chaque nouveau bain. Même avec une vidange rapide, cette astreinte pèse vite dans les grands troupeaux.

Le tapis, pour réduire les volumes

 
<em class="placeholder">Le tapis imprégné apporte une certaine praticité et limite les volumes utilisés, sans toutefois offrir un traitement complet du haut du pied.  </em>
Le tapis imprégné apporte une certaine praticité et limite les volumes utilisés, sans toutefois offrir un traitement complet du haut du pied. © MS Schippers

Pour éviter de gérer un grand volume de liquide, le tapis imprégné offre une alternative : sa structure absorbante retient le produit et le restitue sous la pression des pieds. Elle limite les manipulations d’eau, mais demande un suivi attentif de l’imprégnation, de la propreté et du renouvellement de la solution. Par rapport au bac, le tapis permet d’appliquer de plus petites quantités de solution, plus fréquemment. Il s’adresse donc plutôt aux installations en traite robotisée, où la répétition des passages peut compenser l’absence d’immersion, sans toutefois atteindre suffisamment le haut du pied.

Lire aussi : Prévenir la dermatite digitée grâce au pédiluve sec

L’automatisation pour alléger l’astreinte

Pour conserver l’efficacité du pédiluve sans l’astreinte, la solution passe par les modèles automatiques. Ils fiabilisent la routine en programmant le volume, le dosage et la fréquence de renouvellement (à heure fixe ou selon le nombre de vaches), au prix d’un investissement plus ou moins conséquent selon les fonctionnalités.

La plupart sont en inox, certains avec un tapis de fond en caoutchouc. Ils utilisent des buses de nettoyage du bac et, le plus souvent, deux pompes pour deux produits. Dans certains cas, une même unité de pilotage et de dosage peut contrôler plusieurs pédiluves.

Parmi les principaux acteurs du marché, HoofCount fait figure de spécialiste, avec trois modèles. Le Standard mesure 3 m de long pour environ 240 l à 10 cm de profondeur. L’Excel atteint 3,7 m pour trois immersions par sabot. Pour limiter son volume, il est moins large (60 cm contre 80 cm). La troisième déclinaison, de 2 à 2,50 m de long, est spécialement conçue pour les robots de traite.

 
<em class="placeholder">Installés à la sortie de deux robots, ces pédiluves peuvent avoir une longueur réduite. </em>
Installés à la sortie de deux robots, ces pédiluves peuvent avoir une longueur réduite. © Synthèse élevage

Autre équipement en vue, le Kit step de Cerati associe deux cuves en inox séparées par un récupérateur de bouse. Il se décline en version simple ou double avec une gestion semi-automatique ou automatique. Un modèle spécifique aux robots est aussi proposé. Le Foot-wash pro de Fabdec existe en plusieurs longueurs, de 1,8 à 4 m (pour 66 cm de large), dont une version courte pour les installations robotisées. Le Delaval AFB1000 intègre un bain de 2,33 m de long sur 74 cm de large, pour un volume de 190 litres. Chez Boumatic, le Stepguardian dispose d’un bac de 2,80 m de long.

Certains dispositifs se démarquent des précédents. Le Meteor de Lely intègre un bac qui s’escamote pour la vidange et le nettoyage, et facilite aussi le passage des vaches lorsqu’il n’est pas utilisé.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

bâtiment d'élevage
Suivi
Suivre

À noter que des fournisseurs locaux proposent des solutions « artisanales », souvent plus abordables, comme le Bovi’clean de l’entreprise bretonne CS Elec.

Des solutions automatisées sans bain

Du côté des alternatives sans bain figure par exemple le Vink hydromatic, qui fonctionne avec environ 15 l en circulation, filtrés au passage des vaches. Cette conception réduit fortement les volumes consommés, mais exige une installation spécifique et un entretien régulier de la filtration.

Autre approche avec le MS Autohoofclean, le tapis imprégné s’automatise : il est alimenté régulièrement par une petite quantité de produit. Un système peu contraignant, qui reste davantage adapté à la traite robotisée.

Enfin, le Digimousse d’Ocene automatise le pédiluve à mousse. Celle-ci est produite à la demande, en mélangeant de l’air comprimé et de la solution, puis projetée sur la zone de passage selon des cycles programmables.

Coté Eco

300 à 700 € : pédiluve autoconstruit (sans main-d’œuvre)

200 à 400 € : bac simple

600 à 800 € : double bac avec récupération des déjections

2 000 à 4 000 € : systèmes automatisés à tapis ou pulvérisation

4 000 à 13 000 € : pédiluves automatiques, selon équipement et niveau d’automatisation

Bannir le formol et les antibiotiques

Comme le rappelle Aurore Duvauchelle Waché, vétérinaire responsable de projets à l’Idele, « le formol est à proscrire car il est cancérigène pour l’homme ». Le sulfate de cuivre, lui, présente un risque pour l’environnement. Quant aux antibiotiques, ils sont également à éviter, au risque de développer des résistances dans l’élevage et de nuire à l’activité microbienne des effluents. Mieux vaut privilégier les produits homologués pouvant être rejetés dans la fosse.

Au-delà du respect des dosages, la fréquence de renouvellement de la solution varie. « Elle peut aller de 50 à 200 passages, selon la propreté des pieds, mais aussi l’implantation et la durée de passage plus ou moins propices aux bouses », indique Stévenn Clec’h. La consommation d’eau et de produits, ainsi que les volumes rejetés dans la fosse, sont à prendre en compte dans un projet d’équipement. Une alternative existe : la pulvérisation. « Si elle est un peu moins efficace que le bain, la pulvérisation en salle de traite ou au robot permet une réduction significative des consommations. »

Voir plus

Plus d’articles sur ce thème

Contenus partenaires