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Adrien Lebreton ingénieur à l'Idele - “Il faut former les éleveurs à utiliser tout le potentiel des innovations d'élevage”

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Adrien Lebreton est ingénieur élevage de précision, à l'Idele Institut de l’élevage, service capteurs-équipements-bâtiments Crédits : © Idele

Les innovations en élevage ruminant, bovin viande, bovin lait, chèvre, pâtre, ont déjà vingt ans, rappelle Adrien Lebreton, ingénieur élevage de précision à l’Idele Institut de l’élevage. L’enjeu des futures innovations d'élevage est désormais d’améliorer les interfaces pour faciliter l’utilisation des données pour l’agriculteur. 

Quelles sont les innovations majeures de ces cinq dernières années ? 

Les innovations sont déjà « vieilles » en réalité : les robots de traite et les détecteurs de chaleur ont déjà 20 ans. Mais elles se sont améliorées au fil du temps, les données sont mieux mises à disposition grâce à la compatibilité avec les logiciels de gestion des élevages. Il y a un réel progrès sur la simplicité des interfaces.

 

« Les robots de traite et les détecteurs de chaleur ont déjà 20 ans »

 

Vous ne parlez pas d’IA ?

L’IA au sens large existe depuis longtemps en élevage : transformer un signal de chaleur en détection, on sait le faire depuis 20 ans aussi. Quant à L’IA générative comme les chatgpt, mistral ou autres, peu d’applications finalisées et spécialisées sont encore disponibles en dehors des chats grand public. 

 

Quelles sont les innovations les plus utilisées ?

L’Idele a mené une étude en 2023. Elle montre que tous les éleveurs sont équipés d’outils numériques, le secteur le plus équipé étant le bovin lait. Ces dernières années, la conjoncture économique plus favorable a soutenu l’adoption d’outils numérique dans les fermes. 

Le robot de traite en est l’exemple emblématique avec 20 à 30% de taux d’équipement des fermes françaises. Plus de 75% des installations neuves en ferme sont des robots de traite. 

On a aussi le collier de détection de chaleur ou de vêlage : 50% des fermes en sont équipées. C’est la success story des capteurs embarqués. 

Ce qui a été le plus adopté, c’est ce qui facilite le plus la vie des éleveurs : en ovin, ce sont les caméras de surveillance, en bovin lait, le robot de traite car c’est la tâche la plus longue ; en bovin allaitant, des outils de surveillance du pâturage et des vêlages. 

 

Quel impact ont ces innovations sur les fermes, sont-elles vraiment rentables ?

Dans l’évaluation de la rentabilité, les outils numériques sont rarement rentables si on ne prend pas en compte le temps de travail de l’éleveur. C’est pourquoi Idele modélise les éventuels gains en temps de travail. Quand il y a un salarié dans la ferme, nous évaluons les gains en charges de main d’œuvre, sinon, nous pouvons aussi évaluer le coût du temps libéré pour faire autre chose.  

 

Combien de temps faut-il pour les amortir ?

Cela dépend des appareils. Le détecteur de vêlage est rentable assez vite (moins de deux ans) puisqu’il peut sauver un veau, ce qui suffit déjà à le rentabiliser.  Pour le monitoring de la reproduction, le retour sur investissement peut se faire en moins de trois ans. Pour le robot de traite, moins de 13 ans. Ces temps de retour sur investissement varient significativement selon les systèmes d’élevage et les performances avant adoption. 

 

Les innovations ont-elles un impact réel sur la productivité et la performance des élevages ?

Le principal impact est sur le temps de travail, l’organisation et la qualité de vie. Les outils permettent aussi parfois de pallier des besoins de salariat non pourvus. Les robots d’alimentation coûtent cher à l’achat mais au regard d’un salaire, c’est parfois rentable. Ils rendent aussi le travail moins pénible et donc plus attractif pour d’éventuelles embauches.  

Pour la productivité, encore une fois, cela peut être à double tranchant, le robot de traite occasionne plus de traites et donc un plus grand volume d’aliments à fournir, mais aussi de nouvelles charges, puisqu’il faut plus de concentré, en plus de l’amortissement du robot de traite lui-même. Ces innovations participent à l’évolution d’un système. Un robot de traite implique souvent des modifications d’alimentation, mais aussi de bâtiment. 

 

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Quel impact sur le temps, le confort de travail ou encore l'organisation de travail ? 

Un des moteurs d’adoption du robot de traite est la santé, avec la réduction des troubles musculo-squelettiques (TMS). Il participe à ce titre au maintien de la production laitière dans certains territoires. 

En production allaitante, le système GPS fait gagner énormément de temps et de confort de travail, il permet de retrouver les animaux plus facilement. Le drone de surveillance fait son apparition, utilisé un jour sur deux dans des phases de tests, il fait gagner entre 30 et 50 % de temps de surveillance, selon les systèmes de pâturage. Cela dit, il est complexe d’évaluer finement les impacts car chaque ferme est unique. 

 

Peut-on dire qu'elles ont changé le métier d'agriculteur ?

Il est clair que ces outils changent la façon d’aborder le troupeau. Il y a moins de temps d’astreinte et plus de temps sur l’ordinateur. Les tâches jugées pénibles comme le raclage par exemple, permettent néanmoins d’observer certaines choses. Avant, on fonctionnait beaucoup au ressenti, à l’observation visuelle. Aujourd’hui, il faut savoir maîtriser les tableaux. Or, le côté peut-être négatif c’est que ces outils sont un intermédiaire entre l’éleveur et le troupeau. Le côté positif, c’est qu’ils permettent à l’éleveur de se focaliser sur les animaux qui en ont le plus besoin.  

L’enjeu à l’avenir, c’est la donnée. Aujourd’hui, il y en a tellement qu’on ne sait pas comment l’analyser. Même s’il faut reconnaitre que des progrès importants ont eu lieu sur ces dernières années. Il faudra passer des séries de tableaux à des informations actionnables pour l’éleveur. Par ailleurs, on peut regretter les fonctionnalités parfois gadget de certains appareils. Beaucoup de fonctionnalités ne sont pas utilisées parce qu’il y a beaucoup d’informations. L’objectif sera de former les agriculteurs pour qu’ils tirent le maximum de ce pour quoi ils ont payé. 

 

Comment transformer ces séries de tableaux en informations actionnables ?

Ça pourrait être d’avoir un chat bot intégré à qui je peux demander : « quelle vache mérite d’être vue aujourd’hui », plutôt que d’avoir 18 feuilles par alerte. Le but est d’améliorer l’expérience de l’agriculteur, avoir des interfaces plus intuitives, plus adaptées aux éleveurs. 

 

Quel conseil pouvez-vous donner aux éleveurs qui veulent s’équiper ?

Je conseille aux éleveurs de tester les équipements avant de les acheter quand c’est possible. Les systèmes par abonnement permettent parfois de résilier si l’appareil ne convient pas. Il faut aussi aller voir ses pairs. Il y a forcément l’outil pas si loin au vu des taux d’adoption grandissants. L’Idele réunit des témoignages de producteurs pour avoir une vision indépendante et critique des outils, car ils sont souvent très engageants en termes d’investissement. Il faut aussi prendre en compte les charges de ces outils. En conjoncture défavorables, elles restent les mêmes. Or, leur rentabilité n’est pas toujours prouvée. 

 

« L’enjeu à l’avenir, c’est la donnée. Aujourd’hui, il y en a tellement qu’on ne sait pas assez l’analyser. »

 

Quelles vont être selon vous les innovations majeures des prochaines années ? Et quel serait leur impact ?

Deux grandes évolutions sont attendues. L’IA générative d’abord qui améliorera la façon dont on discute avec nos outils et l’analyse d’images qui évitera d’équiper individuellement chaque animal. On a des projets de recherche et développement qui ne sont pas encore matures. On peut les faire fonctionner mais ils nécessitent des réglages importants, ils ne s’adaptent pas encore à toutes les fermes. Cela arrivera mais on a encore quelques années de test devant nous.

 

Quelques chiffres 

92% des fermes sont équipées d’outils numériques en 2023, dont des compteurs à lait, des distributeurs automatiques d’aliments. 

84% des élevages bovins étaient équipés de caméras de surveillance de vêlage ou de détection de chaleur en 2023.  

77% c’est le taux de robot de traite parmi les installations neuves de traite en 2024. 

 

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