Depuis neuf ans, l’équipe de Pedi’cap parcourt les routes de l’Ouest, allant d’élevage en élevage pour assurer le parage des onglons des chèvres.
7h00 : Le moteur démarre en direction d’un élevage vendéen, à une cinquantaine de minutes de route. L’équipe de Pedi’cap est spécialisée dans le parage des onglons caprins en Vendée et les départements alentours. À bord du véhicule, Sylvie, Julie, Charlène et Lenny s’apprêtent à finir le chantier de la veille, lors duquel 650 chèvres ont été traitées. Le Gaec des Anges fait appel à la société de parage depuis 15 ans. « On connaît les éleveurs, ce sont devenus des bonnes connaissances », confie Sylvie Demonchy, gérante et cofondatrice de la société créée en 2017.
8h00 : Sylvie et les trois salariées, Julie, Charlène et Lenny, installent leur matériel. L’ambiance est détendue, presque familiale. « On travaille comme si on bossait entre potes », explique la gérante de 46 ans. Chez Pedi’cap, le collectif est central : « Moi, je ne me serais pas vue faire ça toute seule », explique Sylvie. Le travail commence par les 50 boucs du Gaec, plus impressionnants que les chèvres et moins habitués à être manipulés. Les pareurs s’y mettent à deux par animal. Pedi’cap requiert également la présence des éleveurs pour les aider à maintenir les animaux. « On demande qu’ils tiennent leur tête, pour les rassurer, parce qu’un petit coup de stress peut parfois arriver », témoigne Sylvie. Le métier est loin d’être de tout repos. « Le parage des caprins, c’est physique, tout est manuel », rappelle Sylvie. Il faut aussi accepter certaines réalités : « C’est un métier ingrat. On taille des ongles pleins de caca, dans le froid comme lors de canicules », ajoute Julie d’un ton rieur.
8h40 : La première moitié des boucs a déjà été traitée. L’efficacité de l’équipe provient notamment de leurs cages de contention, conçues sur mesure. Le bouc y entre, est maintenu par deux tampons au niveau de l’abdomen, puis basculé grâce à un vérin hydraulique nécessitant une alimentation électrique. « Le basculement peut leur faire bizarre, parce qu’ils n’ont pas l’habitude d’être assis », précise Sylvie. Les pareurs travaillent ensuite avec des sécateurs électriques de la marque Pellenc dont la batterie est portée dans une sacoche. Malgré ces équipements, certaines situations imposent de s’adapter. « Parfois, on a du mal à mettre les animaux debout dans la cage », explique Sylvie. Dans ces cas-là, le parage se fait directement au sol. Mais ici, pas de brutalité : « Ça ne sert à rien de s’énerver. Un chantier qui se passe bien, c’est un chantier où on reste calme ». Julie insiste sur la délicatesse du geste : « Quand on contentionne un animal avec la cage, on sent ses côtes, donc on fait attention à ne pas faire mal à l’animal ». Elle ajoute en montrant la contention : « Il n’est pas serré, juste maintenu ».
9h10 : Place aux chèvres. Le geste est précis, répété des centaines de fois. Faire entrer l’animal dans la cage, l’attacher, le basculer, maintenir sa tête, puis parer les onglons avant de le relâcher. Le parage n’est pas qu’un soin esthétique. Il est essentiel à la santé des animaux et à la production. « Si une chèvre a des onglons trop longs et a mal en marchant, elle ne se lève plus pour s’alimenter et s’hydrater correctement, donc ça joue sur la production de lait », explique la gérante. À l’inverse, des aplombs corrigés permettent une meilleure mobilité et donc une meilleure production. « Le parage est un bien-être animal, c’est dans le code mutuel. Il est recommandé de le faire au moins une fois par an, mais certains ne le font pas du tout », se désole Sylvie.
10h30 : En une heure vingt, les 230 chèvres et leurs 1 840 onglons sont parés. L’équipe peut monter jusqu’à 180 chèvres par heure. « On peut faire 900 à 1 000 chèvres en deux matinées de trois heures », précise Sylvie. Derrière la cadence, il y a surtout un savoir-faire. Même si aucune formation spécialisée dans le parage caprin n’existe pour le moment, la technique n’est pas innée. « Tailler les onglons, ça s’apprend. Il faut être minutieux, ne pas faire saigner », souligne Julie.
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Comme après chaque chantier, les pareurs s’attaquent au nettoyage minutieux du matériel : nettoyeur haute-pression, démontage des lames, désinfection. Une routine indispensable, même en l’absence de pathologies. « On prend directement les bonnes habitudes », insiste Julie. De bonne humeur, l’équipe range le camion en discutant avec les éleveurs. C’est aussi le côté humain qui leur plaît dans ce métier. « C’est convivial et on en apprend tous les jours auprès des éleveurs », souligne Sylvie.
Au Gaec des Anges, le parage des 900 chèvres et 50 boucs est réalisé en seulement deux matinées, de quoi soulager les éleveurs dans cette tâche indispensable. « Ça soulage vraiment. Si on devait le faire nous-mêmes, ça coûterait plus cher en main-d’œuvre et on n’a pas le matériel », explique Anthony Minguet. Avec un tarif de 2,40 euros par chèvre et 5 euros par bouc, auxquels s’ajoutent les frais de déplacement, la demande est à la hausse. « Cette année, on a été contactés par 19 nouveaux éleveurs, et seulement deux sont partis à la retraite », se réjouit Sylvie. La société traite désormais plus de 65 000 chèvres par an.
11h30 : Le matériel est rangé. La matinée s’achève déjà. Pour l’équipe de Pedi’cap, les journées ne se ressemblent jamais. C’est un rythme particulier, avec un départ parfois très tôt pour éviter les fortes chaleurs, mais qui promet une demi-journée sans contrainte professionnelle pour les pareurs. Après le gros chantier de la veille, le bénéfice de ces horaires est évident : « Ça libère du temps pour s’occuper des enfants, des réparations matérielles, et bien sûr la partie administrative », explique Sylvie.
Sylvie Demonchy
- Création de Pedi’cap en 2017
- Salariée au contrôle laitier pendant sept ans
- Professeure de fitness pendant dix ans