Aller au contenu principal

Pour une régulation de la financiarisation du marché foncier

Tandis que la part de sociétés agricoles parmi les propriétaires augmente, l’achat de 900 ha dans l’Allier par un groupe chinois relance l’attention sur une faille du contrôle des structures.

En dix ans, le prix des terres agricoles en France a augmenté en moyenne de 32,8 %, et il a doublé depuis 1996.
En dix ans, le prix des terres agricoles en France a augmenté en moyenne de 32,8 %, et il a doublé depuis 1996.
© S.C.

Voilà quelques semaines, la profession agricole s’alarmait à la découverte de l’achat de 900 ha de surfaces céréalières dans l’Allier par le groupe China Hong Yang, spécialisé dans la fabrication et la commercialisation d’équipements pour les stations-service et l’industrie pétrolière. L’investisseur a pu contourner le droit de préemption des Safer sur les terres agricoles, en acquérant 98 % des parts sociales de sociétés agricoles. Cette fois -à la différence d’une première acquisition début 2016 de 1 700 ha dans l’Indre par ce même investisseur et des associés- la Safer a été avertie de la transaction, mais n’a pu intervenir.
La loi contre l’accaparement des terres du précédent gouvernement, partiellement invalidée par le Conseil constitutionnel en mars dernier, permet en effet à la Safer d’être informée, mais ne lui laisse la possibilité d’intervenir que lorsqu’il y a cession de la totalité des parts sociales. «Cette transaction met en évidence la faille de nos moyens de réguler le marché des terres agricoles en France, affirme le président de la Fédération nationale des Safer, Emmanuel Hyest. Et cela remet en cause le modèle d’agriculture familiale que nous défendons. Nous y voyons un risque pour l’autonomie alimentaire du pays, les capitaux pouvant repartir aussi vite que venus, ceci ayant des conséquences négatives sur les filières et l’organisation sociale des territoires. Elle traduit la financiarisation de ce marché. Voilà 10 ans, il n’y avait pas de terres détenues par des sociétés à capitaux, on ne comptait que des GFA. Depuis 2016, on compte 15 à 20 % des terres propriétés de sociétés».

Loi contre loi
S’il ne met bien sûr pas en cause l’achat par des étrangers en tant que tel, un mouvement qui ne date pas d’hier, Emmanuel Hyest dénonce le défaut de transparence de ces transactions. Il s’inquiète de la spéculation attachée à ces prises de participation qui concoure à une augmentation des prix du foncier «néfaste si elle n’est pas corrélée à la valeur ajoutée à l’ha». «Nous voulons que les mêmes contrôles s’exercent tant sur les individus que sur les sociétés propriétaires de terres agricoles», plaide-t-il. La FNSafer est déjà intervenue en ce sens. «Nous avons rencontré le ministre de l’Agriculture et nous espérons que notre objectif commun soit d’entamer en 2018 une réflexion pour modifier la loi foncière, de façon à remettre à plat les modalités de contrôle et simplifier les mesures. Je pense qu’il convient d’éviter de réagir en urgence et nous espérons qu’en 2019 une nouvelle loi sera proposée au Parlement». Les discussions à venir poseront une question importante, celle de la régulation du marché foncier. «Ce sujet n’est pas corporatiste, c’est un vrai sujet de société. Une importante modification des structures de propriété des terres et des flux importants de capitaux fragiliseraient la production alimentaire et transformeraient l’image de l’agriculture et de notre pays. Songez au Royaume-Uni où la financiarisation a tout changé en 30 ans», affirme le président de la FNSafer. Le maintien d’un contrôle des structures n’est pas une bataille gagnée d’avance. Il suffit de noter l’article 30 du projet de loi présenté en Conseil des ministres, le 27 novembre, «pour la simplification et le droit à l’erreur», dont l’intitulé a été modifié pour devenir «loi pour un État au service d’une société de confiance». Il y est prévu, en effet, une expérimentation pour «alléger, dans certains départements ou régions, le contrôle des structures des exploitations agricoles pour le réserver aux situations qui le justifient». Un projet contre lequel ont vivement réagi les organisations agricoles. «La FNSafer n’est pas directement concernée, mais je rejoins les OPA pour affirmer qu’un contrôle des structures doit être maintenu», répond Emmanuel Hyest.
Récemment, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, a précisé qu’il s’agissait, selon lui, d’expérimentations d’allègements, et non de suppression du contrôle des structures.

Prix des terres

Les prix moyens des terres constatés sur les trois dernières années en euros et par hectares sont les suivants :
Dans l’Allier : Bocage Bourbonnais (3 600 €), Val d’Allier (6 230 €), Montagne et Combraille (2 760 €), Sologne (4 280 €).
Dans le Cantal : Sud-Est Limousin, Artense (5 850 €), Massiac, Cézallier, Margeride, Aubrac et Planèze (5 810 €), Chataigneraie, bassin d’Aurillac (7 570 €).
En Haute-Loire : Monts du Forez (2 840 €), Bassin du Puy, Velay basaltique, Mézenc-Meygal (4 540 €), Brivadois, Cézallier, Margeride, Limagne (3 910 €).
Dans le Puy-de-Dôme : Dômes, Cézallier, Artense (3 730 €), Livradois, Ambert, Forez, plaine de la Dore (2 580 €), Limagne viticole, plaine du Lembron (5 120 €), Combraille, Combraille bourbonnaise (2 990 €), Limagne agricole (9 620 €).
Source Safer

Les plus lus

En 2010 et 2015, les éleveurs avaient déjà bloqué les sites du groupe Bigard.
Les éleveurs de viande bovine vont bloquer les abattoirs du groupe Bigard

Trop c'est trop. Face à la baisse continue des cours en viande bovine, les éleveurs ont décidé de passer à l'action. Ils…

groupe de personnes devant une retenue collinaire d'eau
La FDSEA et les JA ont convaincu le préfet de l’intérêt des réserves d’eau collinaires

En visite à Quézac, le préfet du Cantal s’est dit favorable aux réserves d’eau, devant l’installation d’une exploitation qui…

Théo Mialon, éleveur à Moissat, aux côtés de Viking, un taureau qui devrait partir en concours dès septembre 2026.
Installation : Théo Mialon, l'élevage charolais en héritage

À seulement 24 ans, Théo Mialon a déjà tout d’un agriculteur accompli. Installé depuis novembre 2022 sur l’exploitation…

Conditions d'attribution, calcul des ressources, recours sur succession : la MSA Auvergne fait le point sur un dispositif qui préserve spécifiquement l'outil de travail des agriculteurs.
L’ASPA, un coup de pouce méconnu pour les retraites agricoles modestes

Complément de revenu destiné aux retraités les plus modestes, l’ASPA reste largement sous-utilisée par les exploitants…

Portrait Mickaël Clarissou : l’éleveur limousin qui sculpte l’avenir de son troupeau

Éleveur passionné au GAEC Clarissou situé à la Croix du Don près de Saint-Paul, Mickaël perpétue avec son frère Jérôme un…

Lionel Chauvin, Président du Conseil départemental du Puy-de-Dôme, et Marie-Anne Marchis, Vice-présidente en charge du tourisme, des Grands Sites et de l'UNESCO, ont inauguré l’Échappée volcanique, le nouvel itinéraire de cyclotourisme
L'Échappée volcanique : le nouvel itinéraire vélo de 110 km dans la Chaîne des Puys

Cet été, le Département du Puy-de-Dôme invite les amateurs de cyclotourisme à découvrir l’Échappée volcanique, un itinéraire…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière