A la veille de l’ouverture du Sommet de l’Elevage et alors que l’été a été particulièrement éprouvant pour les éleveurs, Patrick Bénézit président de la Fédération nationale bovine détaille les revendications de la profession.
La France comme une bonne partie de l’Europe traverse une sécheresse inédite que les observateurs jugent encore plus sévère que celle de 1976. Avec quelles conséquences pour l’élevage ?
Patrick Bénézit : Nous sommes en train de vivre une situation exceptionnelle, du jamais vu dans notre pays. Tous les secteurs agricoles sont touchés. D’après les premières estimations remontées par les préfets, on est sur un taux de 50 % de pertes sur les prairies en annuel dans la majorité des régions d’élevage. Certains éleveurs ont perdu l’intégralité de leur récolte de maïs. La situation est extrêmement tendue au niveau fourrager. On limitera la décapitalisation si les éleveurs ont les moyens de nourrir les animaux. Par unité de gros bétail, on estime qu’il manque 2,5 tonnes de fourrages, ce qui représente 4 à 5 milliards d’euros.
Quelles sont selon vous les mesures prioritaires à actionner ?
Patrick Bénézit : Déjà, la filière doit être responsable. Vis-à-vis des éleveurs, des signaux d’achats positifs au niveau du bétail et du lait doivent se faire sentir très rapidement. Depuis quelques mois, les vaches allaitantes ont perdu environ 300 euros par bête et les éleveurs laitiers ont vu le prix des 1000 litres de lait passer de 480 euros à 400 euros. En bout de chaîne, les consommateurs ont-ils vu les prix baisser ? Non.
Nous réclamons donc des hausses de prix rapide. Ensuite, la puissance publique doit donner des signaux forts en faveur des éleveurs.
Ce qui n’est pour le moment pas le cas, puisque début septembre, la ministre a détaillé les mesures du plan Climat, Adaptation, Sécheresse, Incendies (CASI) qui selon les associations de ruminants exclus les éleveurs…
Patrick Bénézit : La première des priorités, est le déclenchement de l’indemnisation de solidarité nationale (ISN). Beaucoup d’éleveurs pensent encore ne prétendre à rien s’ils ne sont pas assurés, mais tous les éleveurs déclenchent dès lors que les pertes atteignent 30 %, qu’ils soient assurés ou non. Dans la mesure où il a été établi que dans la majorité des cas les pertes atteignent 50 %, l’ISN doit se déclencher. Or, le déclenchement dépendant de l’indice satellitaire qui ne fonctionne toujours pas, nous avons donc demandé depuis juillet à la ministre des expertises de terrain. Il est urgent que ces enquêtes soient réalisées, car à quoi bon réunir les préfets si ce n’est pour ne pas tenir compte de leurs observations. On ne peut pas attendre la fin octobre pour voir si le satellite a constaté des pertes de 50 %. Les éleveurs sont d’autant plus légitimes pour réclamer ces expertises qu’ils participent au financement du fonds de solidarité nationale par un prélèvement de 11 % sur les taxes d’assurances de leur exploitation. Les éleveurs de ruminants demandent à ce que l’herbe puisse bénéficier, comme les autres productions, de façon juste et équitable, du dispositif auquel ils contribuent financièrement !
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Vu l’ampleur des besoins, le fonds de solidarité national sera-t-il suffisant et quid de la disponibilité des fourrages ?
Patrick Bénézit : Nous savons déjà que le dispositif du fonds de solidarité ne suffira pas, c’est pourquoi nous demandons un soutien à l’UGB de l’ordre de 300 euros pour que les éleveurs puissent acheter de la nourriture pour leurs animaux afin de passer le cap. Autant sur le bétail, sur l’export, nous avons des chiffres fiables, autant sur la disponibilité des fourrages, nous sommes dans le flou. On espère qu’il y aura suffisamment de matière. Mais, encore faut-il que les éleveurs aient les moyens d’acheter. Nous militons en ce sens.