Dans les yeux d’Amélie : « Il nous faut trouver de nouveaux débouchés pour les fromages de chèvre »
Il ne suffit pas de produire des fromages de chèvre, encore faut-il réussir à les vendre ! Après la dégustation des premiers essais dans le cercle familial, Amélie, nouvelle éleveuse de chèvres et fromagère en Isère, attend les clients avec impatience et appréhension.
« La commercialisation est un point délicat dans mon projet : il y a une assez forte densité d’éleveurs caprins fromagers dans mon secteur, il faut donc réussir à se démarquer par les produits proposés ou les modes de vente. La ferme étant déjà en vente directe pour les autres productions, nous avions espéré mutualiser la commercialisation et vendre les fromages sur les marchés que fait déjà mon associé pour la viande et les noix. Mais ces marchés comptant déjà des chevriers, ce n’est pas possible pour le moment, il nous faut trouver de nouveaux débouchés.
Nous avons un petit point de vente à la ferme, ouvert un après-midi par semaine, et nous souhaitons profiter de l’arrivée des fromages pour le redynamiser. Sa fréquentation est effectivement démultipliée les premières semaines : beaucoup de voisins curieux de venir goûter les fromages. Soucieux de vendre, nous servons aussi les clients qui passent hors des créneaux d’ouverture officiels tout en leur conseillant d’appeler au préalable pour être sûrs de nous trouver. Le début de la vente me permet en tout cas de croiser les habitants du coin que, ne résidant pas dans le village de la ferme, je n’avais pas eu l’occasion de rencontrer. C’est comme si cela me donnait enfin une existence officielle sur la ferme !
Des initiatives pour vendre à la ferme
Avec l’arrivée des beaux jours, nous avons mis en place un marché de producteurs avec un maraîcher et un paysan boulanger, au bord d’une route assez passante à 500 mètres de la ferme. En parallèle, nous nous sommes inscrits sur le site cagette.net qui nous permet de faire un catalogue en ligne et proposer aux consommateurs de commander leurs produits pour venir récupérer leurs paniers tous prêts. Nous redoublons d’efforts pour générer du passage sur la ferme et proposons pour l’été des visites de la chèvrerie tous les mardis soir pendant la traite.
Malgré tout cela, la cave se remplit plus vite qu’elle ne se vide. Dur de voir les fromages vieillir et pour certains s’abîmer faute d’avoir trouvé clients. Il me faut prendre le temps de démarcher de nouveaux clients et revendeurs. J’avais imaginé proposer la livraison de paniers de fromages dans des zones d’activité regroupant plusieurs entreprises, aux heures de sortie du travail. Mais malgré les prises de contact auprès des comités d’entreprise, cela peine à se mettre en place !
Je décide de me tourner vers les restaurateurs, une cible apparemment peu explorée par les chevriers voisins. Même si les volumes commandés sont limités et assez irréguliers, cela permet de se faire connaître et contribue à notre image de marque.
Se faire connaître et soigner son image
J’ai également mis une annonce sur le site du réseau des Amap et j’ai été progressivement contactée par deux associations pour la livraison de paniers de fromages sur un rythme bimensuel d’une part et mensuel de l’autre.
D’un naturel réservé, je n’étais pas certaine que cette partie commercialisation allait me plaire mais finalement j’ai plaisir à aller au contact des consommateurs et des crémiers et restaurateurs. Leurs retours viennent donner du sens à tout le travail fait auparavant.
Déclaration pour la vente directe et dérogation à l’agrément
Au démarrage de la commercialisation, on doit se faire connaître de la DDPP [direction départementale de la protection des populations] en faisant une déclaration de vente directe en ligne. Dès lors qu’on commercialise une partie de sa production à des revendeurs, il faut faire une demande de dérogation à l’agrément sanitaire. Mais si l’on dépasse les 30 % de fromages ou 250 kilos de fromages par semaine en vente indirecte, il faut demander l’agrément européen. »